Plutôt inquiétant le démarrage des tests rapides dits antigéniques. À peine commencés, déjà les premiers couacs. Il y a d’abord eu le cas de deux policiers ne présentant aucun symptôme apparent et qui avaient été considérés comme positifs au Covid-19 lundi après avoir été soumis au test rapide.  Mais après celui qui est reconnu internationalement comme le plus à même d’établir le bon diagnostic, la PCR Polymerase Chain Reaction, ils ont, cette fois, été déclarés négatifs. La situation s’est répétée pour deux autres policiers travaillant dans le nord du pays. On peut imaginer la grosse frayeur que ces policiers et leurs familles ont vécue, même si cela n’a duré que 24 heures.

Cette situation provoque de nombreuses interrogations. Si cela s’est déroulé dans ce sens-là, rien n’exclut qu’il ne puisse pas aussi se produire dans le sens contraire. Qui peut nous garantir que ceux qui ont été testés négatifs ne sont pas, en fait, porteurs de la maladie et, en réalité, positifs ? Lorsqu’on sait qu’il y a déjà des cas de personnes placées en quarantaine, testées plusieurs fois au PCR pourtant, qui ont vu des variations dans leurs conditions, passant un jour du positif au négatif pour repasser le lendemain au positif, il y a de quoi entretenir quelques doutes sur la fiabilité de ces tests dont on devrait nous rassurer constamment sur leur provenance et de leur reconnaissance internationale.

Pour expliquer cette énorme méprise, Zouberr Joomaye, le porte-parole du comité national sur le coronavirus, a expliqué qu’il s’agit d’une « mauvaise interprétation ». Par qui ? Qui sont ceux chargés de réaliser les tests et ceux qui sont censés les interpréter ? Quelle est la formation de ceux qui se trouvent à chacune des étapes de cette chaîne éminemment cruciale dans la prévention de l’expansion de la pandémie. Les réponses à ces questions sont urgentes. Et ce n’est pas illégitime de les poser. Bien au contraire. 

En termes de questions à poser, il y a celles qui doivent l’être à ceux qui, la semaine dernière, ont tenté d’absoudre Air Mauritius en mettant tous ses malheurs sur le dos du coronavirus. Et la State Bank of Mauritius ? Autre entité censée être elle aussi un des fleurons de l’administration publique. Elle aussi frappée par la pandémie du Covid-19 ? Clouée au sol ou plutôt à terre par la faute de ceux qui la dirigent et de ceux qui les ont choisis parce qu’ils sont de bons petits soldats du MSM et de ses alliés ? 

L’ironie de la situation veut que celui qui a été choisi pour procéder à l’administration volontaire d’Air Mauritius, Satar Hajee Abdoula, soit celui-là même qui, il y a à peine quelques semaines, à la mi-mars dernier, a été choisi par Pravind Jugnauth pour présider State Bank Holdings Ltd ! Il est venu prendre la place de l’autre nominé politique Kee Chong Li Kwong Wing, récompensé pour avoir changé de camp à la veille des élections de décembre 2014 et effectué une apparition à un rassemblement de ce qui était alors Lalians Lepep. 

Avec des profits de Rs 15 millions pour l’année 2019, la banque d’État est reléguée au statut d’une petite et moyenne entreprise en termes de performance et de rentabilité. C’est dramatique. Comme Air Mauritius, la banque d’État effectue un plongeon en raison d’une gestion calamiteuse et des décisions hasardeuses qui n’ont rien à voir avec les notions élémentaires de prudence et de clairvoyance. 

Comme la compagnie nationale d’aviation, la SBM s’est comportée avec une insupportable et dangereuse légèreté qui, dans d’autres pays démocratiques, aurait invariablement conduit leurs responsables devant des commissions parlementaires pour explication avant qu’il ne leur soit indiqué la porte de sortie avec le strict minimum légal comme cadeau de départ. 

Ici, on achète des avions pour les louer comme si, être la compagnie nationale et être trader, c’est la même chose et, là, on s’embarque dans des acquisitions inexpliquées à l’étranger et on s’autorise de gigantesques prêts avec un laxisme tellement déconcertant qu’il est permis de se demander si tout cela ne relève pas finalement de la corruption. Tant de facilité à quelques entrepreneurs à la crédibilité aussi épaisse que du papier mousseline est, en effet, plus que suspecte.

Le leader de l’opposition, Arvin Boolell, le premier à réagir sur la débâcle de la SBM, a formulé deux demandes : la dissolution immédiate du conseil d’administration, truffée de nominés politiques et de fonctionnaires proches des puissants, lorsque ce ne sont pas, en plus, des liens de sang qui les unissent, et l’institution d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur ce qui a conduit à une telle honteuse contre-performance. 

C’st toujours bien de demander et, peut-être, qu’à une prochaine rencontre avec le Premier ministre, Arvin Boolell pourra pousser gentiment sa requête mais, pour reprendre une de ses propres formules, « aret reve kamarad ». Parce que les commissions d’enquête, avec le MSM, c’est une bien coûteuse plaisanterie. 

Le palmarès est d’ailleurs éloquent. La commission d’enquête sur la drogue n’a été suivie d’aucune action. On a payé les commissaires mais leurs recommandations sont restées dans un tiroir. Celles sur Britam, où trône aussi le sieur Abdoula, et sur l’ex-présidente de la République connaissent un confinement inexpliqué, tandis que les enquêtes instituées sur Vijaya Sumputh et Youshreen Choomka ou même sur le Sugar Insurance Fund Board sont tombées dans les oubliettes.

Normalement, lorsque cela va mal dans le privé, l’État s’implique comme il l’a fait en ces temps de confinement, mais s’il doit lui-même se retrouver en réanimation avec son lot de canards boiteux et non des moindres qui sont eux en respiration artificielle, ça donne des raisons de craindre le pire si nous ne prenons pas des décisions radicales dès maintenant. En ont-ils le courage, la volonté ? Le doute est permis.