Semaine après semaine, alors que la Covid-19 se répand à travers l’île, le gouvernement affirme qu’il contrôle la situation. C’est ce que répètent ses ministres et les porte-parole du National Communication Committee sur la Covid-19 qui se produisent à la télévision en direct puis en différé dans le JT de la MBC tous les soirs. Ce qui est présenté comme un exercice d’information n’est en fait qu’une tentative de communication à sens unique. Les questions auxquelles répondent – parfois à demi – les porte-parole ont été envoyées par la presse plusieurs heures avant. De quoi donner le temps aux Governement Information Services – par ailleurs spécialiste de démentis sur les réseaux sociaux – de faire un tri et surtout de préparer les réponses lues, avec plus ou moins de conviction, par les porte-parole. Les passages considérés comme les plus percutants font l’objet d’une diffusion dans les différents JT de la MBC, plus que jamais haut-parleur du gouvernement. Mais il arrive aussi qu’à force de vouloir trop bien faire, la MBC, au lieu de mettre en valeur les membres du gouvernement, les ridiculise. C’est qui est arrivé au député Bablee, qu’on a fait intervenir sur le fait qu’une région de sa circonscription avait été décrétée zone rouge sanitaire. La MBC avait choisi, pour illustrer ce sujet dramatique, une photo tout sourire du député. Au niveau des incohérences, on peut aussi relever ce reportage de la MBC disant que toute circulation était strictement interdite à Highlands sur des images de la MBC filmant le quartier ! Mais revenons aux passages trop fréquents des élus de la majorité à la télévision. Des passages provoquant une overdose télévisuelle chez le Mauricien, tout au moins celui qui n’avait pas encore changé de chaîne ou carrément éteint son poste. Contrairement à ce que leurs conseillers ont fait à leurs ministres, se montrer à la télévision ne rend pas forcément populaire, surtout quand le ramage est loin de se rapporter au plumage. C’est ce qui est arrivé au premier d’entre les ministres lors de son passage éclair à la télévision, où il est venu parler pour ne rien dire. Plus exactement pour lire un message qui avait si peu de sens que quinze jours après des téléspectateurs se demandent encore ce qu’il a voulu dire. Du coup, il a pris un congé de la télé pour faire oublier sa piètre performance.
À la télévision, quand on s’adresse à la nation, il faut – comme l’exemple de Pravind Jugnauth l’a illustré – savoir choisir ses mots. À plus forte raison quand on est ministre de l’Éducation et que l’on vient communiquer en plein confinement sanitaire, même partiel. Tout comme Pravind Jugnauth refuse de travailler avec d’autres que ses ministres et ses chamchas pour chercher des solutions aux problèmes actuels, la ministre de l’Éducation est également une têtue. Depuis de semaines, des syndicalistes, des éducateurs et des parents d’élèves, entre autres, lui ont demandé de renvoyer les examens de PSAC. Elle les a envoyé promener en maintenant son calendrier. Le fait que Maurice soit passée en reconfinement ne l’a pas ébranlée dans ses convictions : il fallait maintenir les examens du PSAC à tout prix. Même si la création de zones rouges a compliqué une situation, qui l’était déjà au départ. Et puis, ce que tous redoutaient est arrivé : une enseignante habitant une zone rouge, qui était malade, a été sommée d’aller travailler comme surveillante. C’est après avoir fait son travail de surveillante qu’on s’est rendu compte qu’elle était positive à la Covid-19. On imagine la réaction des enseignants, des parents et surtout des élèves participant aux examens que la ministre avait refusé de renvoyer. Des heures après que cette inquiétante information a fait le buzz sur les radios et les réseaux sociaux, la ministre est venue faire une brève déclaration à la télévision. Pour dire que « ce qui s’était passé à l’école Philippe Rivalland n’était qu’un petit incident. » Pour la ministre de l’Éducation, le fait qu’une enseignante ait été testée positive à la Covid-19 dans une école où des dizaines d’élèves et d’enseignants participaient à un examen qu’elle avait refusé de renvoyer – dans un pays qui n’est que partiellement déconfiné et où le nombre de personnes infectées est en augmentation constante – n’est qu’« un petit incident ». C’est une petite phrase que Leela Devi Dookun aura à porter longtemps. Tout comme le « kot mo finn foté ? » de son colistier de la huitième circonscription.