Jacinda Ardern a été reconduite à la tête de la Nouvelle-Zélande avec une majorité absolue et qui la dispense de tout arrangement avec d’autres formations politiques. Elle pourra désormais procéder à ses réformes sociales et environnementales.

Celle qui a su gérer avec intelligence, compassion et transparence la pandémie, avec 25 décès pour une population de 5 millions d’habitants, a aisément raflé la mise. Mais ce n’est pas seulement cela qui a occasionné le plébiscite de Jacinda Ardern, 40 ans, mais surtout ce qu’elle représente comme personnalité: une femme, authentique, honnête et humaine dans tout ce qu’elle entreprend.

Celle qui appartenait à la communauté Amish s’en est éloignée lorsqu’elle a découvert que ses condisciples rejetaient les homosexuels. En marge du scrutin d’hier, il y avait aussi un référendum sur deux questions cruciales de notre temps: la légalisation de l’usage récréatif du cannabis et l’euthanasie. On devrait connaître l’issue de ce vote d’ici à la fin du mois.

Même si c’est le oui qui l’emportait, il n’est pas obligatoire d’introduire des textes pour donner force de loi au vœu exprimé par l’opinion publique, mais connaissant le sens de l’engagement de la dirigeante de la Nouvelle-Zélande et son attachement à la démocratie, on peut d’ores et déjà parier qu’elle donnera une suite tangible et concrète au vœu exprimé par ses compatriotes.

C’est un peu pour nous éloigner de notre triste réalité que nous avons démarré cette rubrique avec un petit voyage en Océanie. L’île Maurice n’est, hélas, pas la Nouvelle-Zélande. Chaque jour qui passe nous rappelle à quel point nous avons reculé sur tous les plans et, surtout, celui de la moralité.

Et on ne sait plus si c’est parce que le très mauvais exemple vient d’en haut ou si c’est l’éducation, d’un niveau très dégradé, qui a produit des anti-citoyens, des rodère boutt et, plus grave, des sectaires. Chaque jour qui passe nous apporte la preuve que nous sommes engagés dans une très mauvaise voie.

Et en parlant de voix, cette fois, il n’y a qu’à écouter certaines interventions radiophoniques, toujours les mêmes d’ailleurs, et pas nécessairement ceux qui ont vraiment des choses intéressantes à dire, on mesure la vacuité de la réflexion de ceux qui se bousculent au téléphone. Il y a ce partisan du régime en place, se posant en grand analyste indépendant et éclairé qui trouve que 100,000 personnes qui descendent dans la rue, c’est d’un banal absolu qui ne veut rien dire, comme si c’est sa seule voix ou celle de la dizaine de légers et de comiques qui aiment s’entendre parler qui avait autrement plus de poids et de signification. Non, mais…

à les écouter, organiser des élections villageoises est comme un cadeau fait à l’électorat alors que, sous le précédent mandat de ce gouvernement de 2014 à 2019, l’impasse a été complètement faite sur ce rendez-vous, peut-être folklorique, mais essentiel pour la démocratie régionale. Rien, en effet, entre le 2 décembre 2012 et le 22 novembre 2020 pour les villageois. Comme s’ils étaient des citoyens de deuxième grade.

Et pendant que les habitués de la parlotte creuse sont invités, une semaine, à démonter tel leader politique et, la suivante, un autre, toujours de l’opposition, comme dans un exercice de lynchage ciblé, des thèmes éminemment urgents sont occultés. On peut mentionner cette ADSU, où sévissent de petits trafiquants et de gros truands, que Pravind Jugnauth a refusé de démanteler alors même que la commission d’enquête sur la drogue avait précisément préconisé sa réorganisation complète. Et nul besoin de rappeler que ce rapport date de plus de deux ans, de juillet 2018, et qu’il a coûté de l’argent aux contribuables et qu’il a mobilisé le temps et l’énergie de ceux qui ont planché dessus.

C’est ça être sans pitié dans la lutte contre la drogue? Et vous savez quel symbole, après Geanchand Dewdanee, tiré d’affaire dans l’enquête sur les 135 kilos d’heroïne saisis en mars 2017 qui n’a pas encore abouti malgré l’interpellation de Navind Kisnah, il y a ce Shakill Baulum qui vient d’être arrêté pour un trafic présumé de drogue.

Cet ancien travailliste actif au no 2 figurait sur la liste des recrues politiques à la Cargo Handling en 2008. Comme ce type de personnes doit toujours être du côté de “guvernma dan nous lame”, lui et quelques-uns de ses acolytes, anciens rouges, comme Vincent Ramart et Ahmad Seegoolam, avaient, en juin 2019, rejoint le MSM avec grand renfort de médiatisation à la MBC et dans des torchons achetés ici et là. Et voilà qu’on apprend qu’Ahmad Seegoolam est sur le point de se voir délivrer son permis de courtier maritime par la MRA après un exercice qualifié de bidon par certains aspirants candidats. C’est fou à quel point les postes à la CHC, où sévit un autre transfuge du nom de Sanjiven Permall, ou dans le secteur douanier intéressent autant les activistes politiques!

Les sujets à débat ne manquent pas pendant que certains mènent campagne contre le groupement de l’opposition. Quelques commentaires sur le passage du frère du ministre invisible Vikram Hurdoyal et, partant, sur le scandale des prêts douteux de la banque d’Etat auraient aussi été d’un intérêt plus immédiat que des palabres sur du vent. On peut espérer que les auditeurs soient dans les prochains jours invités à commenter les propos du Premier ministre sur la lutte contre la pauvreté présentée comme un “défi”. C’est pas qu’on n’ait pas les moyens. On en a apparemment Rs 400 millions pour gonfler la trésorerie de Liverpool très “mizer” et Rs 1,2 millard pour acheter des médicaments des copains, qu’ils aient des hôtels, des quincailleries ou des bijouteries.

Et si on n’est pas la Nouvelle-Zélande, on n’est pas, non plus, la France, où la gestion du coronavirus a conduit à des enquêtes et des perquisitions chez un ancien Premier ministre, une ancienne  ministre de la Santé, son successeur et le directeur de la Santé. Ici, c’est, anguille, non, angus sous roche… ou sous cloche.

Josie Lebrasse