Il aura fallu les longs mois de confinement pour que cet îlien, l’enfant de l’océan qu’est le Mauricien, (re)découvre à quel point la mer fait partie de son quotidien. Le soupir de soulagement, les vivats dans certains cas, entendus jeudi dernier après l’annonce du Premier ministre, l’ont démontré. À partir du premier juillet, le Mauricien pourra donc recommencer à marcher dans le sable, humer l’air du large et, pour les plus courageux en ce temps hivernal, piquer une tête dans le lagon. Mais cette mer qui nous entoure, est-ce que nous nous en préoccupons, est-ce que nous la respectons comme il le faudrait quand elle ne nous est pas interdite par des mesures sanitaires ? Pas sûr quand on constate à quel point, en dépit de la pandémie, on bétonne et souvent à plusieurs étages, le long des plages. De la mer dans le Nord, le nombre de grues de construction jaunes dépassant les cocotiers est impressionnant. De Grand-Baie à Péreybère, des deux côtés de la route, les chantiers, plus volumineux, plus poussiéreux et plus bruyants les uns que les autres, se succèdent. Ils n’existent pas que sur la route littorale, mais des deux côtés des petites rues parallèles et même dans les petites impasses. Le béton gagne du terrain non seulement sur les plages et les routes qui les bordent mais aussi, et de plus en plus, sur l’intérieur des terres au risque de rompre tous les équilibres environnementaux. Et pas seulement dans le Nord. Et ça, on le constate après chaque grosse pluie quand l’eau venue de la montagne ne trouve plus ses drains naturels allant vers la mer et transforme les morcellements construits à la va vite – avec des permis obtenus avec une rapidité extraordinaire – en marécages boueux.

Mais est-ce que les millions de kilomètres carrés d’eaux mauriciennes sont mieux protégées ? Il est difficile de répondre pour ce qui se passe au loin, mais on sait que les pécheurs étrangers, pas toujours détenteurs de permis en règle, sont parfois plus nombreux que les bancs de poissons qu’ils convoitent. Il n’y a pas qu’en pleine mer que foisonnent les requins. L’enquête menée actuellement par l’ICAC sur le trafic de drogue via la mer démontre que des protégés ont obtenu du ministère de la Pêche des permis pour non seulement créer des fermes de plantation de corail mais surtout pour les vendre à l’étranger et même à Maurice, en toute impunité. Ce qui nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps un autre ministre de la Pêche avait attribué un barachois et un permis à l’époux d’une députée orange pour produire des concombres de mer. Si le barachois a bien été octroyé, on attend toujours le lancement de cette industrie du concombres de mer qui devait devenir un pilier de notre économie marine.

Pour ce qui est la protection de nos côtes, ce qui s’est dit devant la commission d’enquête sur les conditions du naufrage du Wakashio est hallucinant. Exemples. Le soir du naufrage, le préposé au radar de surveillance a à peine regardé son écran parce qu’il avait… d’autres choses à faire! Aucun des responsables de la surveillance des côtes ne s’est inquiété qu’un vraquier de plusieurs dizaines de mètres de long s’approchait aussi près des côtes mauriciennes. Personne n’est capable d’expliquer pourquoi les garde-côtes ont été incapables d’entrer en communication avec le vraquier qui avait changé son itinéraire pour se rapprocher dramatiquement de nos côtes. Apres les naufrages, les policiers qui sont allés saisir les documents du navire n’ont pas pensé à prendre les ordinateurs de bord. Quand aux responsables du port, ils ont joué au pas moi ça li ça sans pouvoir expliquer pourquoi les ressources du port n’ont pas été immédiatement déployées sur les lieux du naufrage, ce qui aurait pu éviter la marée noire. Ce qui s’est dit devant la commission démontre que nos côtes ne sont pas plus protégées par les institutions responsables de le faire, que ne sont les ressources dans notre zone exclusive. Et le pire c’est qu’il ne semble pas que le naufrage du Wakashio ait poussé les autorités à prendre des mesures correctives pour éviter que ne se reproduise ce qui s’est passé en juillet dernier à Pointe d’Esny.

Revenons à la réouverture de nos plages. Il faut saluer ce ouf de soulagement des Mauriciens à l’annonce qu’ils pourront, dès jeudi prochain, aller prendre un bon bol d’air marin ou faire trempette. Espérons qu’ils sauront respecter les plages, régénérées par ces mois de fermeture sanitaire, et qu’ils ne les transformeront pas en poubelles à ciel ouvert. Comme c’était souvent le cas pour les plages publiques les plus fréquentées du pays, le lundi matin, après les pique-niques dominicaux.