Et la saga qui continue. Après avoir laissé entendre que c’est Nayen Kumar Ballah, le cousin de la mère du Premier ministre, qui allait présider le conseil d’administration d’Air Mauritius, revirement de situation jeudi : c’est finalement Marday Venkatasamy qui a été choisi pour piloter le board de la compagnie nationale d’aviation. On ne sait pas si ce sont les dénonciations d’un népotisme à grande échelle qui ont refroidi ceux qui tirent les ficelles et qui ne reculent devant rien lorsqu’il s’agit de favoriser des proches ou si c’est le souci du respect d’une certaine ingénierie sociale qui a fait tomber le premier favori pourtant bien connecté. Ou si c’est la toute dernière danse à la mode qui est de faire un pas en avant et deux pas en arrière qui est partie pour devenir pérenne, mais la nouvelle a plutôt surpris jusque dans les rangs de la petite cuisine du pouvoir.
Il semblerait que ceux qui considèrent MK comme une sorte de chasse gardée ont fini par obtenir que ce soit Marday Venkatasamy qui en prenne la présidence. Relations fraternelles et socioculturelles l’ont finalement emporté. Mais pas question non plus de pleurer sur le sort de Nayen Kumar Ballah. Le secrétaire au cabinet et chef de l’administration publique est déjà président de Mauritius Telecom et il est membre de plusieurs autres organismes publics, la SBM, Metro Express, MultiCarrier Ltd et Mauritius Duty Free Paradise.
Cette saga-là est elle d’une autre nature. Elle est bien plus inquiétante en fait. Rodrigues a enregistré son premier cas, vraisemblablement importé de Maurice, où des dizaines de Rodriguais ont dû longuement poireauter, parfois dans des logements exigus, avant de pouvoir regagner leur île où la vie est bien différente de la densité et de la promiscuité que nous connaissons. Dans le cas de Rodrigues, il est d’ailleurs étonnant que les autorités n’aient pas eu comme priorité absolue de vacciner la population qui n’est que d’un peu plus de 40 000 personnes. Et lorsqu’on sait que les services hospitaliers sont bien moins pourvus que les nôtres et que le chef commissaire, Serge Clair, lui-même a dû être évacué sur Port-Louis pour des soins, il eut été logique et de bon sens de vacciner la totalité du peuple rodriguais. Il faut maintenant espérer que la pandémie ne se propage pas et que les tests, devenus bien trop aléatoires, soient conduits pour identifier ceux qui sont susceptibles d’avoir attrapé le virus. Et qu’ils obtiennent les soins appropriés.
Ce qui devait arriver est arrivé. Le variant Delta est bien là et il est, comme un pur hasard et un incroyable miracle, arrivé bien tard chez nous, tandis que tous les pays de la région et du monde ont depuis le début de l’année enregistré de nombreux cas de ce variant très contagieux. Pas étonnant donc que les Mauriciens restent très sceptiques quant à la période exacte à laquelle ce variant a fait son entrée sur notre territoire. Et qu’ils pensent que sa présence est bien plus ancienne que ce qu’on a bien voulu faire croire à la population.
Les vaccins protègent certes contre les risques de forme grave de la maladie, même lorsqu’on contracte le variant Delta, mais les études qui ont démontré une efficacité jusqu’à 90% contre les hospitalisations n’ont porté que sur les deux doses de Pfizer et d’AstraZeneca. Pas les vaccins que nous avons en abondance et qui ne trouvent plus preneurs parce qu’ils ne sont pas reconnus ailleurs, mais aussi parce que les autorités n’indiquent plus le type de vaccin qui est administré en première dose, ce qui rebute ceux qui ne sont pas encore inoculés.
C’est probablement la reconnaissance tardive de la présence du variant Delta qui a tout chamboulé dans le secteur éducatif et qui a bouleversé le calendrier établi. Au grand dam du personnel éducatif et des parents. Oui, la santé d’abord, on est tous d’accord là-dessus, mais est-ce trop demander à la ministre de l’Éducation, une enseignante elle-même, que de travailler dans le consensus et de consulter ceux qui sont directement affectés par ces changements brusques. Pourquoi ne pas avoir réuni tous les acteurs de l’Éducation pour une large consultation et des décisions consensuelles ? C’est devenu une mauvaise habitude que de venir avec des décisions unilatérales et imposées sans tenir compte des contraintes que ces changements peuvent engendrer pour les enseignants et les familles. Un peu de modestie et d’écoute ferait le plus grand bien à ce secteur, affecté certes par la Covid, mais qui n’est pas comme les autres.
Puisqu’il est question d’âge, comment ne pas se désoler que chaque année l’Ombudsperson vient avec son rapport pour faire le point sur la situation des enfants à Maurice. Et nous rappeler ce que nous connaissons déjà de la situation de pauvreté et de précarité de certaines enclaves surpeuplées. La ministre des Droits des Enfants, elle, avance à petits pas et on espère que c’est lentement mais sûrement. Le Children’s Bill a été voté en novembre 2020 et c’est près d’une année après que le tribunal pour enfants sera lancé pour entendre les affaires dans lesquelles les enfants sont victimes ou impliqués. En plus des structures qui sont nécessaires pour encadrer les enfants et les protéger, il y a aussi le temps des enquêtes. Le meurtrier d’Helena Gentil, qui a plaidé coupable, a, cette semaine même, été condamné à 50 ans de prison. Ce terrible crime avait été commis en avril 2015.
Faudra-t-il attendre encore six ans pour connaître les prédateurs qui ont sévi dans ce qui est connu comme l’affaire Telegram. Plus de six mois après les premières dénonciations, toujours rien. Est-ce parce qu’il y a des policiers qui sont impliqués que les investigations sont au point mort ? Et le scandale de la pédopornographie à Rodrigues ? Une ou deux interpellations, puis plus rien. Parce que, ici aussi, des noms de fonctionnaires ont été évoqués. Les rapports, c’est bien, mais le plus important est de mettre hors d’état de nuire ceux qui abusent de l’innocence des plus vulnérables.