Comment les dirigeants du PTr ont pu être aussi naïfs pour croire que le MSM allait laisser le contrôle de régions rurales – d’où viendrait la majorité de ses partisans – lui passer sous le nez sans rien faire? Et pourtant, en matière de renversement des tendances politiques aux élections des Conseils de district et de faire une minorité devenir majoritaire avec quelques défections –solidement et financièrement négociées – à la veille d’un scrutin, les rouges savent faire. Ils ont de longues années de pratique dans cette manière de faire, dans cette capacité de manipuler les élus. Tout comme celle consistant à affirmer ne pas s’intéresser aux élections villageoises, de les laisser démocratiquement aux habitants des régions rurales – naguère leur dépôt fixe, tout comme Plaine Verte était celui du MMM – pour revendiquer la victoire une fois les résultats proclamés. En révélant qu’en fait, ils pilotaient les opérations dans l’ombre pour tromper à la fois leurs adversaires et les électeurs. Et malgré cette expertise, les stratèges du PTr, au lieu de veiller sur les élus qui leur avaient permis de remporter une majorité de conseillers, se sont enivrés dans ce qu’ils avaient qualifié de victoire. Enn baté bef, a précisé le leader des rouges qui n’a pas remporté une victoire électorale depuis belle lurette. Le MSM, qui a tout appris du PTr et qui lui a tout pris – les méthodes, les tactiques, les arguments et, pire, le pouvoir – a, lui aussi, joué le jeu du grand parti qui, officiellement, ne s’intéressait pas aux villageoises. Ce qui n’a pas empêché nombre de ministres et de députés d’arpenter les ruelles des villages et de participer à des réunions, en faisant des promesses qui pouvaient facilement passer pour des bribes électoraux. Puis, sentant glisser le terrain et monter le mécontentement, ils avaient commencé à laisser entendre que les “élections villageoises pas important, elections district councils ki important.” Pour le MSM dès le départ – c’est-à-dire depuis le choix de la date des villageoises –, l’objectif était d’essayer de remporter les suffrages dans les villages mais de concentrer tous les efforts – c’est-à-dire les promesses de postes, de places et ainsi de suite – pour contrôler les Conseils de districts.
Et pendant que le PTr se gargarisait de sa victoire, le MSM se lançait dans une opération qu’il maîtrise parfaitement depuis les élections de 2014 et qu’il a “améliorée” depuis le Viré mam. Dès la proclamation des résultats et alors que le gouvernement disait que les villageoises ne le concernaient pas, il a mobilisé l’appareil d’État dans la conquête des voix des représentants des villages délégués pour élire les Conseils de district. Des réunions ont été organisées au PMO, des photos prises avec le chef de gouvernement, ses ministres et ses députés. Des élus, qui s’étaient présentés comme apolitiques, sont devenus, du jour au lendemain, des diehards orange ne jurant que par Pravind. L’un d’entre eux a été tellement ébloui de sa rencontre avec le leader du MSM qu’il l’a comparé à… Jesus Christ. Galvanisé par cette comparaison, Pravind Jugnauth est redevenu chef de parti en tenant la conférence de presse de la “victoire” au siège du MSM. Car grâce à l’opération Viré mam, six des sept Conseils de district sont passés sous le contrôle du MSM en dépit du fait que les résultats des villageoises avaient démontré une nette préférence des électeurs pour l’opposition. Comme quoi on peut à Maurice, en toute légalité, détourner et renverser les résultats d’une élection. Certains électeurs, scandalisés par la récupération de leur vote, sont allés demander des explications à ceux qu’ils avaient élus sur un programme bien précis. Quand ils ont utilisé les termes vendeurs et transfuges, les nouveaux élus ont répondu que l’exemple venait d’en haut. Que ce que eux débutants viennent de faire, des politiciens d’expérience le pratiquent depuis des années. Ils ont cité comme exemple les dernières élections ou des changements d’alliances et d’idéologies ont eu lieu en quelques quarts d’heure seulement.
Maintenant qu’il sait que son vote peut être modifié et détourné, est-ce que l’électeur aura encore envie d’aller exprimer son choix politique aux prochaines consultations? Cette question ne semble pas troubler les politiques qui ne tiennent pas cas de ce que peut penser l’électeur. Pour eux, l’électeur n’est là que pour voter et quand il le fait mal, selon les objectifs décidés par le parti, il suffit tout simplement de “corriger” son vote. C’est ce qui s’est passé mercredi dernier dans six des sept Conseils de district.