Les activités économiques, commerciales, culturelles et sociales à Maurice sont passées d’une situation exceptionnelle due à l’état d’urgence sanitaire imposée en raison de la pandémie de Covid-19 à une situation quasi-normale. Les Mauriciens ne s’en sont pas privés cette semaine. Beaucoup de pique-niqueurs se sont ainsi rendus sur les plages. Les principaux centres commerciaux, en particulier les “food courts”, ont commencé à retrouver lentement, mais sûrement, leurs animations habituelles. C’est également le cas pour les foires à Port-Louis et dans les agglomérations principales. Plusieurs centres commerciaux accueilleront les premiers concerts post-confinement ce week-end à l’occasion de la fête de la musique.

Tout cela aurait dû contribuer à créer un environnement apaisé, alors que le pays traverse la pire situation économique que le pays ait connue, et à analyser les mesures budgétaires, qui comprennent quelques pièges. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Des signes troublants donnent à penser que la démocratie et la liberté de penser sont actuellement mises à l’épreuve.

Prenons notre démocratie parlementaire. Pendant toute la période de confinement, les uns est les autres ont multiplié leurs efforts afin de trouver un moyen pour que les parlementaires puissent faire leur travail et qu’ils puissent examiner le travail de l’exécutif. Dans toutes les démocraties qui se respectent, le Parlement est un lieu où toutes les opinions et tous les sentiments qui traversent la population peuvent s’exprimer à travers les élus du peuple, aussi bien de la majorité que de la minorité parlementaire. Le Parlement constitue une soupape de sûreté pour empêcher que la colère de la population ne déborde dans les rues. C’est surtout le lieu où la population peut s’assurer que le pays n’est pas dirigé par des dictateurs et des despotes.

Malheureusement, quelque chose ne tourne pas rond actuellement à l’Assemblée nationale. Les parlementaires n’ont pas eu cette année toute la latitude nécessaire pour interpeller le gouvernement, notamment à travers les questions parlementaires. Alors que les quelques “backbenchers” du gouvernement font encore leur apprentissage parlementaire, l’opposition à l’Assemblée nationale, elle, est confrontée non seulement à la majorité parlementaire, mais aussi au Speaker, dont l’indépendance est sérieusement remise en question ces jours-ci. Jamais auparavant n’a-t-on vu un Speaker bousculer à ce point les parlementaires de l’opposition, dont plusieurs ont occupé de hautes fonctions au niveau du pays. La façon dont le Committee of Supply s’est déroulé cette année constitue une insulte à la démocratie parlementaire.

Ce n’est pas la première fois que l’opposition boycotte un ministre de la majorité. On peut ne pas partager la méthode pratiquée par l’opposition, mais la majorité dispose de suffisamment de cordes à son arc pour lui donner la réplique ou pour banaliser son action. Cependant, c’est la première fois que tous les députés de l’opposition sont expulsés de l’enceinte parlementaire en plein exercice budgétaire. Ce qui crée la perception que la majorité est sur la défensive et refuse de se confronter à l’opposition. De plus, en sanctionnant l’opposition, c’est la population et les contribuables qui paient les pots cassés et se sont vus priver de la possibilité de savoir comment nos impôts sont dépensés.

L’autre signe inquiétant est ce qui se passe actuellement à l’Université de Maurice, où Rajen Narsinghen a été convoqué devant un comité disciplinaire, non pas pour une faute professionnelle, mais pour avoir exprimé son opinion ouvertement en public. Dans tous les pays démocratiques, l’université est une marmite où les idées bouillonnent et où les étudiants participent activement aux débats sociaux et sociétaux. N’oublions pas à ce titre que c’est une jeune universitaire qui est à l’avant-poste de la lutte internationale contre le réchauffement climatique. De fait, l’université devrait normalement être le symbole de la liberté de pensée, et pas celui de la pensée unique, comme semble préconiser l’UoM. Ce faisant, c’est la démocratie qui est menacée. Heureusement, il n’est pas trop tard pour se ressaisir.