Regardez où nous en sommes! Pratiquement tombés en pâmoison parce qu’un Premier ministre adjoint s’est bien exprimé sur les ondes d’une chaîne internationale. Tellement habitués aux pitreries, des parlementaires de la majorité surtout, que le premier d’entre eux qui s’exprime de manière articulée est quasiment célébré comme l’auteur d’un exploit.

Oui, Steven Obeegadoo a toujours su bien parler, avec clarté et précision. Même si les paroles, quand bien même déclinées sur un registre intelligible s’envolent, et que les vidéos, elles, sont toujours là pour nous rappeler que l’on peut procéder à des virages extrêmement brusques et repeindre en rose ce que, hier, même, on peignait en noir de jais.

Si on redécouvre Steven Obeegadoo aujourd’hui, c’est certainement parce que l’on a peut être été un peu trop bombardé, depuis 2014, de ces « zis zat zoz », de « maladie mentau » ou autre « trouver clair » qui heurtent l’ouïe, notamment à l’Assemblée nationale. C’est sûr qu’il a livré une bien meilleure prestation sur les chaînes internationales que certains de ses collègues qui ont contrarié la fierté nationale.

Ce Parlement, de toutes les insuffisances langagières, se retrouve d’ailleurs en rude concurrence avec la MBC. Au concours de la médiocrité et du parti pris, ils font jeu égal. Le niveau dégringole encore un peu plus chaque semaine qu’il est appelé à siéger. Le plus grave, et l’on parle de l’Assemblée nationale, pas du dernier petit organisme public politisé et corrompu, c’est que, là aussi, on s’habitue au pire.

Que chaque semaine un député de l’opposition soit maltraité, verbalement agressé et expulsé par un Speaker grossier, belliqueux et partisan à l’extrême, est devenu une banalité qui n’émeut plus personne. Qu’il ait décidé de faire une déclaration ridicule chaque semaine pour réfuter les critiques de ses détracteurs est tombé dans la catégorie du « new normal ».

Que l’auteur de jurons en pleine séance s’en sorte avec autant de facilité et que l’on se contente de l’enquête bidon de la police sans rechercher une expertise qui n’aurait eu aucun mal à désigner la coupable est gobée avec une déconcertante facilité.

Le summum a été atteint cette semaine. Avec un ministre de la Santé qui a pris comme prétexte la Private Notice Question du leader de l’opposition pour se livrer à une longue dissertation sur la Covid et régler quelques comptes avec le directeur de l’audit.

Pour tenter de dédouaner Kailesh Jagutpal, on a même entendu des pseudo-experts blâmer Xavier Duval, pas exempt de critiques, certes, pour avoir, en quelque sorte, « barked at the wrong tree » en adressant sa PNQ sur le prix des médicaments au ministre de la Santé plutôt qu’au ministre du Commerce. La belle affaire!

Le MSM sait pourtant très bien y faire lorsqu’il s’agit de passer une  patate chaude d’un ministre à un autre lorsqu’un de ses membres ne veut pas répondre à une PNQ. Si le ministre de la Santé n’était pas celui qui était habilité à répondre, pourquoi ne pas avoir redirigé la PNQ à Soodesh Callychurn? Parce que le scénario était déjà écrit et qu’il fallait noyer le poisson et jouer la montre.

Le 31 mars 2015, le Premier ministre d’alors n’avait-il pas refilé la PNQ de Paul Bérenger sur l’épineuse question d’Agaléga au ministre de la Pêche Prem Koonjoo? Après des non-réponses du genre « as far as I know, I don’t think I have seen any agreement…They are aware about that; I am not aware about that… as far as I know, I don’t know whether there is a radar system », traitées de « awful shame », le leader de l’opposition d’alors avait, lui aussi, mis fin à l’exercice de la PNQ.

Il faut savoir un peu de quoi on parle lorsqu’il s’agit d’administrer des leçons au leader de l’opposition et aux autres. Pour des leçons, à part le Speaker ou son adjoint, difficile à comprendre des fois, le ministre Vikram Hurdoyal gagnerait, lui aussi à prendre quelques-unes dans les meilleurs délais.

Ce ministre, définitivement bien plus habile dans le commerce de l’ananas, a accablé davantage la famille de la fonctionnaire décédée dans des circonstances tragiques en déclinant son nom et en énumérant dans le plus petit détail ses problèmes de santé.

Un acte d’une horrible indélicatesse, si ce n’est d’une cruelle lâcheté. Alors même que l’on a entendu de grandes envolées humanistes des intervenants de la majorité au moment des débats sur le Mental Health Bill.

Et Vikram Hurdoyal, pourtant très sûr de lui, tout le long de sa déclaration mal placée, devait finalement concéder que l’enquête policière est en cours et que l’on ne sait pas encore les causes exactes du drame. Il faudra d’ailleurs, un jour ou l’autre, faire l’inventaire de ceux qui, affectés au « procurement » dans le public ont connu une fin tragique. Une épidémie inexpliquée!

Et si le nom de la dame a été jeté en pâture dans l’hémicycle, ce gouvernement est autrement plus précautionneux lorsqu’il s’agit de ses amis politiques. Ce sont invariablement les initiales qui sont de rigueur lorsque l’opposition pose des questions sur les Prakash Maunthrooa, Alan Govinden et autres Dev Beekarry, des personnalités publiques exerçant dans les arcanes du pouvoir et bénéficiant de la générosité de la trésorerie publique.

Steven Obeegadoo peut prendre son meilleur accent et s’employer à vendre le pays au mieux de ses capacités, mais cela ne change rien à la situation intérieure où les parlementaires seront appelés à voter pour un projet sorti du chapeau de Renganaden Padayachy, la contribution sociale généralisée qui n’était pas dans le programme électoral de Lalians Morisien. Ni l’abolition de Fonds National de Pension d’ailleurs. Dans quel pays démocratique agit-on ainsi?

Ce qui figurait en bonne place dans ce programme et qui a influencé le vote des électeurs, c’est la promesse d’augmentations annuelles de la pension pour atteindre le chiffre de Rs 13 500 en 2023. Et, cela, les fayots radiophoniques et les syndicats collabo feignent de l’ignorer.

Lorsqu’un ministre, franchement bien plus habile dans le marketing.