On s’y attendait. La Cybercrime Unit de la police mauricienne se dit incapable de reconnaître la voix féminine qui, le 4 mai dernier, a proféré de gros jurons, clairement entendus par les téléspectateurs pendant la séance parlementaire. Et pourtant, le Parlement est doté d’un système de sonorisation technologique moderne avec une mémoire permettant de savoir quels étaient les micros des parlementaires on quand les insultes ont été proférées. Il aurait suffi d’aller fouiller dans la mémoire du système pour découvrir laquelle de nos parlementaires a une telle maîtrise des zuré mama. Mais on le sait, la Cybercrime Unit est performante quand il s’agit d’interpeller des internautes ayant osé ridiculiser les membres du gouvernement – parfois même, avant qu’une plainte n’ait été logée. Quand il est question de membres du gouvernement, il se déclare incompétent. Le Speaker a demandé aux parlementaires de surveiller leur langage. Eu égard à ses récents exploits, est-ce que le Président de la Chambre ne devrait pas commencer par pratiquer ce qu’il demande des parlementaires? Face à l’incapacité de la Cybercrime Unit, est-ce que le ministre de la police envisage de faire appel à Scotland Yard, au CID de l’Inde ou à la MOSAD pour trouver la voix coupable? Est-ce que le leader de l’opposition pourrait poser la question au Premier ministre, un de ces jours? Pour l’heure, il semblerait qu’il soit surtout concentré sur les koz kozé d’une négociation pour un retour au gouvernement. La manière dont il a donné l’occasion au PM d’instituer une commission d’enquête sur le contrat Betamax et sa décision de ne pas poser de PNQ, vendredi, pour respecter une tradition parlementaire, font tiquer. Est-ce que la situation économique et sanitaire actuelle du pays n’est pas suffisamment dramatique pour que le leader de l’Opposition interpelle le gouvernement, au lieu de jouer au respectueux des traditions parlementaires ? Cette non-question a aussi rappelé le long épisode de koz kozé rouge/mauve de 2014 quand Paul Bérenger posa des questions parlementaires sans intérêt à Navin Ramgoolam pour ne pas l’embarrasser. À Maurice, quand les leaders de l’opposition courtisent, ils n’interpellent pas le PM! Vous allez dire que XLD a démenti toute négociation d’alliance. Mais vous le savez aussi bien que moi : en politique, plus on dément une « rumeur », surtout de possible alliance, plus elle a des chances de reposer sur un fond de vérité.
Est-ce pour démentir ces rumeurs, de plus en plus fortes – un confrère a même écrit que la kwizinn avait déjà ouvert un comptoir poulailler! –, que la plateforme de l’espoir a tenu une conférence de presse, hier ? Chaque leader – même Nando Bodha, qui n’a pas de parti – a eu droit à une intervention. Tous ont, avec raison, dénoncé les hausses de prix provoquées par des décisions gouvernementales et leurs conséquences, dont la dépréciation /dévaluation de la roupie. Chacun a utilisé son temps de parole pour donner un exemple des mauvaises décisions du gouvernement et réclamé ce qu’il pense être la solution à ces problèmes : des élections générales anticipées. Dès le lendemain des dernières élections générales, les partis d’opposition, alors unis dans l’Entente, réclament des élections générales anticipées. Ils les ont tellement réclamées qu’aujourd’hui, ça fait cliché à répétition. D’autant qu’on se demande comment cette opposition disparate composée de partis élus, non élus et d’individus fera pour constituer une alliance crédible en réglant la question des égos des leaders et, surtout, celle du problème que constitue le PTr. Il ne faut pas oublier que l’Entente a volé en éclats quand Xavier-Luc Duval avait décrété, au nom de ses partenaires, que si le PTr voulait faire partie de l’alliance de l’opposition aux municipales et en 2024, il devait se débarrasser de Navin Ramgoolam comme leader. Cette « stratégie » ne fit que renforcer la position de Ramgoolam au PTr, et poussa les rouges à claquer la porte de l’Entente en démonétisant l’opposition et en étalant ses contradictions. La semaine dernière, Paul Berenger disait que le problème était le PTr ; hier, il a annoncé qu’il est probable que « les quatre partis de l’opposition y compris le PTr recommenceront à travailler ensemble ». Face à ces discours qui changent sans arrêt, les Mauriciens commencent à se dire que si ces partis ne sont pas capables d’accorder leurs violons dans l’opposition, comment vont-ils pouvoir gouverner, si jamais ils remportent les élections anticipées qu’ils réclament à cor et à cri? Avec ces oppositions et leurs « stratégies », Pravind Jugnauth n’a aucun souci à se faire pour 2024. Il pourrait même se payer le luxe d’organiser des élections anticipées.