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La recherche de la vérité, rien que la vérité !

Le prix Nobel de la paix 2021 a récompensé deux journalistes d’investigation, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dmitri Mouratov, consécration d’une liberté de la presse menacée de toutes parts dans leur pays respectif, les Philippines et la Russie, et au- delà. Dans un monde où la première victime de la guerre c’est la vérité, il s’agit du premier Nobel de la paix, en 120 ans d’histoire, à récompenser la liberté d’information et d’expression, une précondition essentielle pour la démocratie et une paix durable selon le comité Nobel, qui ajoute condamner aussi la situation dans tous les pays où l’activité des journalistes est restreinte et la liberté d’expression sous pression. Cette situation difficile est, d’après le dernier classement de Reporters sans frontières (RSF), problématique, difficile, voire très grave dans près des trois-quarts (73%) des 180 pays évalués.

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24 journalistes professionnels ont été tués depuis le début de l’année dans le monde et 350 autres sont encore emprisonnés. Du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, tué dans le consulat de son pays à Istanbul, au journal pro- démocrate Apple Daily, contraint de fermer cette année à Hong Kong, les tentatives de musellement foisonnent. Si l’information est systématiquement prise pour cible dans les régimes autoritaires et sur les champs de bataille, le débat public dans les pays en paix est aussi parasité par les infox.

À l’occasion de la pandémie de Covid, l’Organisation mondiale de la santé s’est, elle, inquiétée dès le début de l’infodémie. Autant dire que la liberté de la presse est un combat permanent avec lequel Turf Magazine ne déroge jamais.

S’il faut reconnaître qu’on ne peut comparer la situation dans ces pays à celle de Maurice, RSF pointe fort justement du doigt le paysage médiatique mauricien par une bipolarisation qui a, d’un côté, la radio-télévision nationale et les médias proches du pouvoir qui sont les plus présents et versent très souvent dans la propagande, tandis que ceux moins favorables aux gouvernants qui ont une plus grande liberté de ton peuvent être victimes de boycotte, d’enquêtes policières, de pressions économiques par une distribution inégale des revenus publicitaires qui poussent certains à l’autocensure, d’autant que le cadre légal n’est pas protecteur si les publications sont jugées d’outrages à l’ordre public.

Et puis, il y a toujours l’arme scélérate de publier ou de diffuser dans les médias proches des pouvoirs politiques ou privés de fausses accusations diffamatoires sur les journalistes eux-mêmes. Sans liberté d’expression ni liberté de la presse dans un monde où il est plus difficile et dangereux d’être un journaliste totalement indépendant aujourd’hui, il est extrêmement difficile de rechercher la vérité, rien que la vérité. Mais dans cette rubrique et ce magazine, c’est notre combat de tous les instants.

Les courses hippiques mauriciennes sont un patrimoine national qui a été géré par le MTC, bon an mal an, mais il est demeuré malgré ses défauts que nous avons dénoncés pendant plus de 30 ans. Nous pensons que rayer de la carte le rôle du MTC comme organisateur des courses, comme planifié par le gouvernement et la GRA depuis longtemps et ratifié par la mise sur pied de la Horse Racing Division, version GRA, est une grave erreur, car quoi qu’ils en disent, tous les pouvoirs sont concentrés par les pouvoirs publics où des exemples, chaque semaine, démontrent le degré de corruption qui y règne. En tout cas, c’est une condamnation à mort du MTC et une histoire des courses que nous avons vécue pleinement qui va sans doute disparaître.

Tout turfiste qui se respecte ne peut rester insensible devant ce qui se passe ces jours-ci au Champ de Mars, où le Mauritius Turf Club (MTC) et sa compagnie publique le Mauritius Turf Club Sports And Leisure Ltd (MTCSL) ont annoncé une éventuelle fin prématurée de la présente saison des courses pour fin octobre plutôt que mi-décembre comme initialement programmé. Le prolongement honteux avec un agenda malsain du huis clos de la part du gouvernement alors que le pays tout entier s’est ouvert et l’impossibilité pour les deux Totes de poursuivre leur subvention volontaire de 2% de leur revenu ont apparemment accéléré ces derniers temps le déséquilibre financier du MTCSL sur lequel les stratégies de sortie de crise divergent à l’intérieur de la compagnie, car leur préoccupation à tous concerne les employés que le MTCSL ne veut pas mere en difficulté, mais qui seraient plus vulnérables plus tard si la situation actuelle se détériorait davantage.

Quels qu’en soient la nature et les objectifs de cette annonce, elle est au bout du compte les prémisses du début de la fin d’une époque, qui va à terme sonner le glas des courses, en tout cas, comme nous les avons connues, et peut-être leur fin tout court… ou, souhaitons-le, le début d’une nouvelle ère. L’avenir nous le dira. Mais permettez-nous d’en douter, car avec les données actuelles, l’avenir est sombre, à l’image des dangereuses dérives des mœurs, de la politique et les épreuves pour ne pas dire les menaces qui pèsent sur le pays et notre démocratie ! Nous espérons sincèrement nous tromper, mais les écrits sont sur les murs…

Il ne faut pas confondre les turfistes, qui sont de vrais amoureux des chevaux et des courses, et pour qui un samedi aux courses ou une journée du Maiden étaient plus un loisir et une sortie familiale qu’autre chose, le being modéré n’était que l’élément d’adrénaline pour agrémenter la fête où ce sont surtout les « badjhas, gateaux piments et kala-mindas » qui régalaient tout le monde au son de l’orchestre de la police. Petit à petit, le zougadérisme a pris le pas et la nature des courses a changé lorsque les derniers gouvernements ont commencé à s’intéresser aux courses comme un pôle d’activité économique.

Les zougadères, avant des loups solitaires, se sont organisés en bande au service de mentors, généralement une maison de bookmaking. Ces zougadères ne vivent de l’hippisme qu’à travers l’argent facile, la protection money, les touches d’une machine à sous pour imposer un système mafieux sur le monde du pari et du jeu.

Dans ce contexte, il était facile de prendre en grippe le MTC comme seul responsable et coupable idéal du climat malsain qui s’est installé sur les courses et le monde des paris puisque le club n’a pas su anticiper cette évolution et a trop prolongé un « control of racing » minimum et désuet, au point de contraindre le pouvoir politique de créer les institutions de contrôle malléable jusqu’à ce que soit mise sur pied la Gambling Regulatory Authority (GRA), apparemment régulateur maladroit à ses débuts et dont la mission majeure est devenue depuis 2015, avec le retour de Jean Michel Lee Shim au pays, après l’épisode de la tentative de corruption des secrétaires de juges, la nationalisation de l’hippisme mauricien en réduisant le MTC à sa plus simple expression.

Un petit rappel nécessaire qui démontre le rôle majeur joué par le magnat des paris, c’est son influence sur le pouvoir en place concernant l’évolution de la stratégie du gouvernement orange de 2015 qui avait fait la guerre contre les zougadères son cheval de bataille, avant de chevaucher la monture JMLS et faire des courses hip- piques le nerf de la guerre ou le « War Chest » des autorités. Les Mauriciens dans leur grande majorité aiment les courses et savent comment le sigle MTC et le mot courses sont intimement liés et indélébiles, comment aussi est immense la contribution de ce club, double centenaire, à l’histoire hippique et ses moments d’anthologie qui ont fait vibrer, des générations durant, enfants, jeunes adultes et vieux dans une même ferveur. Une même passion authentique pour les grands champions, chevaux, jockeys et entraîneurs qui ont illuminé de leur classe et grâce cette piste mythique du Champ de Mars, dont le nom restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Mauriciens, à cause des frissons qui envahit le turfiste, de la rue du Gouvernement jusqu’à la ligne d’arrivée, où l’émotion à son comble se transforme soit en joie soit en déception.

Les courses mauriciennes sont aussi une belle histoire humaine qui ont réuni et qui ont uni tous les Mauriciens, quels que soient leurs origine, genre, couleur et croyance religieuse au Champ de Mars, lieu mythique aussi des plus belles communions humaines de l’histoire de la construction de notre nation. Le MTC va décider incessamment s’il va continuer sa mission ou s’il va se retirer momentanément ou définitivement. Les autres (GRA, HRD, JMLS) derrière la porte se frottent les mains devant une telle aubaine, même si cette annonce prématurée risque de perturber leur machine de guerre en marche. Il ne faudrait donc pas s’étonner que le gouvernement et la GRA lâchent du lest pour la fin de la saison… De cette crise sortiront d’autres vérités cachées…, la vérité, rien que la vérité !

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