C’est un mot magique. Il est devenu le mot-bouclier, le mot-alibi, le mot-prétexte, le mot passe-partout, surtout lorsqu’il s’agit de dissimuler une cruelle vérité, de masquer les carences administratives et de gommer les failles des gouvernants. Ce mot est «protocole».

Dès qu’il y a une question dérangeante, qu’il y a une recherche de clarification sur un problème d’intérêt public, la réponse est invariablement que le «protocole a été suivi». Et le plus curieux c’est que, très souvent, ce protocole n’est pas expliqué ni n’est révélé et qui l’a décidé. C’est le mot qui revient invariablement depuis que la Covid a été identifiée chez nous.

Un employé d’une entreprise d’importation de fruits est testé positif début mars. Tardivement, parce que, après des symptômes persistants de grippe, il s’est d’abord rendu au dispensaire du coin, sans constater une amélioration notable de son état.
Il se tourne ensuite une première fois à l’hôpital Victoria. Pas de test PCR pour voir s’il n’est pas positif à la Covid, alors même que ses symptômes sont proches de ceux de la pandémie. Comme son état empire, il décide de se rendre une seconde fois au même hôpital qui décide enfin de le soumettre à un test PCR et c’est ainsi que l’on découvre qu’il est positif à la Covid.

Il a évidemment croisé entre sa visite au dispensaire et son second rendez-vous à l’hôpital un nombre important de personnes qu’il a pu contaminer, mais il ne faut surtout pas aller demander pour quelles raisons, avec les symptômes que ce malade présentait, il n’a pas été soumis à un test Covid dès sa première visite, on vous répondra: «Ine suiv tou protokol!”.

Un cas importé de Covid est recensé fin janvier 2021. Un patient, revenu d’un traitement de l’Inde, est hospitalisé à Souillac avant d’être testé positif et transféré à ENT. Cinq semaines plus tard, on découvre que Souillac, où sont aussi traités des patients dialysés, est devenu un foyer de la pandémie, le dernier cas recensé à cet établissement étant celui du cuisinier habitant Mare-Tabac.

Les dialysés sont fragiles. Nulle besoin d’être une sommité médicale mondiale pour le savoir, mais “le protocole a été respecté”, nous dit-on, sans qu’il y ait eu des mesures exceptionnelles prises pour les protéger contre toute infection. Bilan: 9 décès et des familles dévastées.

Les dialysés ont plus de risque de succomber! Oui, sans doute, mais pourquoi le triste phénomène de cette année ne s’était-il pas produit lors de la première vague de 2020? Réponse officielle probable: le protocole a été scrupuleusement respecté!
Le protocole pour le décret des zones rouges, autant que le choix des lieux pour les exercices de tests de masse, est tout aussi incongru. Il y a des régions qui n’ont enregistré aucun cas depuis plus de 14 jours et qui sont maintenus en zone rouge avec les inconvénients que cela suppose, sans qu’il y ait la moindre explication scientifique ni logique.

Sur quels critères des localités sont-elles identifiées pour les tests généralisés ou aléatoires? Voilà un autre protocole qui échappe à l’entendement du simple citoyen. Un jour c’est ici, très loin des foyers connus et, le lendemain, c’est retour dans des régions où quelques cas ont été dépistés. Le public aurait bien aimait savoir quel est le protocole qui guide ces choix.

“Sel solision vaksinasion”, claironnait celui qui a secondé la motion rétrograde qui renvoie sine die du Parlement trois élus, Steven Obeegadoo. On ne sait pas si le protocole d’accès aux vaccins a été suivi, mais c’est le patron du Premier ministre adjoint, lui-même, qui a été obligé d’admettre, le 6 avril dernier à l’Assemblée nationale, qu’“à ce stade, on n’a pas de garantie ferme qu’on aura d’autres vaccins”. Et “sel solution vaksinasion!”chantait-il gaiement. Encore heureux que le ridicule ne tue pas autant que la Covid!
Politique vaccinale: là aussi, on a fanfaronné sur un protocole bien établi, mais c’est après que toute la population, sans limites d’âge ni de catégorisation professionnelle, a été invitée à se faire piquer un peu partout en la présence ostentatoire de ministres que les autorités ont découvert qu’il y avait moins d’un tiers des membres du personnel de la Santé qui s’était fait vacciner.

Protocole aussi sur les arrivées et les départs? Mais son application est en tout cas bien élastique. Des travailleurs étrangers venant d’un pays qui enregistre 200 000 cas par jour sont autorisés à débarquer et on découvre ensuite qu’un des arrivants est positif à la Covid.  Pendant ce temps, des Rodriguais bloqués ici, après l’imposition unilatérale du confinement, sont interdits de regagner leur île bien après les 14 jours réglementaires.
Les limites de la santé publique étaient déjà évidentes, voilà que, malgré le protocole, des bébés meurent, parce que le SAMU a, selon les allégations, pris trop de temps pour arriver et qu’une famille voit disparaître dans des circonstances tragiques la petite fille qu’elle attendait. Avec ce cliché révoltant du cadavre du mort-né transféré dans une boîte en carton. Et quel est ce protocole-là?

Dans ce dernier cas tragique, on ne sait pas quel est le protocole arrêté, mais la mère étant diabétique, on aurait pu penser qu’elle aurait eu des soins particuliers et bénéficié d’une vigilance de tous les instants pour qu’elle puisse accoucher dans les meilleures conditions. Mais, sur la base de ce qui a été jusqu’ici révélé, il semble que tel n’a pas été le cas.
Pour apaiser les parents et une opinion scandalisée, c’est une structure administrative du ministère de la Santé avec, à sa tête, un nominé politique, un transfuge récompensé pour son retournement de veste, qui sera chargée d’enquêter, alors que c’est une vraie commission d’enquête indépendante qui aurait dù mener les investigations.
Espérons que, protocole ou pas, les initiatives entreprises en parallèle par les parents établiront les responsabilités dans cette triste affaire.