Après avoir clamé sur tous les toits que Maurice était Covid-safe, après avoir dit et répété que nous étions les meilleurs au monde, que tel St-Georges, Pravind avait su terrasser le dragon de la Covid, nous voilà revenus à la case départ. Presque à la même situation que l’année dernière, quand il avait fallu confiner à cause du nombre de malades déclarés. Ce que le gouvernement, habitué à taper son propre tambour, avait oublié de mentionner, c’est que c’est la discipline de la très grande majorité des Mauriciens qui ont respecté les consignes médicales qui a donné les résultats que l’on sait. Pendant que les Mauriciens se protégeaient en protégeant le pays, les proches du pouvoir se livraient au carnaval de l’importation en se partageant les contrats donnés en urgence. Un carnaval dénoncé par l’opposition et la presse, et vigoureusement démenti par le gouvernement, dont les détails sont livrés tous les jours devant la commission judiciaire. Donc, en plein confinement sanitaire, des proches du pouvoir se sont rempli les poches en profitant de la situation et de leurs contacts. Souvent très, très haut placés. Le ministre de la Santé, dont la capacité de se démentir d’une déclaration à l’autre n’est plus à établir, recommence son jeu. Tout comme ceux qui le conseillent et qui veulent continuer à vendre l’image du Premier ministre grand vainqueur de la Covid et se font rattraper par la réalité sanitaire. Vendredi, le ministre temporise et affirme que la situation est sous contrôle, mais dans l’après-midi, son ministère annonce trois nouveaux cas locaux de Covid. Tous les employés de l’entreprise, plus de 300, où travaillent les malades sont placés en quarantaine et le contact tracing de ceux qu’ils ont pu côtoyer a commencé. Samedi, la conseillère santé du Premier ministre intervient au téléphone sur une radio pour aller dans le même sens et démentir le Dr Gujadhur, qui s’inquiète de la situation et surtout de ses conséquences. Quelques minutes plus tard, on apprend qu’un nouveau cas de Covid s’est ajouté à la liste. Espérons que le nombre de malades va s’arrêter là, sinon….

En 2019, face au gouvernement reconduit au pouvoir avec une arrogance décuplée par sa victoire, il était d’une nécessité absolue que les oppositions s’organisent pour le contrer au Parlement. Il a fallu du temps pour créer une entente entre des partis qui s’étaient affrontés et dénoncés, lors des dernières élections. C’est grâce à la concertation des députés de l’opposition que, malgré le Speaker, les scandales et passe-droits de la période du confinement ont été révélés. Cette concertation vient de voler en éclats, permettant à un ministre de dire avec ironie : « Éna l’opposition dans l’opposition. » C’est parce que des leaders aux ego surdimensionnés ont décidé qu’il fallait choisir celui qui sera présenté comme Premier ministre aux élections de… 2024 que l’entente a éclaté. Alors que la situation économique est catastrophique ; que des milliers de Mauriciens ont perdu ou vont perdre leur emploi ; alors que les entreprises ferment ; que l’on ne sait encore quand les frontières seront ouvertes et que la menace de la Covid pèse de plus en plus dangereusement, pour les leaders des partis politiques de l’opposition, la priorité des priorités est de choisir qui sera candidat au poste de Premier ministre en 2024 ! Non seulement c’est leur priorité, mais ils en font une question nationale en la lançant dans le public. Résultat de la manœuvre : l’opposition parlementaire est autant sinon plus discréditée que le gouvernement, qui profite déjà de la situation — plus exactement du cadeau — de l’opposition pour mobiliser ses troupes.

On a souvent dit qu’un électorat a le gouvernement qu’il mérite. Après ce qui vient de se passer, on peut ajouter à cette phrase : et l’opposition aussi. Et si aux prochaines élections — sans doute les municipales —, une majorité d’électeurs décide de s’abstenir, ils vont faire réélire les partis qui les déçoivent tellement aujourd’hui. Si c’est malheureusement le cas, nous allons retrouver aux commandes d’une des plus importantes entreprises mauriciennes celui qui vient de se présenter comme le descendant « d’une lignée royale de l’Inde.». Un descendant de maharajah qui est par ailleurs un des principaux conseillers du Premier ministre et un des piliers de la fameuse kwizinn. De quoi se demander si le Premier ministre fait la révérence — ou le baisemain — à son conseiller prétendument de lignée royale ou si c’est l’inverse.