En attendant qu’elle se manifeste dans le cadre du Finance Bill en phase de complétion, où elle entend étendre les tentacules de son pouvoir au détriment du Mauritius Turf Club, la Gambling Regulatory Auhority (GRA) est actuellement, comme souvent, au centre de l’actualité sur plusieurs volets ces jours-ci. Elle se pose de plus en plus comme le talon d’Achille du gouvernement à la lumière des récentes révélations de son ex-Integrity and Compliance Manager, le Britannique Paul Beeby.
Nous ne nous étendrons pas sur le camouflet infligé, mardi dernier, au Parlement par le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, à l’institution dite régulatrice qui se veut être le matamore de l’application de ses lois, ses règles et ses directives, mais qui s’est surtout fait une réputation pour son favoritisme et ses inepties. L’organisme animé, présidé, dirigé — choisissez vous-mêmes — ni moins ni plus que par le couple Om Dabbidin, Secretary aux Home Affairs, et Dev Bheekary, conseiller spécial au PMO, avec leurs sous-fifres, Arnasalon Punnusawmy, Nevin Seengh et autres, a été pointé du doigt par son ministre de tutelle pour n’avoir pas respecté les exigences des comptes audités dans le temps comme l’exige le bureau de l’Audit parmi la vingtaine de corps parapublics en infraction avec ce devoir. Ce single-out a sans doute une signification qui nous échappe, mais illustre bien que le ministère des Finances n’est pas très en phase avec les objectifs qu’on veut bien lui imposer dans le cadre du Finance Bill, même s’il sait d’avance que l’arbitrage d’en haut ne lui sera pas favorable dans une conjoncture où sa tête est déjà mise à prix.
C’est anecdotique, mais cela confirme la politique de deux poids, de deux mesures que pratique cette institution. Pour faire plaisir à son protégé, si ce n’est son maître, la GRA a permis à l’occasion de la 10e journée que les propriétaires soient autorisés à aller chercher leurs chevaux sur la piste. En soi, une bonne décision pour ceux qui sont un maillon indispensable des courses. Mais pourquoi ne l’avoir pas fait depuis le début de la saison au vu de l’expérience acquise lors de la saison 2020 ? Ce brusque changement de politique qui ressemble fort à du copinage correspondait, par le plus pur des hasards, au jour où le magnat des paris et des loteries, également bookmaker, Jean-Michel Lee Shim (JMLS), qui est de surcroît propriétaire de chevaux en frontline — mais aussi, dit-on, en backline — avait l’un de ses cracks annoncés comme imbattable dans l’épreuve principale. Le tapis rouge avait été dressé pour cette grande première sur la piste du Champ de Mars. Malheureusement, la glorieuse incertitude du turf a encore frappé et JMLS devra repasser. Pour être tout à fait juste, il faut signaler que la GRA avait, la semaine précédente, à l’occasion du Barbé, décidé, à la dernière heure, d’octroyer cette permission aux propriétaires pour que celle accordée à JMLS la semaine dernière passe inaperçue. Malheureusement, avec les problèmes de tests PCR, cette requête n’avait pu être entretenue.
La GRA est toujours au centre des attentions avec son tout nouveau comité d’appel qu’elle a happé du Mauritius Turf Club (MTC) sur l’autel du conflit d’intérêts pour le remettre dans une situation similaire en nommant comme acteurs des membres actifs du MTC. Turf Magazine avait déjà mis cette anomalie en exergue et le réquisitoire de l’avocat du Mauritius Turf Club, Yahia Nazroo, dans le cadre de l’appel interjeté par le jockey Rakesh Bhaugeerothee de sa suspension de deux semaines pour sa monte sur Grey Again en début de semaine, le confirme. Ont reçu à cet effet une volée de bois verts, de la part de Me Nazroo, le président de ce comité d’appel, Yusuf Aboobaker, et l’un de ses assesseurs, Abdullah Atchia, qui sont des membres du MTC. Ils sont donc en possible conflits d’intérêts au sein de cette instance qui aura toujours comme adversaires le MTC et sa compagnie le MTCSL. Ce qui n’était pas acceptable au MTC n’a pas pu le devenir sous la GRA. Il est clair qu’en l’état, aucune des parties accusées ne pourra être perçue comme ayant obtenu un « fair hearing and fair judgment », même s’il faut le souligner en gros caractère que ce ne sont pas leur intégrité personnelle qui est en jeu, mais la perception d’un conflit d’intérêts qui est questionné. Il ne fait aucun doute que cette problématique ne doit pas laisser insensible le président même de l’Electoral Supervisory Commission mauricien, le Senior Counsel, M. Yusuf Aboobaker, CSK. Nous sommes curieux de lire ce qu’il aura à dire sur cette question, mais aussi sur le fait que l’appelant, le jockey Bhaugeerothee, n’ait pas assisté à son propre appel.
Même si cela n’a rien à voir sur le fond de cette affaire, le comportement et l’attitude d’un des préposés de la GRA, le Legal Affairs Officer, Nevin Seengh, interpelle. Non seulement il acquiesce ou désapprouve par des mimiques au cours des débats, mais il montre aussi peu de respect aux hommes de loi du MTC et, dans ce cadre, il a poussé le bouchon aussi loin que de vouloir confisquer leur téléphone, ce qui n’est même pas le cas dans les cours de justice. Le dernier point à souligner à ce chapitre du comité d’appel de la GRA est son volet public comme ce fut le cas au MTC. À cet effet, il est donc fort regrettable que la presse en général, en tout cas Turf Magazine et les rédactions hippiques du Mauricien et de Week-End, n’ait jusqu’ici pas été informée et invitée à assister aux débats. Les places limitées ne sauraient justifier l’absence des journalistes accrédités et spécialisés.
Là où le bât blesse aussi et où la GRA porte une responsabilité majeure, c’est la prolifération des paris clandestins depuis le début de la saison. S’il est clair qu’au début cette politique de course à huis clos se voulait favorable à l’opérateur des paris favori de la GRA, vu sa position de monopole sur le fixed-odd betting, il apparaît de plus en plus que même lui subit les conséquences de la multiplication des paris clandestins. Qui se développent à vitesse grand V sur les réseaux sociaux, en particulier WhatsApp et Telegram, qui échappent à la vigilance de la GRA et sa Police des Jeux, mais qui sont privilégiés à cause du faible taux d’imposition de 5% des bookies comparé aux 12% actuels et 14% à venir des autres opérateurs de paris. Il est important que le gouvernement revoie à la baisse le taux d’imposition des paris pour casser les reins aux paris clandestins, qui sont aussi pratiqués par des opérateurs officiels, car le premier perdant c’est l’État, qui perd des revenus massifs, mais aussi l’organisateur des courses qui, pour cause de manque de moyens, ne peut proposer des stakes money adéquats aux propriétaires qui rendent cette activité encore possible, mais aussi envisager une modernisation tous azimuts de l’hippisme mauricien.
Enfin, pas plus tard que ce jeudi matin, la cour a intimité la GRA, à court d’arguments, de statuer sur le cas de Jean-Michel Giraud, élu démocratiquement par son club et malgré tout privé de la présidence du MTSCL, et d’aller aux courses en période de huis clos, concernant l’octroi de sa Personal Management Licence. Encore un acte de ba étage qui nuit à ce qui reste de crédibilité à une GRA complètement dévaluée aujourd’hui aux yeux du public par des actes unilatéraux, qui correspondent, à notre sens, à de l’abus d’autorité.
Plus que jamais, le gouvernement doit revoir de fond en comble le fonctionnement et la composition de cette instance régulatrice qui sont aujourd’hui le symbole étatique de la mauvaise gouvernance et qui constituent son talon d’Achille dans le combat du pays pour sortir de cette fameuse liste grise de la FATF, qui en attend un signal fort, en particulier dans certaines chancelleries très attachées au combat contre le crime financier. Le départ de personnages très controversés dans la hiérarchie de ce corps parapublic est largement attendu, même au sein du gouvernement, de la part de ceux qui pensent que le salut économique de Maurice est à travers des politiques économiques saines et non des politiques qui favorisent le money laundering, le financement du terrorisme et les courses truquées.