Les vérités soigneusement occultées à Maurice au moment des faits, au plus fort de la colère populaire l’année dernière, contre les autorités, les corps parapublics et surtout la police nationale et ses services, sont en train d’émerger chaque jour qui passe. Si certains médias indépendants continuent à accomplir cette mission de vérité avec un certain succès, malgré les difficultés pour accéder librement à l’information, le système judiciaire demeure l’un des puissants révélateurs de cette vérité, malgré ses défauts et ses faiblesses humaines. Il reste l’un des derniers remparts vers un totalitarisme qui prend de plus en plus forme, au sein de ce qui devrait être le symbole de la démocratie mauricienne, le Parlement, où tout est fait pour que les vérités gênantes ne puissent jamais être révélées. Questions refusées, réponses en longueur et parole donnée subtilement de manière complaisante et expulsions intempestives, qui favorisent l’opacité, comme lors d’une récente PNQ sur la Mauritius Investment Company (MIC) où un député, certes impoli, a été mis sous l’éteignoir pour des raisons évidentes au moins jusqu’à la fin de l’année.

Malgré ces barrages qui s’érigent contre la réalité, tel un fleuve en crue, elle finit par briser tous les obstacles. Pour preuve, ce qui était certes un secret de Polichinelle a fini par ressortir des tiroirs à double-fond de nos gardiens de la paix grâce au bureau du Directeur des Poursuites publiques. Aussi choquant que cela puisse paraître, un rapport officiel, retenu pour ne pas dire caché, émanant du Forensic Scientific Laboratory (FSL), confirme de façon indiscutable l’assassinat de Soopramanien Kistnen par strangulation, alors que dans les premiers temps de l’enquête, c’est la thèse du suicide qui avait été privilégiée par les enquêteurs pour des raisons qui finiront par se savoir. Qui a fait blocage de ce document et à quelles fins ? Y aura-t-il une enquête pour situer les responsabilités et les sanctions seront-elles prises ? En tout cas, c’est cette même thèse qui a aussi accompagné les décès suspects du fonctionnaire de la Santé Pravin Kanakhia qui, selon son épouse, allait dire toute la vérité, et d’une employée affectée au PMO, Sarah Boitieux. De même, l’enquête judiciaire sur le Wakashio est en train de mettre en lumière deux autres grossiers mensonges d’État, ceux de la National Coast Guard concernant ses « vaines » tentatives d’entrer en communication avec le vraquier japonais dans la nuit fatidique du 25 juillet 2020 et l’autre concernant la mort des dauphins qui, contrairement aux premières déclarations ministérielles, pourrait finalement être liée à la marée noire et au sabordage du Wakashio.

Tout cela pour dire et démontrer que, quels que soient les gouvernements de ces dernières décennies, à Maurice — aujourd’hui, plus que jamais —, les institutions publiques, à quelques exceptions près, ne sont pas au service des plus faibles et de la population, mais uniquement à celui des gouvernants et de leurs protégés du moment, au point de faire de la vérité des contre-vérités.

C’est la raison pour laquelle il faut à tout prix empêcher l’État de mettre le grappin sur les courses mauriciennes, comme il l’a mis sur le sport et le football il y a plusieurs années et qui fait qu’aujourd’hui le Mauricien connaît sur ses dix doigts tout sur le foot anglais et pratiquement rien sur le foot local, totalement inexistant. Dire qu’à l’époque où la MSA dirigeait le football, notre pays avait pu se qualifier pour une phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Un souvenir impérissable pour ceux qui l’ont vécu. Il faut souhaiter que les courses mauriciennes ne deviennent pas un jour un vieux souvenir que nous raconterons à nos petits-enfants.

Cependant, il y a de bonnes raisons de le craindre car, partout dans le monde, là où l’État et sa corruption ont mis le nez pour étendre leur mainmise, c’est la faillite qui a été au bout du tunnel. Certes, l’État doit réguler, c’est son rôle. Mais il ne doit en aucun cas devenir un acteur, car il serait en plein conflit d’intérêts, comme cela a fort justement été reproché au Mauritius Turf Club il y a plusieurs années.

Il est vrai que le Mauritius Turf Club a été pendant longtemps régulateur et organisateur. Tant que c’était une activité plus de loisir qu’un vrai business, il a fonctionné tant bien que mal. Mais il est apparu qu’avec son développement économique, professionnel, mais surtout son ouverture vers la fin des années 1990, le MTC avait de plus en plus de mal à cumuler ces deux fonctions qui se chevauchaient a contrario du Hong Kong Jockey Club, qui a su bien compartimenter ces deux entités. Dans cette perspective, Turf Magazine a été un pionnier et un fervent défenseur de la mise sur pied d’une Turf Authority pour réguler cette activité qui était aussi marquée par des conflits latents entre le MTC et l’État.

Dans la même veine aujourd’hui, Turf Magazine soutient la mise sur pied, comme recommandé par le rapport Parry, d’une autorité indépendante de l’État et du MTC, mais récuse avec force et conviction une autorité qui serait sous le joug de la Gambling Regulatory Authority, qui n’est pas une entité indépendante du gouvernement, puisque ses principaux animateurs sont des nominés politiques au passé sulfureux. De plus, la GRA a démontré, de par ses pratiques passées et récentes, qu’elle n’était ni indépendante ni digne de confiance, au vu des jugements qui lui ont été infligés par la Cour suprême pour sa partialité, son autoritarisme, et le fait d’être le porte-voix du gouvernement.

En effet, il y a eu un changement radical de contrôle hippique depuis 2015 avec l’arrivée au pouvoir du MSM et la nomination de la paire Raouf Gulbul-Dev Beekhary aux affaires. Depuis lors, la GRA a été déplacée sous l’égide du PMO — passée aux Finances depuis 2020 —, où nombre de décisions sont avalisées par le Premier ministre lui-même. Parallèlement, un favoritisme exclusif a été pratiqué pour une compagnie de betting dont la GRA et le gouvernement connaissent parfaitement l’Ultimate Beneficiary Owner (UBO), qui est aussi assimilé comme l’un des bailleurs de fonds allégué du parti au pouvoir….

Il y a eu, dès ce moment, progressivement une érosion des pouvoirs du MTC au profit de la GRA, qui prépare le terrain à une totale mainmise des courses hippiques pour cet UBO qui, depuis quelques semaines, connaît ses premiers soubresauts dans ses affaires et sa vie privée sur lesquelles nous n’épiloguerons pas…

Nous ajouterons à cela que la GRA a lamentablement échoué dans sa lutte contre le pari clandestin. Mais, plus grave encore, ce sont ses inactions contre les possibles blanchiments d’argent qui choquent de la part d’un bras d’action du gouvernement qui en a fait son cheval de bataille pour sortir des listes grise et noire :

  1. Implémenter un nouveau serveur de contrôle de paris pour la GRA-MRA comme annoncé par le ministre des Finances en 2020 afin de connecter en live les remote operators, dont SMS Pariaz est le plus gros opérateur et qui depuis plus d’une dizaine d’années remet ses returns que 48 heures après les opérations, contrairement aux autres d’opérateurs.
  2. Revoir la GRA Act pour rendre obligatoire la numération en série des transactions des remote operators, seule garantie d’un contrôle absolu sur les paris enregistrés.
  3. Mettre en place le système de surveillance centrale des paris pour les opérateurs de jeux de hasard, les bookmakers, afin de suivre la fluctuation des cotes, comme recommandé par l’Integrity And Compliance Officer Paul Beeby, projet bloqué par Dev Beekhary.
  4. Mettre sur pied la politique du cashless betting comme recommandé par le Premier ministre lui-même au Parlement en 2018.
  5. Mettre en œuvre des mesures pour lutter contre le jeu illégal.

Autant la GRA réagit au quart de tour dès qu’il s’agit du MTC, autant sur les vrais objectifs de sa mission de régulateur et du contrôle du betting elle fait preuve d’une légèreté pour ne pas dire de complicité involontaire (?) vis-à-vis de ceux qui profitent de ces cinq loopholes susmentionnées, pour se faire une fortune sur le dos des turfistes. Devinez qui est celui qui bénéficie le plus de cette léthargie GRAesque ?!

Le Mauritius Turf Club rendu inopérant par la mise au frigo de son président, élu démocratiquement, qui ne dispose toujours pas de sa Personal Mangement Licence (PML) — une ignominie imaginée par la GRA pour prendre contrôle du personnel hippique et éliminer ceux qui pourraient la gêner dans sa mission de saisine sur les courses mauriciennes avant de l’offrir sur un plateau à d’autres intérêts — a enfin montré publiquement son désaccord. Il a réussi à sensibiliser le public sur ses malheurs et à démontrer comment la police et la MBC sont à la merci du pouvoir, en tentant de bloquer ce qui était une protestation contre le hijacking, pour ne pas dire vol de ses prérogatives. Là aussi une enquête s’impose pour savoir qui a donné les instructions à ces deux entités pour agir.

Rien qu’avec cet événement, vous avez une idée de ce que sera la vérité des courses mauriciennes avec la GRA aux commandes. Si vous voulez une preuve d’abus de pouvoir, il suffit de se référer aux remontrances reçues par la Stipe sud-africaine Julia Keevy, au téléphone par un appel du PMO, attribué à M. MedPoint, le secrétaire aux affaires intérieures, Om Dabiddin, qui l’aurait menacée entre autres de déportation… Ni plus ni moins. Et dire qu’en vérité, rein que la vérité, ils n’ont pas encore pris les commandes !