Il n’y a plus d’état de droit à Maurice, il y a le droit de l’État, absolu, du MSM ! Des preuves de cet étrange détournement partisan sont quotidiennes. Percy Yip Tong, avec quelques autres habitants, vont manifester contre le massacre de La Tourelle, montagne emblématique de Tamarin. Il bloque l’entrée d’engins qui empruntent un terrain privé pour aller creuser et détruire les arbres qui feront place au béton. Il est interpellé par la police, pour obstruction, traduit en cour de Bambous et libéré contre une caution. Vite fait !

Alain Malherbe, qui adopte généralement, lui aussi, un ton posé, avait, dans un post, adressé de très pertinentes questions au ministre de la Pêche sur la présence prolongée, d’une semaine, à un kilomètre de la plage de Tamarin, de la barge chinoise venue procéder au démantèlement du Wakashio. Le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo a, dans la plus grande discrétion, été consigner une déposition contre lui et le voilà qui est convoqué, jeudi, aux Casernes centrales, arrêté et, lui aussi, désormais en liberté conditionnelle contre une caution. Le même Alain Malherbe avait, en septembre 2020, dénoncé à la police un post diffamatoire à l’encontre du Cardinal Piat. Là-dessus, aucune convocation, aucun interrogatoire, aucune arrestation, niet.

Des marcheurs munis de sabres sont rapportés à la police parce que les agents de l’ordre qui les accompagnaient ce jour-là, 2 novembre, n’avaient rien vu. Il y a bien eu quelques passages pour la forme aux Casernes centrales, mais aucune suite parce que les sabres étaient en plastique. Des internautes outrés vont à la police dénoncer des posts incendiaires venant de personnes occupant des postes dans l’administration publique et menaçant la paix sociale et le vivre ensemble. Évidemment, pas de réaction immédiate de la police, alors que la question est ultra-sensible. Ce n’est que des semaines plus tard et, sous la pression de l’opinion, que les auteurs de ces publications dangereuses sont interrogées et provisoirement inculpés sous des délits aussi mineurs que ridicules pour qu’ils n’écopent que de la plus petite sanction.

Le plus scandaleux dans le fonctionnement de la police c’est que lorsqu’il s’agit de Percy Yip Tong, d’Alain Malherbe, c’est la méthode expéditive. Par contre, quand c’est un ex-ministre et député du gouvernement qui est concerné, cela prend des mois à la police pour faire semblant d’agir. Le nom de Yogida Sawmynaden est cité dans l’affaire Kistnen depuis des mois, il adresse en tant que ministre des correspondances personnelles à des agents pour leur demander de se muer en fournisseurs, aucune initiative de la police ou de l’ICAC. Ce n’est que lorsque le DPP a décidé d’instruire une enquête judiciaire que la police a commencé à réagir et à admettre que la mort de cet artiste du MSM était un crime et non un suicide. Mais que de temps perdu, que d’indices volatilisés, que de témoins défaillants.

L’ICAC, elle, s’est aussi soudainement réveillée pendant que les travaux de l’enquête judiciaire qui, jour après jour, confirmaient le rôle des proches de Yogida Sawmynaden, du directeur de la STC au beau-frère de ce dernier en passant par son amie d’enfance. Ce n’est que confronté aux injonctions du représentant du DPP devant le tribunal qui entend la Private Prosecution logée par la veuve Kistnen que la police a fini par agir et, là aussi, elle a attendu que le ministre démissionne pour le convoquer. Parce qu’interroger un ministre, c’est trop demander… Et au terme de quatre jours d’interrogatoire, l’élu du MSM a pu rentrer chez lui, tranquille, peinard, parce que, dans son cas, la police se montre soudain très précautionneuse. Il lui faut aller chercher l’avis du DPP avant de décider.

On ne sait pas si elle en a fait de même pour Percy Yip Tong ou Alain Malherbe ou même Rachna Seenauth, détenue pour un post rigolo sur Pravind Jugnauth, mais le procédé est suffisamment grotesque pour ne pas susciter la suspicion. Et certains voudraient que le public ait confiance dans la police ? Allons donc !

Voilà les dérives immédiates, entre autres problèmes gangrénant nos institutions, qui préoccupent les Mauriciens. Ils veulent des réponses de ceux qui aspirent remplacer leurs auteurs de jour et ceux qui, hier, ont grandement contribué à leur pourrissement. Que propose l’opposition, qui fait quoi ? c’est important parce qu’il faut savoir si ce ne sera pas un exercice de « lamar pe mok labou » comme fortement dénoncé lors des diverses manifestations populaires organisées ces derniers mois.

Ceux qui s’étonnent de la posture de Xavier Duval, traditionnel allié du PTr, dans la présente querelle au sein de l’opposition ne savent sans doute pas à quel point il a été marqué par l’hostilité affichée par les manifestants du 29 août à l’endroit de Navin Ramgoolam. On raconte que, devant l’ampleur de ce phénomène de rejet et de désapprobation, le leader du PMSD avait préféré s’écarter du groupe entourant Navin Ramgoolam pour aller rejoindre celui des bleus réunis plus loin. Une espèce de sondage grandeur nature qui l’a apparemment profondément marqué.

Contrairement aux autres leaders des partis politiques de l’opposition, élus lors du dernier scrutin national, Paul Bérenger en tête de liste dans son fief à Rose Hill/Stanley, alors que le MMM se présentait seul, et Xavier Duval à Quatre-Bornes, élu certes, à l’arraché mais élu quand même, Navin Ramgoolam n’est pas à l’Assemblée nationale. C’est un gros handicap pour quelqu’un qui aspire à diriger une fédération des formations de l’opposition. Il n’est pas étonnant qu’il fut un temps où la direction des rouges avait envisagé la démission d’un des leurs pour permettre au leader de retrouver les chemins de l’hémicycle.

Mais le pari avait été jugé risqué, juste après les élections de 2019 et l’épisode du « katori » à Plaine Verte, qui avait fait autant de dégâts que celui de la « bouette sanglante et du requin » avant les élections de 2014. C’est tout cela qui fait dire à ceux qui manifestent « no more of the same, assez ! » Le message est clair, non ?