Un nouveau commissaire de police a été nommé pour remplacer le précédent qui, après son temps réglementaire, était employé sur une base renouvelée mensuellement. Pour sa part, le nouveau CP est nommé par intérim. Est-ce que cela signifie qu’il a été nommé de façon temporaire, juste pour chauffer le fauteuil en attendant que celui qui sera nommé pour de bon soit choisi ? Est-ce que cet intérim n’est pas une manière de lui dire qu’il est on probation et qu’il doit faire « bon garçon » — c’est-à-dire suivre les directives — s’il veut être confirmé au poste ? Après le long passage de Mario Nobin aux Casernes centrales, l’arrivée de son successeur avait fait espérer une nouvelle manière de gérer la force policière, dont l’image avait été très dégradée. Après un début prometteur, le nouveau chef de la police avait pratiquement disparu des radars, tandis que certaines unités continuaient à fonctionner comme avant en arrêtant à tour de bras des internautes pour des posts supposés avoir « annoyed » certains sur les réseaux sociaux. Ou en procédant en pleine nuit à des arrestations à la demande. Ou encore en refusant de prendre des dépositions ou en refusant d’aller chercher des documents du FSL indispensables pour la poursuite de certaines enquêtes. Pour expliquer pourquoi la police de Servansingh continuait à ressembler à celle de Nobin, on disait que le CP avait les mains attachées. Espérons que tout intérimaire qu’il soit, M. Anil Kumar Dip, le nouveau CP, aura les mains libres pour faire son travail.

À cet égard, ses premières prises de parole semblent aller dans le bon sens. Dans un post publié sur Facebook lundi dernier, le nouveau CP donne l’assurance en parlant de la police que « the unwarranted acts and behaviour of defaulters will not be condoned and will be severely dealt with ». Et des mesures disciplinaires seront prises contre le non-respect des lois et des abus. Prenons le nouveau CP au mot et soumettons-lui le résumé d’une plainte qu’un jeune homme vient de soumettre en début de semaine à l’Independant Police Complaint Commission. Le jeune homme explique que le 24 juin, il reçoit un appel de sa mère qui l’informe qu’une équipe de l’ADSU est en train de fouiller leur maison à la recherche de drogue. Quand le jeune homme arrive chez lui, il croise le van de l’ADSU qui repart bredouille. En colère, le jeune suit le van et à un feu rouge interpelle les policiers sur la fouille. Selon sa plainte, les quatre portes de la voiture s’ouvrent, des policiers sortent, se précipitent sur le jeune homme, lui tapent dessus, le jettent par terre et le menottent devant des témoins sidérés. Le jeune homme est embarqué dans le van où il continue à recevoir des coups jusqu’à un poste de police. Là-bas, la correction continue aux cris de « alor to ena toupe to dimann explication lapolis twa ! » Après quelques longues minutes, un officier arrive d’une autre pièce du poste de police avec un petit sac de graines de gandia qu’il dit appartenir au jeune homme. Ce dernier proteste qu’il n’est ni vendeur ni consommateur, et demande si quelqu’un ayant de la drogue sur lui aurait couru derrière un van de la police pour demander des explications. Les protestations du jeune homme ne sont pas écoutées et il est conduit en cellule. Le lendemain, il est traduit en cour et accusé de possession de 30 grammes de graines de gandia. La police objecte à la libération du jeune homme et l’affaire est renvoyée à la fin de juillet.

Entre-temps, la mère du jeune homme prend contact avec l’ONG DIS-MOI, spécialisée dans la défense des droits humains. Après avoir mené sa propre enquête et rencontré le jeune homme en prison, Lindley Couronne, le directeur de l’ONG, arrive à la même conclusion que le jeune homme : il a été piégé et accusé parce qu’il a osé interpeller une équipe de l’ADSU. C’est la conclusion à laquelle arrive également Me Erickson Pillay, l’homme de loi de l’organisation non-gouvernementale. Dès sa libération sous caution, le 28 juillet, après avoir passé plus d’un mois dans divers postes de police et à la prison de Beau-Bassin, le jeune homme est allé porter plainte contre les officiers qui l’ont arrête et tabassé à l’Independant Police Complaint Commission. Dans son premier message adressé à la police, lundi dernier, le nouveau CP faisait mention de certains policiers qui consciemment traversent la ligne pour s’engager dans des comportements déshonorants et répréhensibles. Le nouveau CP précisait dans son message que « ces policiers ne souillent pas seulement l’image de la police, mais font saper la motivation et le travail dur de leurs collègues. Ces comportements ne vont pas être tolérés. »

Avec la plainte déposée à l’IPCC, la balle est maintenant dans le camp du nouveau CP.