Le football business pensait pouvoir franchir le cap de la surpuissance, avec la création d’une Super Ligue d’Europe. Véritable machine à sous imaginée par des multimilliardaires avec le soutien de ce qui est considéré, dans les milieux financiers mondiaux, comme la plus grande banque des États Unis, JPMorgan Chase. Le tout pour un montant de quelque 3 milliards d’euros. Sauf que ce projet, très critiqué, a capoté, 48 heures seulement après son officialisation. Désormais, ces clubs devraient s’attendre à des conséquences, sportives comme financières.

Les méga-riches de la planète football ont donc été ramenés à la réalité, pour ne pas dire à l’ordre. Eux qui pensaient détenir le pouvoir suprême et qui se croyaient tout permis. Que les clubs au passé historique pouvaient être transformés, comme bon leur semble et au gré de leurs humeurs. Comme ces jouets qu’on finit, tôt ou tard, par casser à force de les manipuler dans tous les sens.

C’est justement là où le bât blesse. Quand, du jour au lendemain, on a voulu organiser une ligue fermée entre les super puissants d’Europe, et d’y exclure les moins fortunés ! Une mesure sine qua non visant à se remplir les poches, en cette période de pandémie et d’éponger les dettes et les pertes colossales qui ne cessent de s’accroître depuis ces deux dernières saisons. Quitte à tuer la magie d’une discipline sur l’autel des bénéfices.

Sauf que les concepteurs semblaient oublier que le football est avant tout un jeu. Qu’en Angleterre notamment, on vit et on respire le foot. Cela, en prenant en compte culture et philosophie bien ancrées, qui font vivre ces clubs depuis des décennies. Et ça, les fans l’ont bien fait comprendre dès lundi, avec une levée de boucliers à Leeds qui recevait Liverpool, l’un des clubs visés par ce qui est considéré comme « la plus grande traîtrise de l’histoire du foot. » Et ils n’ont pas eu tort.

Des entraîneurs ont également protesté, au même titre que des joueurs de la Premier League. Les politiques, par l’entremise du Premier ministre anglais, Boris Johnson, ou encore du Président français, Emmanuel Macron, entre autres, ont également pris position.

Dans cette nuée de contestations, mêlée à une colère compréhensible des fans, indistinctement de leurs appartenances, le Big Six en Angleterre (Manchester City, Manchester United, Liverpool, Chelsea, Tottenham et Arsenal) a fini par faire machine arrière. Les trois grands d’Italie (Juventus, l’Inter et l’AC Milan) aussi, laissant sur place les Espagnols du Real et du Barça — l’Atlético Madrid s’étant retiré.

Le « soulèvement du peuple football » a donc fini par avoir raison de l’exagération de leurs puissants financiers rendant, pour l’heure, le football aux joueurs et à ses fans, sans qui ce jeu n’existerait même pas. On notera aussi la déclaration très critiquée émise, dans un premier temps, par Manchester United, résumé en quelques malheureuses lignes seulement ! Cela, en dépit de la démarche de rejoindre une Super League anti-football, soulevant, au passage, l’ire d’un de ses plus fidèles anciens, Gary Neville, désormais consultant.

Un peu plus tôt, Liverpool, tout autant à plaindre que son rival de toujours, avait réagi officiellement. Son propriétaire, John W.Henry, s’adressant au peuple rouge avec à ses côtés des fleurs de couleur jaune, symbolisant entre autres…l’amitié !

Coïncidence ou pas, la démarche n’a pas pour autant atténué la colère des fans et autres anciennes gloires. Certains la considérant de tardive, voire d’une tentative de com, non pas pour reconnaitre la faute, mais surtout pour avoir été pris dans l’engrenage d’une action hautement condamnable. Certains réclamant même le départ des Américains après une première maladresse, en 2016, de réclamer une hausse du ticket d’entrée, suivant l’agrandissement d’Anfield.

Cette fois encore, John W.Henry a tenté de limiter les dégâts en présentant des excuses publiques. L’Américain affirme assumer pleinement sa responsabilité, allant jusqu’à dire aux fans et aux clubs qu’il les a laissé tomber.

Au delà des critiques pleuvant, c’est ce genre d’attitude qu’on aurait aimé voir un peu plus souvent à Maurice, y compris dans le sport. Car jusqu’ici, on a surtout été exposé au très célèbre, « pa mwa sa, li sa ! » ou plus récemment : « montre mwa kot monn fote. » Chez nous, on refuse obstinément de reconnaître sa faute et pire encore, on fait comme si de rien n’était, même lorsqu’on a allègrement bafoué certains principes de l’olympisme !

John W.Henry a ressenti la fracture occasionnée par sa bourde monumentale. Sauf qu’il a réagi promptement, quitte à mettre, pour le moment, de côté son orgueil de rêver d’un football à coup de gros sous au détriment d’un football populaire. Nos dirigeants sont-ils prêts à en faire autant pour sauver le sport local et l’aider à atteindre un nouveau palier ? Sont-ils prêts à mettre de côté leurs opportunismes et penser avant tout au bien-être du sportif ? Auront-ils un jour ce courage d’affronter la vérité ?

Ce sont autant de leçons à tirer dans ce malheureux épisode de la Super Ligue d’Europe, mort-née. Au même titre que la détermination des fans et des joueurs de sauver ce qui pouvait encore l’être. Un sens de responsabilité, voire de militantisme, que nombreux à Maurice, ne tiennent plus vraiment en compte. Au point où les « roder bout » ou les « lèche-bottes » sont devenus légion, préférant malheureusement s’accoutumer à une culture qui est diamétralement opposée aux principes sacrosaints sur lesquels devrait reposer le sport.