Serge Gainsbourg nous pardonnera de lui emprunter le titre de sa chanson « La Gadoue », merveilleusement chantée par Petula Clark dans les années 1960, pour évoquer dans quelle situation se trouve le monde hippique mauricien à l’orée d’une saison 2021 qui s’annonce chaotique. L’État et ses organismes pataugent carrément dans cette boue sale et puante qu’est la gadoue.

Une fois n’est pas coutume, la Gambling Regulatory Authority (GRA), arme gouvernementale pour réguler les paris, s’est muée, au fil des années, en organisatrice parallèle des courses en s’appropriant petit à petit les prérogatives du Mauritius Turf Club (MTC), qui s’est laissé faire sur l’autel bienséant de « garder de bonnes relations avec le gouvernement du jour » et plus récemment avec le bon vouloir, allié consentant, d’un des hauts responsables de l’organisation des courses.

Après avoir introduit les honteuses et imbéciles directives qui ont fait de notre monde hippique la risée du monde entier, la GRA a, dans la stratégie gouvernementale, résolument jeté son dévolu sur le MTC. À chaque budget, ce gouvernement profitait du Finance Bill pour réduire la marge de manœuvre de l’organisateur des courses, au point où le MTC devait à tout bout de champ demander la permission à la GRA avant de prendre la moindre décision. L’introduction de l’Anti Money Laundering and Countering Financing of Terrorism Act a permis ces derniers temps à la GRA d’étendre, telle une pieuvre avec ses huit pattes et ses milliers de tentacules, de réduire le MTC à sa plus simple expression, c’est-à-dire d’organisateur de courses pour la GRA.

Cette « autorité » étatique a d’abord mis en place un arsenal légal scélérat pour interdire au MTC, club privé, d’organiser les courses, a introduit une Personal Mangement Licence (PML) pour prendre le contrôle des acteurs hippiques et noyauté l’ex-président du MTC pour entamer des non-disclosure discussions pour la mise sur pied d’une compagnie publique qui organiserait les courses. Et ce, sous le contrôle strict de la GRA, qu’un scénario a été mis sur pied pour y propulser un « Ultimate Beneficiary Owner » (UBO) d’une série de compagnies de paris sur les courses et le football, également financier allégué du parti au pouvoir et qui a une oreille bienveillante du Prince du jour.

Le plan était presque parfait…. Excepté que le scénario qui se tramait dans les coulisses a fuité…

La stratégie de la GRA et de son protégé — à qui a été offert sur un plateau royal le monopole des paris à cote fixe hors hippodrome — lorsque le gouvernement a fait fi d’un jugement de la Cour suprême pour passer une nouvelle loi et des nouveaux règlements qui interdisent aux off-course bookmakers de travailler hors du Champ de Mars, ce n’est pas le seul privilège dont bénéficie cet « UBO », qui s’est approprié une grande partie des loteries locales assorties de tous les aménagements nécessaires pour vendre les billets, même par SMS, qui a eu la permission d’installer des machines à sous à travers l’île sans avoir à demander l’autorisation de la police pour la localisation, puisque ce pouvoir a aussi été dévolu à la très accommodante GRA à son égard. La dernière en date, révélée par Le Mauricien de ce jeudi, fait état de la possibilité pour tous les organisateurs de paris SMS de ne pas obligatoirement numéroter les tickets vendus, ce qui altère toute vérification possible des enjeux réels enregistrés.

Pour le remercier pour sa grande générosité, les autorités ont consenti à lui faire la courte échelle pour régner en maître sur le monde des courses afin de revitaliser ses terrains à Côte d’Or ou ailleurs, où un nouvel hippodrome serait érigé dans le cadre d’un projet immobilier. Mais la cerise sur le gâteau, c’était de lui permettre de prendre la citadelle du MTCSL, qui a été programmé pour rendre le MTC et ses actionnaires exsangues en s’octroyant à travers une OPA les actions de la nouvelle compagnie publique, dans le cadre d’une faillite programmée.

Pourquoi tant d’intérêt pour le seul MTC ? La réponse est simple. C’est le MTC qui détient seul l’autorité internationale de la Fédération des autorités hippiques pour l’organisation des courses et elle seule peut recommander une autre organisation pour le faire sur le territoire mauricien. Sans cette autorité, il ne peut y avoir de courses, car les jockeys et autres professionnels de courses perdraient leurs licences s’ils participaient aux activités pour une organisation non-enregistrée.

Les membres du MTC, conscients que la GRA et son favori voulaient « highjack » leur club, se sont levés comme un bloc pour porter à leur présidence Jean-Michel Giraud (JMG), qui est connu pour ne pas se laisser marcher sur les pieds et ne pas pratiquer la langue de bois, afin de faire capoter le projet.

Sauf que la GRA use de son statut d’organisme d’État pour faire plier le MTCSL à ses exigences, mais surtout à vouloir priver JMG de ses droits légitimés par une élection démocratique de diriger cette nouvelle entité appartenant à 100% au MTC. Jusqu’à présent, se servant de toutes sortes de stratagèmes qui n’ont rien à voir avec le droit de JMG à une PML, la GRA donne l’impression d’abuser de « delaying tactics » qui lui ont finalement valu une hola de la Cour suprême dans le cadre d’une Judicial Review logée par JMG pour défendre ses droits.

Entre-temps, le CCID a, comme par coïncidence, convoqué JMG, avec l’annonce d’une arrestation imminente, pour venir s’expliquer sur une plainte de cinq bookmakers qui disent avoir été diffamés criminellement sur des faits pour lesquels ils ont été interrogés par la GRA dans le cadre d’une enquête de revenus anormalement bas. Une nouvelle convocation est même annoncée pour mardi prochain, quelques jours avant que la cour ne statue sur son litige avec la GRA, avec à la clé une arrestation pour une farfelue Breach of ICTA Act. Dans la même foulée, la MRA, délaissant un moment les trafiquants de toutes sortes, se concentre sur un citoyen, jusqu’ici au-dessus de tout soupçon, et s’intéresse à ses déclarations d’impôts et même de ses compagnies pour les cinq dernières années. Nous sommes persuadés qu’une enquête identique diligentée sur certains membres de la GRA serait plus productive !

Enfin, pour l’humilier davantage, ceux qui n’ont pas de PML n’auront pas droit de cité aux courses pendant le huis clos. Comme par hasard, cette manœuvre touche en premier lieu le président du MTC, le propriétaire du MTCSL. Comme dirait le proverbe mauricien, « lokater finn vinn propriétaire ».

Ce qui ressort de tout cela, c’est que l’on est sous l’impression que les autorités publiques veulent détruire un individu en utilisant tous les moyens à leur disposition. Parce que cet individu a contrecarré des plans machiavéliques et a osé dire qu’il ferait une enquête sur un protégé du GM concernant l’achat de chevaux et l’enregistrement de tous les paris.

Nous avons vu les capacités de patauger dans la boue pour ne pas dire la gadoue des services de l’État lorsqu’il s’agissait de détruire ceux qui les gênent. On a vu avec quelle hargne, quels abus de pouvoir et quel manque de fair-play le chef syndicat des pilotes d’Air Mauritius, le Belge Patrick Hoffmann, qui avait pour épouse une Mauricienne, décédée en exil forcé, a été victime de revanche et de harcèlement. S’il l fallait expulser du pays tous ceux qui disent du mal des gens du pouvoir, comme de l’opposition d’ailleurs, à longueur de journée, cela fait longtemps que le pays aurait été vidé d’un nombre très important de sa population.

C’est cette même intolérance, cette même hargne et ce même manque de fair-play qui sont pratiqués à l’encontre de JMG. Normalement, il appartient à un président de la République digne de ce nom de s’assurer que chaque citoyen de ce pays puisse vivre libre dans le cadre de la loi. Sans être une victime quelconque de harcèlement des autorités. Mais faut-il vraiment s’en étonner quand on s’aperçoit du sort qui a été réservé à Pravin Kanakiah, Sarah Boitieux et Soopramanien Kistnen, eux, qui connaissaient tant de secrets, susceptibles de faire tomber les princes du jour de leur piédestal alors qu’ils continuent à patauger dans la gadoue politico-financière.