Jeudi dernier, soutenu par Xavier Luc Duval et Roshi Badhain, le leader du MMM a décrété que le PTr devait se débarrasser de Navin Ramgoolam s’il voulait faire alliance avec le MMM, le PMSD et RP aux élections générales de… 2024. Cette «stratégie» est visiblement, et grossièrement, provoquée par la démission de Nando Bodha du MSM. Démission qui permet au leader du MMM de croire qu’il va pouvoir enfin réaliser son rêve de toujours: pouvoir proposer un vaish comme Premier ministre du pays. Un Premier ministre paravent ou marionnette dont il tirerait les ficelles! Le leader du MMM, passionné d’Histoire, semble avoir oublié une page dont il fut le principal rédacteur. En 2005, après que l’alliance MMM/MSM eut été battue par celle du PTr/PMSD, il décréta que le MSM devait changer de leader et remplacer Pravind par Ashock Jugnauth. On se souvient du résultat de cette «stratégie» désastreuse: éclatement de l’alliance MSM/MMM, renforcement du pouvoir de Pravind Jugnauth, disparition progressive d’Ashock Jugnauth de la scène politique et affaiblissement du MMM. En fait, la «stratégie» de Paul Bérenger eut l’effet contraire de l’objectif qu’elle était censée atteindre.

Avec sa mémoire très sélective de l’Histoire, Paul Bérenger vient de reprendre en 2021 la «stratégie» qui ne fonctionna pas en 1995. Après des années de méfiance alimentée par l’alliance catastrophique de 2014, le MMM et le PTr ont pris du temps pour retrouver un semblant de relations cordiales. C’est paradoxalement le MSM et son comportement depuis les élections de 2019 qui poussèrent les mauves et les rouges à s’allier pour combattre les orange avec le soutien des bleus. Face à l’armada gouvernementale et sa kwizinn, caractérisée par un abus de pouvoir permanent, l’opposition fut obligée de s’allier pour y résister et créer une entente qui pourrait devenir une alliance pour les municipales et, si elle parvient à tenir la route, les générales de 2024. Tant bien que mal, l’opposition parlementaire avait commencé à créer un front contre le MSM et ses outrances avec à sa tête un Arvind Boolell que beaucoup auraient souhaité un peu plus percutant. Tout aurait continué dans cette voie si Nando Bodha n’avait pas trouvé — après plus de 40 ans chez les orange que — comme l’avait dit son mentor, «ça ne pouvait plus se continuer», et claque la porte du MSM. Le rêve de toute la vie politique de Paul Bérenger semblait enfin pouvoir se réaliser. Au lieu de donner le temps au temps, il a décidé de brûler les étapes, ou plutôt d’écarter ceux qui pourraient se mettre en travers de la réalisation de son rêve.

C’est ainsi qu’il a récupéré une phrase bête d’un élu du PTr, qui n’a pas inventé le couteau à couper le beurre, pour en faire un drame national. Samedi dernier, en conférence de presse, Paul Bérenger a fait savoir que la phrase du député avait «blessé» le MMM qui, du coup, suspendait les réunions entre les leaders de l’entente. Et du puis, jeudi, flanqué de Xavier-Luc Duval et de Roshi Bhadain, il a annoncé que si le PTr voulait faire alliance avec le MMM, le PMSD et le RP, il aurait à se débarrasser de Navin Ramgoolam comme leader.
Comme en 1995, la stratégie de Bérenger en 2021 a donné ses résultats: (i) renforcement du pouvoir de Navin Ramgoolam au PTr, dont les membres sont, justement, révoltés par cette ingérence dans leurs affaires internes et (ii) renforcement du pouvoir de Pravind Jugnauth qui capitalise sur les mésententes de l’opposition qui font oublier toutes les affaires et scandales auxquels son gouvernement est associé. Et, comme en 1995, cette stratégie a provoqué un désarroi chez les Mauriciens qui soutenaient encore le MMM à cause de son passé, mais qui, après ses stratégies incohérentes, vont finir par grossir les rangs des indécis dégoûtés de la politique et de ses leaders.

Le problème de Bérenger, c’est qu’il est, une fois de plus, allé trop vite en besogne, car Nando Bodha, son candidat rêvé pour le poste de Premier ministre en 2024, ne semble pas du tout intéressé à devenir un Ashock Jugnauth bis. En même temps, la stratégie de Paul Bérenger pourrait apporter de l’eau au moulin du MSM qui, depuis les manifestations citoyennes, oppose les électorats des régions rurales à celles des régions urbaines. Et comme à Maurice tout est possible en politique, on peut se demander si la «stratégie» de Paul Berenger associée à Xavier-Luc Duval — une autre entente difficile à avaler — ne va pas pousser Navin Ramgoolam et le PTr dans les bras de Pravind Jugnauth et du MSM au nom d’une réconciliation des deux électorats des régions rurales?
Jean-Claude Antoine