— Tu as vu ces promotions pour les Mauriciens dans les hôtels, toi ?
— En tout cas, ils font beaucoup de publicité pour la clientèle locale.
— C’est vrai toi ma boîte mail est remplie de toutes sortes de packages. Les prix sont maris cassés, je te dis.
— Tu te rappelles le temps où le Mauricien ne pouvait pas entrer dans un hôtel et où il était refoulé depuis l’entrée même. Tu ne pouvais entrer que si tu étais invité par un client étranger. Et encore !
— Les temps ont bien changé. Aujourd’hui, ma chère, on vient chercher le Mauricien devant la porte d’entrée de l’hôtel avec tapis rouge, cocktail de bienvenue, fleur, serviette chaude et discount pour les sports et les massages.
— C’est vrai ça, hier on traitait le Mauricien comme un indésirable, aujourd’hui on le traite comme un client privilégié.
— Avant on tolérait le Mauricien juste pendant la basse saison touristique, quand les hôtels sont vides. Aujourd’hui le Mauricien qui a les moyens est le seul client possible. Ça même les hôteliers l’aiment comme ça !
— D’un autre côté, il faut bien que les hôteliers essayent d’avoir des clients pour faire marcher leur business et payer leur personnel.
— A mon avis, c’est plus pour essayer d’avoir du cash que juste pour payer leurs employés.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que c’est comme ça. Dans beaucoup d’hôtels, on a commencé à mettre des employés au chômage technique et à couper les salaires. On a dit qu’on va reprendre les employés quand le tourisme va redémarrer.
— Il faut bien que tout le monde se serre la ceinture toi. Où est-ce que tu crois que les patrons d’hôtels vont tirer l’argent pour payer les salaires quand les hôtels sont fermés ?
— Mais dans les profits qu’ils ont faits pendant toutes ces années-là, toi. Tu sais combien de milliards ils ont gagné ?
— Je ne te dis pas le contraire, mais ça, c’était hier et aujourd’hui on est dans la crise. Je trouve que c’est très bien que les employés vont avoir leur travail avec les mêmes conditions quand les hôtels vont rouvrir leurs portes.
— Tu es vraiment mal renseigné. Ce n’est plus comme avant maintenant. Certains employés vont peut-être retrouver leur travail, mais pas avec les mêmes conditions.
— Qu’est-ce que tu es en train de raconter ? Les travailleurs sont protégés par la loi. Ils ont des droits acquis, comme disent tout le temps les syndicalistes, non ?
— Il n’y a plus de droit acquis qui tienne. C’est le patron qui décide. Certains employés vont retrouver leur travail, mais pas avec les mêmes conditions qu’avant.
— C’est pas possible. Les patrons d’hôtels sont en train d’aller contre la loi. Il faut les poursuivre.
— On ne peut pas.
— Mais pourquoi ? Si on attaque ses droits acquis, le travailleur peut aller en Cour. Il a la loi pour lui.
— Pas depuis que la loi a été changée.
— Mais quand est-ce que la loi a été changée ?
— Pendant le confinement.
— Mais pendant le confinement on a voté la loi Covid 19 pour protéger le pays contre l’épidémie, pour mettre le couvre-feu sanitaire. Je n’ai pas entendu dire qu’on a voté une nouvelle loi sur le travail.
— C’était dans la loi sur la Covid 19 qui a modifié beaucoup d’autres anciennes lois.
— C’est dedans même qu’on a changé la loi sur les droits acquis des employés de l’hôtellerie ?
— Pas que pour les employés de l’hôtellerie, mais pour TOUS les employés de Maurice.
— Tu brouilles ma tête-là. Explique-moi bien ce que ça veut dire.
— D’après la nouvelle loi, n’importe quelle entreprise qui se trouve en difficulté économique peut mettre ses employés au chômage technique et même les licencier.
— En payant ses années d’anciennetés tout ça, comme prévu par la loi.
— Tout ça a changé avec la nouvelle loi.
— Tu veux dire qu’on peut mettre dehors un employé sans lui payer les indemnités prévues par la loi.
— Il y a toujours des indemnités, mais ça a été bien diminué, parce que la loi a été changée, je te dis.
— Mais les patrons vont profiter pour mettre dehors les employés qu’ils n’aiment pas.
— On me dit que ça a déjà commencé dans certaines firmes : on demande à certains de prendre leur retraite, on change les conditions de travail d’autres employés et on dit aux licenciés qu’ils pourront revenir plus tard, mais avec de nouvelles conditions.
— Mais on dirait qu’on est revenu au temps de la zone franche ou les patrons hongkongais renvoyaient tous les travailleurs en décembre pour les réengager en janvier pour qu’ils ne deviennent pas des employés permanents !
— C’est exactement ce qui est en train de se passer maintenant.
— Tu entends bien ce que tu me dis ? Que le gouvernement qui a toujours dit qu’il défend les droits des travailleurs a voté une loi pour les patrons.
— Il ne dit pas qu’il a voté une loi pour les patrons, mais pour sauver l’économie et l’emploi.
— C’est en donnant l’occasion aux patrons de licencier les employés que le gouvernement va sauver l’économie et l’emploi ? !