Bruneau Laurette aura été jusqu’au 15 février dernier un « activiste social » qui avait réussi à booster le moral en berne de nombreux Mauriciens ces derniers temps. Mais ses discours et sa présence sur le terrain politique l’ont conduit vers un autre sentier. Il veut désormais conquérir un autre terrain : le Parlement, pour mieux défendre, dit-il, l’intérêt des citoyens. Il y croit. Et eux ? Les citoyens savent sanctionner ceux qui les déçoivent. Le verdict aux prochaines législatives. Bruneau Laurette a présenté Linion Sitwayin Morisien, nouvelle formation politique — au sein de laquelle il poursuit sa croisade contre l’injustice — dimanche dernier. Parmi les membres du parti, le syndicaliste Ivor Tan Yan. Sanjeev Teeluckdharry est le conseiller légal de la nouvelle formation.

Un an après avoir été la voix que de nombreux Mauriciens attendaient pour faire entendre leur sentiment de ras-le-bol sur la gestion du pays, vous voilà en politique. Savez-vous que vous avez déçu beaucoup d’entre eux ?

C’est vrai de dire que je ne faisais pas de la politique à ce moment-là. Pendant les marches citoyennes, je n’avais aucune intention politique. Certaines personnes dans les marches citoyennes se demandaient d’ailleurs pourquoi je ne m’engageais pas dans la voie politique. Le citoyen que j’ai toujours été et que je suis est révolté contre l’injustice sous toutes ses formes. On croyait que l’opposition allait faire son travail. Surtout après la marche du 13 septembre 2020. Mais c’est le contraire qui s’est passé. L’opposition a trahi le peuple et nous avec. Nou nepli krwar dan lopozision ki pans zot prop lintere ek renouvelman zot dinasti. Et quand cette même opposition se retrouve au pouvoir, elle change de langage. Depuis l’accession de Maurice à l’indépendance, il n’y a jamais eu de député citoyen au Parlement. Un système qui prône le communalisme ! Qui plus est, rien n’est fait pour casser cela, mais tout est fait pour plaire aux petits copains et autres lobbies. Cette décision de me lancer en politique n’est pas celle de Bruneau Laurette uniquement, mais d’un collectif.

Mais il y a quand même un sentiment de déception pour ceux qui ont cru dans le citoyen que vous incarniez !

Les citoyens gardaient espoir pour un changement. Il y avait alors un choix à faire. D’un côté, continuer à organiser des marches et se laisser abuser, parce que les changements réclamés n’allaient pas survenir. Et de l’autre côté, que les citoyens prennent les choses en main. Si on prend la deuxième option, on est obligé de passer par la politique. Finalman, ki nou bizin fer ? Inn ariv ler pou ki sitwayin azir pou li ek lepep.

Linion Sitwayin Morisien est un collectif où vous êtes à l’avant-plan…

C’est une équipe, un think tank avec entre autres des professionnels qui ont eu un passé politique, qui a voulu que je drive Linion Sitwayin. Ils m’ont dit que j’en avais la capacité. J’ai toujours été un homme de défi et de décision. Si je n’étais pas monté au créneau, il n’y aurait pas eu de commission d’enquête sur le naufrage du Sir Gaëtan ; des 26 squatters du confinement 2020 qui se trouvaient à Pointe-aux-Sables, il ne reste que trois familles sur place… Soopramanien Kistnen ne m’aurait pas fait confiance et ne m’aurait pas appelé pour me remettre des documents…

Sentiez-vous naître votre charisme politique pendant la marche du 29 août 2020 ?

Ce sont les autres qui peuvent le dire. Si on a vu que j’ai le charisme pour faire de la politique, c’est que je l’ai démontré. En revanche, je sais que je peux travailler sous pression. Pour moi, c’est à partir du 15 février de cette année que j’ai senti que j’allais prendre la voie de la politique. C’était au moment où les partis de l’opposition débattaient sur le poste de Premier ministre. Vous savez, de mon engagement, je n’attends rien en retour, sauf un changement pour lequel nous militons. Jusqu’à présent, qui a osé prendre des décisions dans l’intérêt des citoyens ? Personne ! Si demain Linion Sitwayin Morisien parvient à apporter ou pas ces changements, je marcherai la tête haute. Et si demain les citoyens refusent de faire ce changement, il ne faudra pas dire que c’est de ma faute, mais la leur ! Nous ne serons pas responsables. Les citoyens ont le devoir de la responsabilité.

Linion Sitwayin ira aux prochaines municipales ?

Cette question est à l’agenda de l’exécutif.

Qui finance Linion Sitwayin Morisien ?

Kot nou pe bizin kas ? Il n’y a aucune utilité de parler de financement, car nous ne sommes pas devant une quelconque échéance. Pour faire ce que nous faisons pour le moment, nous n’avons pas besoin d’argent. Kan ou pe met baz pou eleksion ki ou bizin boukou larzan. Nos «baz» seront les centres de vote. Pa bizin peye sa.

Avec qui ferez-vous alliance pour briguer les législatives ?

La question ne se pose pas pour le moment. S’il faudra faire alliance, nous ferons notre choix par rapport à notre force au moment voulu. Nous aurons alors des options. D’ailleurs, notre porte est ouverte à tous ceux qui sont dans le mainstream de l’opposition et le camp de citoyens. Nous croyons dans la complémentarité des talents.