Même si cela peut paraître relever d’une grande naïveté, on peut s’étonner de la rapidité avec laquelle le président de la République a donné son assentiment au Covid Bill et au Quarantine Bill. Votés vendredi soir de la semaine dernière, les deux textes, controversés, ont obtenu le feu vert de Pradeep Roopun dès le lendemain, samedi matin. 

Pas de temps pour regarder de plus près les amendements apportés aux amendements et voir s’il n’y a pas le moindre doute, la moindre ambiguïté et s’ils ne sont pas en contradiction avec la Constitution ou s’ils ne sont pas excessifs, dangereux pour nos libertés et très inquiétants pour les salariés. Non, il fallait aller vite, faire appliquer le nouveau régime dès le lundi 18 mai. 

En bon petit soldat qui a fait carrière au sein de l’armée du soleil et devenu président de la République après un choix de dernière heure, Pradeep Roopun s’est exécuté à la première heure pour ne pas froisser celui qui l’a installé à la State House. Avec lui, pas de quartier, c’est comme une lettre à la poste ou même comme une valise de trop à la douane de l’aéroport de Varanasi que les textes ont été avalisés. 

Si c’est vrai que tout a été dit sur les tout premiers projets de loi de ce gouvernement, il y a un argument pour justifier les clauses abusives de la Quarantine Act nous qui nous est apparue assez surréaliste, pour ne pas dire absolument répugnante. 

“Nous n’inventons rien, ces clauses existaient déjà dans la vieille loi de 1954”. S’appuyer sur des lois coloniales pour littéralement terroriser les gens et les punir de manière disproportionnée est franchement ahurissant. Et quoi encore ? Pourquoi ne pas, à ce rythme, aller jusqu’au Code noir et leurs provisions esclavagistes pour tenter de justifier les penchants liberticides d’aujourd’hui ? Nous sommes indépendants depuis 1968, républicains depuis 1992 quand même !

La haute-commissaire aux Droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, l’ancienne présidente du Chili et fille d’un général de Salvador Allende, n’a-t-elle pas adressé, dès la fin du mois dernier, une sérieuse mise en garde contre les mesures maximalistes que seraient tentés de prendre des gouvernements sous le couvert de la lutte contre le coronavirus. 

La dirigeante onusienne a rappelé que les mesures exceptionnelles prises pour combattre la pandémie devraient être “proportionnées, non-discriminatoires et limitées dans le temps, et faire l’objet d’une surveillance parlementaire et judiciaire appropriée les gouvernements ne devraient pas se servir des pouvoirs d’urgence comme d’une arme pour faire taire l’opposition, contrôler la population Ils devraient s’en servir pour lutter efficacement contre la pandémie, ni plus ni moins”.

L’ONU a également exprimé ses inquiétudes que “des mesures et des lois introduites dans certains pays font référence à des infractions vaguement définies, associées parfois à des peines sévères pour museler les médias et les opposants ou violer les droits de l’homme et restreindre encore davantage les libertés fondamentales et l’espace civique”. Comme une résonance avec ce qui se passe chez nous. Les injonctions de l’ONU sont d’une tonalité d’une implacable actualité. Et pourtant, ce n’est pas un membre de l’opposition, celui d’une organisation non gouvernementale ou de société civile ou un citoyen concerné, dénonçant certaines clauses inacceptables des deux lois et accusé de faire de la démagogie qui tient de tels propos, mais l’ONU, elle-même, qui a vu parfaitement les desseins répressifs et réels de petits potentats intolérants. 

Avant même le confinement, il y avait des inquiétudes tout à fait fondées exprimées quant à l’empiètement sur la vie privée des citoyens avec l’installation de caméras de surveillance un peu partout, même sous les fenêtres des résidences. Un sujet qui avait poussé un ancien “sage”, au langage très fleuri, à fermer le débat en invitant les personnes s’estimant importunées à garder leurs volets clos.

Il y avait aussi des méthodes répressives utilisées pour persécuter ceux qui ne sont pas dans les bons carnets des puissants caractérisées par des interpellations abusives. Il suffit qu’un agent politique dénonce quelqu’un pour que ce dernier soit arrêté et reste confiné dans une cellule policière toute la nuit. 

Dans le programme mis en place pour délivrer les permis d’accès au travail ou pour le paiement des salaires aux salariés en entreprise ou dans le secteur informel, il y a aussi des interrogations légitimes sur le pourquoi de cette méthode spécifique. 

S’agit-il d’une vraie organisation ordonnée de la reprise du travail ou un exercice de collecte de données sur tout un grand éventail de citoyens ou alors capter dans les filets de la MRA des inconnus du registre fiscal? Lorsqu’on sait que certains ont reçu leur WAP sur un téléphone dont le numéro n’avait pas été communiqué aux autorités, il est quand même permis de se poser des questions. 

Il faut sortir de cet état d’enfermement contraint et d’endormissement imposé au plus vite, même s’il faut maintenir des précautions pour ne pas être confronté à une résurgence de la pandémie. Et on n’a pas encore mesuré les dégâts psychologiques et toutes les formes de violence intra-muros qui se sont renforcées ou déclarées durant le confinement et qui ne figureront jamais dans les statistiques officielles. 

Et on a tellement hâte d’en finir avec ces expressions martiales, comme les “guerres” à mener et ces formules déshumanisantes comme les “gestes barrières”, alors qu’on aurait pu plutôt parler de mesures de précaution et de distance physique au lieu de “distanciation sociale” lorsqu’on sait que l’homme est avant tout un animal social. On peut comprendre la panique initiale et généralisée, mais deux mois après, il est peut-être temps de passer à autre chose.