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De : Sadec Jangeerkhan

Venir dire que le cannabis est un don du ciel à l’humanité provient sûrement d’un timbré qui vient de fumer un joint. C’est ce qu’on serait tenté de se dire, car dans l’imaginaire de tout un chacun, le cannabis est largement considéré comme une très dangereuse drogue.

Pourtant, cette plante millénaire, sans doute la première cultivée par l’homme, aux nombreuse vertus médicinales avait fini par prendre une place prépondérante dans le domaine de la médecine pour être finalement incorporée dans la pharmacopée américaine. Mais alors, comment a-t-elle pu tomber si bas dans l’estime du monde entier ? La réponse est simple, elle a eu le malheur de croiser, au mauvais moment, le chemin de quelques hommes d’affaires et des politiciens opportunistes qui voyaient en elle un danger potentiel pour leur futur projet- la fabrication de médicaments à base de produits synthétiques.

Ils se mirent en tête de détruire la réputation qu’elle s’était faite de par la variété de maladies qu’elle pouvait guérir. Ils montèrent une cabale, avec comme fer de lance, un certain Harry Jacob Anslinger. Grâce a leurs contacts politiques, ils le firent nommer Commissaire du Bureau des Narcotiques avec pour mission de s’attaquer à la réputation du cannabis.

Harry Jacob Anslinger était taillé sur mesure pour la tâche qui lui était impartie, car sous son air respectable se cachait un raciste comme pas deux. Sa première action fut de remplacer le nom de cannabis par celui de marijuana, pour sa connotation Latino, car il voulait les cibler ainsi que les noirs, parce qu’il savait qu’ils étaient les souffre-douleurs de la population blanche.
Commença alors, une campagne agressive et assidue contre la marijuana à travers des causeries dans tous les coins et recoins des Etats-Unis et il invitait toujours la participation de l’assistance.

Il compila un dossier, comprenant 200 rapports de police sur les crimes les plus sanglants (gorefile) qu’il imputait à l’usage de la marijuana. Il y en a un surtout qu’il ne manquait jamais de citer lors de ses causeries-le cas du jeune Victor Licata qui massacra toute sa famille à la hache, et qu’Anslinger imputa une fois de plus à l’influence de la marijuana, quand il savait pertinemment que le jeune homme était atteint d’une maladie mentale, diagnostiquée depuis son enfance. Mais le clou de sa campagne était sans nul doute le long métrage “ Reefer Madness ” de Louis Gasnier montrant des collégiens, leurrés par des trafiquants de drogues, se laissant entrainer dans une vie de débauche, avec à la fin un personnage pointant les spectateurs du doigt avec le message “Dites-le à vos enfants”. S’il y avait des gens qui doutaient encore de la dangerosité de la marijuana, le film acheva de les convaincre…à tort, car il s’agissait d’un long métrage et non d’un documentaire.

Satisfait d’avoir accompli sa mission, Harry J. Anslinger rédigea une ébauche de loi qu’il présenta au Congrès pour rendre la marijuana illégale. Ce qui fut fait, contre l’avis de l’Association Médicale Américaine (L’AMA) et le Maire de New-York, Fiorello LaGuardia. Il faut ajouter qu’Anslinger avait préalablement fait un lobbying intense, en catimini, auprès de la classe politique qui était gagné à sa cause.

Ainsi fut promulgué le “Marijuana Tax Act” en 1937, instaurant soi-disant une taxe sur le chanvre, mais au fait, ce n’était pas qu’une simple taxe qu’on imposait sur le chanvre, mais le cannabis qui était visé et criminalisé. Toute personne prise en sa possession, même sous la forme d’une simple cigarette était passible d’une condamnation de 2000 dollars d’amende ou de cinq années d’emprisonnement.

Depuis qu’on a promulgué cette loi scélérate jusqu’au jour présent combien de millions de personnes, et ce n’est pas une exagération, ont été injustement arrêtées, trainées en cours et ont subséquemment du payé une lourde amende, ou ont été jetées en prison pour avoir simplement fumé un joint. Surtout que le conseillé juridique de l’AMA était convaincu que le cannabis ne menait nullement à la folie, la violence, et “l’overdose”, comme l’avait fait croire Anslinger.

Le Rapport
LaGuardia

Adversaire d’Anslinger et de la “Marijuana Tac Act”, Fiorello LaGuardia, maire de New-York, commanda une étude détaillée (la première du genre) sur les effets de la consommation de la marijuana à l’Académie des sciences de New-York.
Après cinq années de recherches minutieuses, elle soumit un rapport accablant qui rejeta systématiquement toutes les allégations du Bureau de Narcotiques du sieur Anslinger; à savoir que la marijuana ne mène nullement à la folie, n’affecte pas la santé mentale ou physique, n’est pas un facteur déterminant pour les crimes majeurs tels que le viol, le meurtre etc, ni la délinquance juvénile et surtout pas une passerelle vers les drogues dures.

Anslinger faillit faire une crise d’apoplexie, car ce rapport mettait en pièce tout ce qu’il s’était évertué, par pur racisme, à prouver pendant des années. Il ordonna aussitôt à l’AMA, qui l’avait pourtant contesté au congrès en 1937, de présenter un rapport conforme à la position gouvernementale.

Tandis qu’Anslinger continuait à appliquer la Marijuana Tax Act dans toute sa rigueur, les gens qui avaient l’habitude d’avoir recours aux médicaments à base de cannabis, ne réalisant sans doute pas que la loi s’appliquait aussi à ces médicaments, continuaient à en faire usage. Anslinger les fit enlever de la pharmacopée américaine en 1942, et menaça tout contrevenant de poursuites judiciaires.

D’autre part, avec le retrait du cannabis de la pharmacopée, deux tendances politiques prirent position. La première épousant la tendances foncièrement raciste d’Anslinger, et l’autre préférant l’approche plus tolérante de LaGuardia.

C’est ainsi que le républicain, Richard Nixon en fit son cheval de bataille pour sa campagne présidentielle. Il mit sur pied la commission shafer afin de déclassifier le cannabis de l’annexe 3 à l’annexe 1, en compagnie de l’héroïne. Mal lui en prit, car le rapport de la commission recommanda plutôt la décriminalisation du cannabis, tout comme celle de LaGuardia, une vingtaine d’année avant.

Nixon s’empressa de le rejeter et mit les institutions gouvernementales à contribution pour prouver que le cannabis, qu’il continuait à appeler marijuana, était la plus dangereuse drogue du monde. Il est surprenant, connaissant la réputation antérieure du cannabis, qu’elles ne lui trouvèrent aucun bienfait.

Pendant les années quatre-vingts, Ronald Reagan suivit l’exemple de Nixon pendant ses deux campagnes électorales s’acharnant sans répit sur la pauvre plante même si deux commissions avaient recommandé sa décriminalisation —si ce n’était pas un lavage de cerveau, ça lui ressemble beaucoup—.

Qu’en-est-il de l’île Maurice alors ? Ce qu’il faut retenir c’est qu’après la retraite d’Anslinger à la tête du Bureau des Narcotiques, le Président John Fitzgerald Kennedy fit appel à lui pour représenter les Etats-unis à l’ONU. Ce qui lui donne l’occasion d’étendre son influence à l’échelle international pour continuer à cracher son venin sur le cannabis. Il en profita pour le faire inclure dans la liste des stupéfiants et des substances psychotropes lors de la convention unique de 1961. A la longue, 183 pays, comme les moutons de panurge, u adhérèrent, y compris l’île Maurice.

Je m’en voudrais de terminer sans citer John Ehrlichman, ancien conseiller aux affaires étrangères de Richard Nixon. « Le gouvernement avait deux ennemis : les opposants à la guerre et les noirs (entendez par là les latinos et les nègres). En faisant en sorte que le public les associe à la marijuana et à l’héroïne, nous pouvions alors arrêter leurs leaders, perquisitionner leurs maisons, interrompre leurs réunions, les criminaliser chaque jour dans le journal du soir. Savions-nous que nous mentions au sujet de la marijuana « Bien sûr que oui», fut la réponse.

A SUIVRE
“UNE LUEUR D’ESPOIR”