C’est peut-être parce qu’il est lui-même un touriste que la hiérarchie de l’Église catholique a choisi le père Jocelyn Grégoire pour officier à la messe annuelle du Tourisme. Un genre de touriste électoral qui se pointe invariablement à la veille de chaque consultation populaire pour donner son mot d’ordre et pour placer ses pions.
Le dernier trajet, c’était un direct Pittsburgh/Sun Trust pour rencontres éclairantes et surtout morales avec des personnages aussi vertueux que Prakash Maunthrooa. Le père, qui ne chante plus, mais qui a fait déchanter bon nombre de ses disciples les plus fidèles et ceux qui l’ont suivi depuis ses débuts, a pris le contrepied du cardinal Maurice Piat lors d’une adresse tout en parabole à l’occasion de la messe annuelle du Tourisme organisée à Sainte-Croix, jeudi dernier.
Si le chef de l’Église s’est, le 8 septembre dernier, à Sainte-Croix, fait le porte-parole de l’île Maurice qui souffre dans le droit fil de la mission du Père Laval et qu’il s’est montré critique vis-à-vis de l’administration publique, Jocelyn Grégoire a eu un tout autre discours.
Le prêtre venu des States a, lui, estimé qu’il fallait “met zoli” avant de critiquer. Franchement, à une messe consacrée au tourisme, le secteur le plus touché par la pandémie de la Covid-19 avec des pères et des mères de famille dont l’emploi et la rémunération ont été grandement affectés, venir parler de “met zoli” est pire qu’une insulte. C’est une injure.
Met zoli? Pendant que la drogue continue à se vendre, comme l’a dit le cardinal avec “bann marsan ki népli per personn e ki instal enn latab zot vender”. Il faut aussi se taire là-dessus, sur ces nombreux jeunes qui succombent par overdose parce qu’il faut “met zoli” avant de critiquer.
Contrairement au père Grégoire, devenu subitement adepte du beau et de l’esthétique, la dénonciation du trafic de drogue n’est pas un thème opportuniste pour Maurice Piat, dont les premières paroles après avoir accédé au cardinalat, en 2016, ont été précisément sur la drogue. Il n’avait déjà pas hésité à dire que Maurice était devenue une passoire. Ce qu’elle est.
Ce n’est pas une coïncidence que le Premier ministre a lui-même reconnu que la drogue était entrée sur le territoire en dépit du confinement et de la fermeture des frontières. Un propos tenu quelques jours seulement après l’homélie du cardinal Piat. Pas pour “fer zoli”. Elle intervenait après des visites auprès des squatteurs qui étaient déjà encadrés par d’autres prêtres. Un sujet qui ne semble apparemment pas interpeller le père Grégoire, qui, un temps, s’était présenté comme l’héritier du Père Laval. Pourquoi avoir désigné le prêtre préféré du moment du Sun Trust pour la messe du tourisme? C’est aussi la question qui taraude les observateurs et pas que les chrétiens. Est-ce pour jouer la carte de l’apaisement après les révélations de Week-End, la semaine dernière, quant au désaccord qu’aurait exprimé, devant son Comité central, Pravind Jugnauth vis-à-vis du cardinal? Ce qui indiquait un certain froid installé entre l’Église et le gouvernement.
Il est d’ailleurs éloquent que le Premier ministre a tenu à être présent à cette messe présidée par le père Grégoire. Est-ce une manière de montrer que le gouvernement n’a pas, malgré son ressentiment, complètement tourné le dos à l’Église, mais qu’il entend choisir quand même avec qu’il a affaire. Ce n’est pas encore la formule Dulthumun/Ramdhian, mais la messe est dite, et il y a visiblement un calibrage du casting selon les préférences du Bâtiment du Trésor et des filleuls politiques du père Grégoire.
Ne pas critiquer, nous enjoint-il. Comment ne pas s’élever contre les méthodes de la police? Peut-il répondre aux interrogations des citoyens qui s’étonnent qu’il suffise qu’un agent de ministre porte plainte à minuit pour que deux personnes soient arrêtées six heures plus tard, qu’une internaute passe une nuit en cellule parce qu’elle s’est moquée de Pravind Jugnauth, qu’une autre qui a fait une blague sur une PPS reçoive la visite des gabelous tôt le matin, mais que, pour plus grave que cela, comme poster des appels à se procurer des armes et à combattre, cette même police se montre extrêmement lente à agir.
Les Mauriciens ne devraient non plus rien dire sur ces petits actes fascistes du quotidien auxquels se livrent la cellule des basses besognes du régime, comme émuler la mauvaise trouvaille de Bruneau Laurette d’organiser une manifestation devant la résidence de Pravind Jugnauth en faisant intervenir le beau-frère du ministre Hureeram et un agent du MSM du No 4 pour des contre-manifestations devant les demeures de Navin Ramgoolam et de Paul Bérenger.
La lettre de l’activiste politique de Vallée-des-Prêtres contenant des faux en écrit, on est surpris que la police n’ait pas ouvert une enquête sur l’auteur de cette missive. Elle était peut être-bien trop occupée à fouiller dans le dossier de Bruneau Laurette pour voir où le coincer et comment faire fuiter la liste de ses contraventions routières dans des colonnes complaisantes dont la bonne conduite a été achetée contre une absence de tracas ou de fracas sur un dossier politico-financier.
Et l’on devrait aussi ne pas dresser un parallèle entre le sort qui a été réservé à l’employé d’Alteo, suspendu pour une blague en privé et ses employés du public, des nominés politiques de surcroît, qui font appel à la violence, au racisme et au communalisme? Ils restent tranquillement en poste, eux? En continuant à profiter de l’argent des contribuables, dont ceux qu’ils veulent attaquer avec leurs armes?
Non, Jocelyn Grégoire, vous avez votre agenda et il y a ces milliers de citoyens qui sont descendus dans la rue, qui se sont mobilisés pour contenir la marée noire pendant que les autorités étaient dépassées. Des citoyens qui veulent d’un changement de système, d’un pays plus juste, plus propre et plus uni. Ah, mais ce n’est pas supposé être aussi la mission de l’Eglise, ça?

Josie Lebrasse