— Alors, comment tu vis le déconfinement partiel ?

— Je ne sais pas s’il est partiel, mais en tout cas, il est mari lourd, toi.

— Lourd à quel niveau?

— Mais à tous les niveaux toi. Tu es obligée de rester à la maison…

— Tu n’es pas contente de passer un peu de temps avec ta famille?

— Franchement te dire, dans les premiers jours, c’était mari bonne, mais après tu étouffes, toi. Un week-end, c’est mari bon, mais après, c’est too much, et tu défonces ton budget, toi.

— Comment ça?

— Avant, on faisait un pain pour déjeuner un bon dîner, maintenant on fait petit déjeuner, déjeuner et dîner, sans compter des fritures dans la journée. On va tous finir en surpoids, je te dis. Comment tu veux que ton budget ne soit pas défoncé ? D’autant plus que les prix dans les supermarchés ont pris l’ascenseur comme tu as dû le remarquer.

— Ça, c’est vrai. On te dit que les légumes sont en train de pourrir dans les carreaux, et au supermarché on dirait que nous sommes en période de pénurie.

— On dirait qu’il y a une taxe covid, une espèce de TVA sur les produits. Heureusement qu’il y avait solde sur les téléviseurs.

— Pourquoi, ton 42 pouces ne marche plus?

— Il marche très bien, mais entre ma belle-mère qui veut regarder ses feuilletons et mon bonhomme qui veut regarder ses matches, j’ai dû acheter une autre télévision en promotion.

— Et les enfants, ils regardent quoi, eux?

— Heureusement qu’ils ont leurs tablettes pour voir leurs clips tout ça, sinon je ne sais pas ce qu’on aurait fait.

— Et toi qu’est-ce que tu regardes comme ça?

— Entre le ménage, la lessive, la cuisine et le work from home quand je vais avoir le temps de regarder quoi que ce soit? Avec ce confinement partiel, je travaille comme un bœuf, je te dis. Et en plus on est trop un sur l’autre dans la maison, toi.

— C’est vrai ça. Et en plus vous avez une grande maison et une cour. Imagine un peu les gens qui ont des enfants et qui habitent dans un flat.

— Je ne sais comment ces gens-là font. C’est ça même qui a fait augmenter la violence conjugale.

— C’est vrai ça. Et tu ne sais pas, toi: il paraît que le nombre de cas de violence conjugale faite aux hommes est en augmentation.

— Tu m’étonnes! Moi-même quand parfois je vois mon bonhomme vautré dans le sofa, sa bière dans la main, les coques de pistaches par terre, en train de regarder son match de foot… je sens ma main qui démange, je te dis! Le confinement partiel serait moins lourd si ma bonne pouvait venir travailler, mais elle n’a pas eu de WAP.

— Elle n’a pas eu? Mais moi ma bonne qui habite pas loin de chez, elle elle a eu.

— Tu sais ce WAP-là, c’est un des grands mystères du déconfinement partiel. Premier d’abord, comme l’a dit un syndicaliste, tu mets le pays en confinement pour que les gens ne circulent pas…

—  Mais il faut le faire, toi, pour empêcher le virus de continuer à circuler…

—  Oui, mais en même temps tu donnes 500 000 WAP pour que les gens aillent travailler. C’est comme ça qu’on va empêcher le virus de circuler ?

— Là, je suis obligée de reconnaître que tu as un bon point.

— Et en plus, ces WAP-là, on ne sait pas sur quels critères ils sont donnés. On me dit que des gens qui n’ont pas demandé ont reçu, alors que les députés et les avocats n’ont pas eu. Explique-moi un coup la logique de tout ça?

— Je ne sais pas moi… sans défendre qui que ce soit, je crois qu’on est tous un peu dépassés par cette épidémie-là.

— Ça n’explique pas pourquoi ta bonne a eu un WAP et pas ma bonne! C’est à cause de ça même que je suis tombée malade.

— Ah bon? Qu’est-ce que tu as eu comme ça?

— Selon mon docteur, que je suis allée consulter le jour de ma lettre, j’ai attrapé le nouveau virus.

— Hé toi-là! Ne me dis pas que tu as attrapé un variant du covid !

— Ne mets pas ta bouche cabri sur moi, je te dis là, hein!

— Mais quel virus tu as attrapé?

— Tu n’es pas au courant qu’il y a un nouveau virus qui circule depuis le déconfinement partiel et qui attaque une catégorie de personnes?

— Première nouvelle. Quelle catégorie de personnes?

— Les femmes comme moi qui travaillent et qui ont une bonne pour s’occuper de leur maison. Une bonne qui ne vient pas plus travailler depuis le déconfinement partiel.

— Je ne comprends pas trop bien-là. Qu’est-ce que ce virus a à faire avec ta bonne?

— Depuis que ma bonne ne vient pas, c’est moi-même qui passe le mop et le balai dans toute la maison pour faire le nettoyage.

— Et alors?

— Et alors? Mais je n’ai jamais fait ça de ma vie, toi. Depuis, j’ai des douleurs atroces dans le dos et dans les bras, dans tout le corps, toi. Le docteur m’a dit que j’avais attrapé le virus du mop qui attaque toutes les personnes qui sont obligées de faire un travail qu’elles n’avaient pas l’habitude de faire.

— Hé toi-là! Quel médicament il faut prendre contre ce nouveau virus?

— Il y a un seul traitement d’après ce que j’ai compris: donner un WAP aux bonnes pour qu’elles puissent recommencer à faire leur travail!