Ils avaient pourtant concocté encore un génial plan de Com, les spin doctors de Pravind Jugnauth. Génial, selon ses concepteurs et destiné à rendre imbattable leur boss pour les prochaines élections générales. Qui, il est utile de la rappeler, auront lieu dans… trois ans! Profitant de l’éclatement de l’entente de l’opposition, il suffisait d’organiser quelques manifestations et discours, intégralement retransmis par la MBC et ses compagnies sœurs, à l’occasion du Maha Shivaratree et la célébration du 53e anniversaire de l’indépendance. Un coup double permettant à la fois d’écraser les oppositions, déjà à terre à cause de leurs contradictions, et les «frustrés» de la marche citoyenne et des réseaux sociaux. Pour ce faire, il suffisait de surfer sur ce que la kwizinn et ses sous-chefs considèrent comme étant l’argument imparable de Pravind Jugnauth, son ultime joker pour les prochaines élections: sa victoire sur la Covid-19. Une victoire qu’il autocélèbre à longueur de discours destinés au public local, surtout dans sa circonscription, et même international via les médias étrangers. Comment pourrait-on résister au Premier ministre qui avait fait de Maurice un «Covid-safe country», alors que le reste du monde, dont les grandes puissances, en était incapable! Le pire, c’est que les Mauriciens, à force de l’avoir entendu, avaient fini par croire à ce refrain et avaient délaissé, pour ne pas dire abandonné, les gestes barrières. Et puis, vendredi dernier, la réalité a pris le dessus sur la Com. Deux, puis trois cas de Covid local ont été enregistrés, alors que tous les précédents avaient été importés. Au lieu de sonner immédiatement l’alerte et de prendre les mesures qui s’imposaient, on a laissé la situation empirer. Les experts de la Santé ont tout d’abord accusé les fruits importés, puis les emballages d’être responsables de la nouvelle vague avant de se démentir eux-mêmes. Le ministre de la Santé, expert es démentis de ses propres déclarations, a minimisé, rassuré. La situation était totalement sous contrôle et les activités religieuses réunissant des grandes foules pouvaient se poursuivre sans problèmes, a-t-il affirmé. Il a maintenu le même discours rassurant — sans doute pour ne pas faire capoter le plan génial de Com — pendant tout le week-end. Pendant que le nombre de cas locaux de Covid augmentait. Le discours du ministre de la Santé et la Communication gouvernementale n’a convaincu personne, puisque dimanche dernier des milliers de Mauriciens se sont rués dans les supermarchés et boutiques pour se constituer des stocks de provisions. Et lundi, tandis que le nombre de cas était toujours en augmentation, le discours gouvernemental minimisait encore l’importance de la vague. En même temps, les ministères de la Santé et de la Sécurité sociale ont lancé une opération de vaccination qui était une négation de tout le protocole mis en place pour contrer la propagation du coronavirus. Des centaines de personnes de tous âges ont été parquées dans la cour du Plaza avant de faire queue pour se faire vacciner. Et ce, sans aucun respect des mesures de distanciation sociale que le monde entier observe depuis l’apparition du virus. On a entendu des ministres et de hauts responsables des ministères se féliciter dans les médias des grosses foules venues se faire vacciner. Ils ne savaient pas ou ne voulaient pas savoir que ce n’était pas leur campagne qui avait attiré la foule, mais la panique provoquée par l’augmentation de cas locaux de Covid-19 depuis la fin de la semaine dernière. Cette augmentation, qui était en train de devenir une multiplication, n’a pas incité le gouvernement à réagir face à la situation. Il paraît qu’il n’y avait pas consensus sur la question. Le gouvernement a attendu deux jours avant de réaliser qu’autoriser les rassemblements religieux n’était pas la manière la plus pratique de lutter contre la prolifération du virus. Ce n’est que tard, mardi, que le Premier ministre est venu à la télévision faire une brève allocution dont la diffusion  été avait renvoyée plusieurs fois. Il a annoncé ce que l’île Maurice savait déjà depuis des jours, grâce à la presse écrite et parlée et aux réseaux sociaux, que l’augmentation plus qu’inquiétante du nombre de cas rendait indispensable un nouveau confinement. Pourquoi a-t-on annoncé, mardi soir, ce qui aurait dû avoir été mis en place depuis le week-end dernier quand l’exception était déjà devenue la règle ? Est-ce que jusqu’à la dernière minute les spin doctors et autres gâte-sauces de la kwizinn ont voulu préserver leur plan de Com supposément génial, au risque de laisser l’épidémie se répandre dans le pays au point d’atteindre, au moment où cette chronique est écrite, 99 cas depuis le début de mars ? Il faudra bien qu’un jour on réponde à cette question: qui a fauté dans cette hyper mauvaise gestion de la nouvelle vague du coronavirus?

Jean-Claude Antoine