Le Maiden 2021 a couronné pour la deuxième année consécutive le cheval Alshibaa et son entraîneur Ricky Maingard, qui remporte un phénoménal quatrième Maiden à cette occasion. Il faut évidemment associer tous les autres propriétaires de ce véritable stayer à cette réussie. MM. Descroizilles, Maingard, Merven et Poonisamy, qui a eu le privilège d’aller sur la piste accueillir le cheval, de même que tous les autres acteurs de l’écurie, palefreniers, vétérinaires et l’incontournable Mme Maingard, toujours au front avec le sourire.
Mais il nous faut évidemment saluer à part l’artisan de cette victoire sur la piste, Rai Joorawon, qui a dû construire tout seul son triomphe dans une adversité qui fait honte à ce qu’est en train de devenir l’hippisme mauricien qui se dessine depuis quelques années et qui va prendre bientôt forme avec ces institutions voyous de l’État qui ne respectent plus rien. Le premier jockey mauricien à avoir fait le triplé dans le Maiden a raison de dédier sa victoire sur Alshibaa à ses détracteurs aussi, car il leur fait du coup un pied de nez comme il l’a fait en dansant debout sur son crack de cheval de retour vers la winner’s enclosure après la course éprouvante qu’il a vécue et qui a démontré qu’il est un des meilleurs jockeys de l’histoire des courses mauriciennes.
Pourtant, le destin allait lui donner une chance inouïe d’être associé au favori de cette épreuve puisque le jockey attitré, Pierre Corne Orffer, avait dû lui céder sa place pour une histoire de produit prohibé trouvé dans son organisme. Certes, il a dû renoncer à sa parole donnée de monter l’un des ‘also ran’ de la course, ce qui n’est jamais réjouissant pour ceux qui lui ont offert cette monte, mais quand vous avez le favori du Maiden et une chance d’en gagner un troisième, ce qu’aucun autre jockey local n’avait pu faire jusqu’ici, qu’auriez-vous fait à sa place ?
C’est sans doute l’une des raisons, mais ce n’est pas la seule, pour laquelle tout a été fait pour lui rendre la tâche difficile. Certains coquins, et nous pesons bien le mot dans notre langue natale, ont monté une cabale pour le déstabiliser et éventuellement lui faire perdre la monte et la course. Évidemment, avec les incultes de la Gambling Regulatory Authority (GRA), il fallait s’attendre que ces derniers tombent dans le piège — certains disent qu’ils étaient partie prenante — de réagir à la diffusion la veille de la course d’une vidéo où le jockey Rai Joorawon, complètement sous l’effet de l’alcool, dansait avec des personnes qui lui sont connues. À grand renfort de publicité dans les médias couche-toi là, une demande d’enquête urgente et des examens médicaux aussi urgents ont été annoncés de la part de l’autorité hippique, qui réagit à la moindre rumeur et au moindre buzz ! On est parti pour la gloire !
Évidemment, cette vidéo était une ancienne et Rai Joorawon était dans ses meilleures dispositions pour monter ce qui allait être une victoire historique. Mais la pression, déjà grande, avait été accentuée de manière gargantuesque avec cette vidéo malsaine. Et le pauvre jockey ne s’attendait pas à ce qu’on lui rende la tâche plus difficile encore sur la piste. On voulait la tête du «Bad Boy», mais il n’a pas craqué. Surtout à 800m de l’arrivée, lorsque les deux meneurs, Padre Pio et The Dazzler, qui avaient auparavant, de façon suicidaire, durci la course, ont soudainement réduit le tempo. On se demande comment Beekhary et Woodworth auraient pu expliquer cela aux commissaires s’ils avaient été appelés. Toujours est-il qu’au lieu de suivre ses deux adversaires et reprendre Alshibaa, Rai Joorawon a pris la difficile décision de ne pas reprendre son cheval et de partir, même en troisième épaisseur, ce que déteste son entraîneur, qui a dû avoir une grosse frayeur à ce moment-là. Il fallait du cran et il l’a eu. Sans cette folle décision, il aurait été battu par ses deux adversaires sur un sprint. Mais en faisant valoir les qualités de stayer de son champion, qui certes paiera de ses efforts, il a pu résister à Opera Royal et Twist of Fate, dont les finish pourtant percutants se sont heurtés à la solidité et à la tenue de ce véritable champion qu›est Alshibaa.
Quoi qu’il en soit, ce fut une belle victoire, un beau Maiden des grands vainqueurs et Rai Joorawon, qui fait partie de trois meilleurs jockeys mauriciens avec Karis Teetan et le regretté Nooresh Jugall, a pu aller danser et s’amuser, car Rai Joorawon n’a jamais caché qu’il aime la fête, ce qui lui a sans doute coûté une carrière plus étincelante. Heureusement qu’à 40 ans et des poussières, ce père de famille sait aujourd’hui plus que jamais faire la part des choses entre le travail et la fiesta. Et la grandeur des courses a été sauvegardée !
Malheureusement, pour ce troisième succès, contrairement aux deux autres sur Parachute Man, également au centre d’une controverse administrative d’avant-course, et Man to Man, qui était chargé d’émotions vu que son emblématique entraîneur Serge Henry était décédé plus tôt, Rai Joorawon n’a pas eu la joie de communier avec le public — SON public — du Maiden qui est différent de tous les autres, car le Maiden réunit, au-delà des turfistes, des Mauriciens et Mauriciennes qui viennent clamer leur appartenance au pays et sa plus grande tradition unificatrice, les courses de chevaux que le MTC a fait perdurer plus de deux siècles durant et qui sont en train d’être highjacked par des instances étatiques qui montrent déjà leurs vrais visages et agendas. Il faudra bien un jour une commission d’enquête pour établir les vraies raisons derrière le prolongement du huis clos au Champ de Mars espace ouvert et la permission pour des espaces fermés comme les casinos, dont un au Champ de Mars, d’opérer presque normalement
D’abord, la GRA, prise aux pièges de ses propres largesses aux propriétaires dont elle veut convaincre les consciences, ce qui a permis au président du Mauritius Turf Club, honni et banni sur ses propres terres, d’être enfin présent au Champ de Mars, dimanche dernier, 25 journées après y avoir été interdit sur la base de mensonges, de fausses accusations à la police, de magouilles et de malhonnêtetés qui ne doivent en aucun cas rester impunis lorsque ses malotrus d’auteurs ne seront plus dans le giron du pouvoir. Jean-Michel Giraud, avec le courage qu’on lui connaît, a donné une interview de grande qualité à faire pâlir certains de ses collègues qui censurent et voudraient faire censurer. Cette interview diffusée sur les réseaux sociaux, au point de faire prendre conscience aux nombreux Mauriciens d’ici et d’ailleurs que le gouvernement a trusté tous les pouvoirs essentiels de l’organisation des courses au satellite contrôlé de la GRA, la Horse Racing Division, contrairement à la parole donnée du Premier ministre, Pravind Jugnauth. Le patron du MTC a surtout mis en exergue l’immobilisme de plusieurs institutions (?) pour s’attaquer aux paris clandestins, ce qui prive volontairement les caisses du pays de plus de Rs 1,5 milliard chaque année et que tout le monde le sait est distribué entre le mastermind derrière tout cela et une organisation politique, si ce n’est des individus.
Bien plus petit mais révélateur quand même, ce sont les passe-droits dont certains potentats protégés d’institutions étatiques s’octroient sans vergogne en faisant la leçon aux autres. Il y a évidemment l’incontournable Nevin Singh qui, après avoir fait le tour du propriétaire, alors qu’il n’est même pas locataire, au Champ de Mars, il y a quinze jours avec celui qu’il chaperonne, voilà que cette semaine, en dépit de la règle stricte concernant la Personal Mangement Licence, a cette fois imposé un «honorary guest» à l’occasion du Maiden 2021. Nous n’avons rien contre la personne qui a bénéficié de cette exception qui aurait dû d’ailleurs être octroyée sur-le-champ d’une PML spéciale sans paiement, mais la GRA de Nevin Singh fera ce qu’elle veut comme elle veut. Comme toujours au point où l’on se demande à quoi sert le Parlement aujourd’hui.
Enfin, on ne peut terminer cette rubrique en passant sous silence le litige qui oppose le MTCSL et la MBC concernant la diffusion des courses en direct, ce qui nuit au public. Les données ont changé et la MBC, qui est la seule chaîne de télévision au monde qui se faisait payer pour diffuser les courses, doit aujourd’hui s’acquitter des droits qu’elle achète avec le MTCSL qui, contrairement au MTC, est une compagnie privée et qui enregistre des déficits importants. Ces jours-ci, la station nationale de télévision a voulu jouer la montre pour échapper aux droits jusqu’à la fin de la présente saison, ce qui est most unfair. Ce qui est grave dans cette affaire, c’est que la MBC se permet de faire fi d’une injonction de la cour à cet effet en prétextant ne l’avoir pas reçue alors que des preuves signées du contraire existent. Nous savons que la MBC actuelle était capable de toutes les outrances, mais de là à ce qu’une institution de la République feigne d’ignorer la Cour suprême du pays, il y a encore un pas qui a été franchi et c’est un manque de respect pour une population qui, elle, ne peut choisir de payer ou pas la MBC. Décidément, le temps de la décadence se poursuit !