Les conseillers en communication de Pravind Jugnauth n’en finissent pas d’improviser des opérations destinées à donner une image positive de leur patron mais qui, comme la plupart de leurs initiatives, se révèlent contre productives. Parfois même ridicules. On croyait avoir vu le pire après la calamiteuse interview à la BBC  – avec coupure du signal par la MBC ; la tentative d’organiser une méga prière pour répliquer à la marche du 29 août et le fameux « mais dire moi kot mo finn foté ? » Mais après, il y a eu le bain de foule à Père Laval, le 8 septembre, et la deuxième homélie à la messe du Tourisme, jeudi dernier. Dans le premier cas, les conseillers du Premier ministre, qui continuent à se prendre pour des stratèges, ont imaginé une opération pour faire le PM engranger des points chez les catholiques, donc les créoles. Surtout après la destruction des longères des squatters, dont on ne comprend toujours pas l’urgence et surtout la brutalité dont elle a été entourée. Pour essayer de renverser la vapeur, la MBC a fabriqué un reportage sur la responsabilité de l’Église, ce qui lui a valu une mise au point refusée qui a provoqué des remous. Pour tenter de faire oublier ces faux pas, on a donc imaginé l’opération Père Laval. Le premier acte a lieu la veille de la fête de l’apôtre de l’île Maurice quand le PM remet en grande pompe au Cardinal… une copie de l’acte de décès du Père Laval. Deuxième acte : une candidate battue devenue PPS découvre ce que les Mauriciens pratiquent depuis toujours : offrir des boissons et des gâteaux aux pèlerins. Ce «  sujet » fait l’objet d’un reportage radio et de photos sur les réseaux sociaux provoquant une pluie de quolibets. Acte trois : le PM et des membres du gouvernement viennent assister en groupe à la messe du Père Laval en faisant force selfies. La stratégie est de faire le PM et son entourage prendre un bain de foule sous les caméras de la MBC. C’est une série de claques que le PM et le gouvernement reçoivent en direct live à travers l’homélie du Cardinal Piat qui, en partie grâce à la MBC, fait le buzz sur les réseaux sociaux.
Les stratèges ont pris plus d’une quinzaine de jours pour imaginer une riposte, opération pouvant faire oublier l’homélie du 8 septembre. Un d’entre eux qui doit se croire génial a trouvé ce qu’il pensait être la solution : répliquer à l’homélie par… une deuxième homélie sur le lieu même où avait eu lieu la première. Quelle meilleure façon de laver l’insulte? L’occasion propice pour ce règlement de comptes était tout trouvé : la messe du Tourisme, jeudi dernier. Quand au prêtre qui devait être le porte-parole de la vengeance premier ministérielle pour répliquer au Cardinal, il était déjà sur place en la personne du Père Grégoire. Un homme d’Église proche du pouvoir qui aurait été très actif lors des dernières élections. Au point même, dit-on, d’avoir pu imposer des candidats, supposés représenter une communauté particulière, sur la liste du MSM. Rassuré que la deuxième homélie ne ressemblerait pas à la première et que le match retour se jouerait à son avantage, le PM reprit le chemin du Père Laval accompagné de son désormais inséparable Vice et ministre du Tourisme. Pour la deuxième fois en moins d’un mois, ils allèrent donc à la messe. Après la liste du 8 septembre, l’homélie, totalement politically correct de jeudi dernier ne pouvait que ravir le chef du gouvernement et ses conseillers. Il contenait plusieurs paraboles, celle du cactus qui fleurit dans une mare, de l’oiseau caché et du haricot. Cerise sur le gâteau, une petite phrase de l’homélie du curé semblait répliquer à celle du Cardinal: « Nous avons tous une responsabilité sur la bonne décision à prendre et comment agir ensemble. Il vaut mieux faire tout cela avant de critiquer ». Il est probable que les stratèges attendaient quelque chose de plus fort et de plus direct, mais ils durent se contenter de ce qu’ils avaient. Ce n’est pas tout à fait l’avis des internautes qui se sont déchaînés en fin de semaine sur l’auteur de la 2e homélie. Après avoir critiqué son langage consensuel d’aujourd’hui par opposition à ses prises de position du passé sur les problèmes de la communauté créole, il lui a été demandé, entre autres, de rendre son aube contre une robe orange et d’aller faire ses discours au Sun Trust. Une internaute a résumé son mécontentement par un mot : «  foulidéor ! »
Même si la 2e homélie a provoqué quelques remous au sein de l’Église, elle ne parviendra certainement pas à faire oublier la première. Les « stratèges » du Premier ministre lui ont fait participer à une opération « com » qui ne l’a pas mis en valeur. Une de plus.
Jean-Claude Antoine

*Cette phrase est devenue le titre et le refrain d’une chanson qui fait le buzz sur les réseaux sociaux depuis la fin de la semaine.