Il faut absolument commencer par le joke du week-end. L’ancien commissaire de police Karl Mario Nobin n’a rien fait de mal dans l’affaire du passeport délivré en service express à un trafiquant de drogue présumé du nom de Mike Brasse. Pour arriver à cette conclusion, à laquelle personne ne s’attendait, évidemment, ce sont les enquêteurs du CCID qui s’y étaient collés. Ils ont pu enquêter sur leur supérieur, l’interroger et peut-être même le cuisiner, confronter ses dires à ceux qui ont publiquement reconnu avoir subi des pressions pour qu’un justiciable bénéficie d’une voie rapide pour se procurer un passeport et arriver à la conclusion qu’il n’a rien à se reprocher. Et ce n’est ni un magistrat ni un juge indépendant qui se sont chargés des investigations dans cette affaire qui vise quelqu’un qui occupe un poste constitutionnel, mais des subalternes hiérarchiques qui, comme on le sait, ne craignent jamais un transfert punitif !
Et c’est comme ça que le pays va convaincre ceux qui scrutent nos faits et gestes que l’on est vraiment clean. Puisqu’on en est à la propreté, comment ne pas esquisser un petit sourire après que le scénario que nous évoquions ici même la semaine dernière autour de l’affaire St-Louis soit en train de se dérouler exactement comme on l’avait prévu. Beaucoup d’agitations au début, descentes normales, routinières pour récupérer des documents présentés comme un exploit digne de la série des « bad boys », des convocations sélectives ou « get figir » pour ensuite tomber dans la paralysie, déserter la une des médias et faire finalement pschitt comme la majorité des enquêtes tonitruantes qui sont passées par l’ICAC.
C’est dans le même registre de la légèreté qu’il y a eu cette parade à Ébène le 1er juillet dernier où celui qui, la veille, avait dit « to tassé » buvait joyeusement la tasse en compagnie de son révoqué. Et l’on s’étonne que certains n’aient pu s’empêcher d’y voir une mise en scène politique savamment orchestrée autour de l’affaire St-Louis. On aurait pu penser qu’ils auraient profité de cette visite du parc récréatif pour faire quelques enjambées et ainsi se défaire de ces bedons ostensibles pris, sans doute, durant le confinement. Non, c’est au niveau du langage qu’il y a eu un enchaînement époustouflant, une course à la formule grinçante. « Li piké » à prendre sans doute dans les deux sens, être pris d’un grain de folie ou se shooter.
C’est ce qu’a dit Pravind Jugnauth de Shakeel Mohamed juste parce que le député du PTr avait fait état des correspondances qu’il avait échangées avec la BAD sur l’affaire St-Louis. Et il est intéressant de revenir sur cet épisode parce que, la veille, en effet, alors que le député citait certains extraits de ces échanges, le Speaker — qui n’a pas encore fait inscrire l’agenda la motion de blâme qui le vise – l’a interrompu pour lui dire qu’il doit déposer ce dont il parle sur la table de l’Assemblée nationale. Ce qu’a fait le député. Après un bref parcours des copies des mails, le Speaker a vite fait de décréter qu’ils sont irrecevables.
Personne n’a, la veille, entendu Sooroojdev Phokeer exiger du Premier ministre qu’il dépose le document qu’il brandissait et dont il citait de larges extraits. Et si les élus de l’opposition venaient toutes les semaines avec des documents secrets incriminant des membres du gouvernement, que fera le Speaker ? Crier « peace, parliamentary, democracy House of commons  » pour mieux couvrir les propos orduriers de ses amis du Sun Trust.
Comme on a pu le constater cette semaine encore lorsque celui qui prétend occuper le ministère de l’Autonomisation de la jeunesse s’est permis quelques remarques désobligeantes à l’égard de la députée du MMM Joanna Bérenger jusqu’à reprendre une expression vulgaire et dégradante d’un autre temps. Le ministre, rebaptisé « Fanta » à cause de son orange passe-partout et sa petite queue de cheval, classé à la sixième place aux dernières élections générales, devrait pourtant se la jouer bien plus modeste plutôt que de faire des allusions malsaines à la grossesse d’une députée et d’une jeune maman.
Papa/piti, certes, mais le piti a été élu. Elle n’a pris la place de personne à cause de sa filiation et certainement pas celle de titulaire d’une accréditation pour les Jeux des îles et une escapade à La Réunion parce que papi est ministre. Comme ce fut le cas du fils Toussaint qui faisait partie d’une grosse délégation conduite par le père ministre et Philippe Hao Thyn Voon, qui ne portait pas sa casquette de PADCO mais celle de président du Comité olympique mauricien.
Mais le Speaker n’entend rien. Il n’y a que ce que le leader du MMM murmure qui mobilise invariablement toutes ses facultés, d’ouïe, de vue et de gestuelle. Sooroojdev Phokeer lui en veut pour la simple raison que Paul Bérenger est venu dire que celui qui était ambassadeur en Égypte et qui avait dû être rappelé après un rapport sur un comportement considéré comme peu orthodoxe dans ce pays, ne méritait pas d’occuper le poste de président de l’Assemblée nationale.
Sur l’affaire St-Louis, il n’y a malheureusement pas que de la lâcheté. Il y a encore pire: le mensonge. Le Premier ministre qui a décidé de dire tout et n’importe quoi sur cette affaire a, sur un ton des plus catégoriques, affirmé, mercredi, qu’« Arvin Boolell a affirmé que tant de millions ont été donnés. Ni Ivan Collendavelloo ni moi n’avions mentionné de chiffres », avant de poursuivre avec des innuendoes qu’il prend pour de l’humour d’une grande finesse.
S’il ne s’était pas intéressé qu’aux propos de son ancien adjoint sur MedPoint, il aurait su et il doit d’ailleurs le savoir, sinon que serait un Premier ministre qui n’est au courant de rien, que Ivan Collendavelloo, interrogé par la presse après sa révocation, a, non seulement, parlé de « papier farfelu » qui ne contient pas de date précise mais que de paiements entre « Rs 50 millions et Rs 200 millions » qui sont aussi évoqués. Alors pour les millions, il faut que Pravind Jugnauth aille les chercher d’abord dans son entourage.