Husna RAMJANALLY

Des enfants et des bébés dorment encore et toujours à la belle étoile, comme le rapporte Le Mauricien cette semaine, par le froid extrême qui frappe actuellement de plein fouet notre pays. Et ce, sans que cela ne suscite quelque réaction de la part de ceux qui nous dirigent : silence total des élus de la majorité ! En face, la société civile s’organise comme elle le peut pour assurer à ces pauvres diables ici un peu de chaleur, là un repas décent, ainsi que quelques vêtements pour les protéger. Des bribes de soutien d’un espoir qui vacille, telle une flamme dans le vent, pour leur faire « oublier » quelques minutes l’enfer dans lequel ils ont été cavalièrement jetés, livrés tels des objets, à survivre malgré les températures glaciales, le manque d’aménités, l’inexistence d’une issue de secours… Pis, l’indifférence de leurs dirigeants.

Sur un autre plan, une institution a finalement réagi. Le bureau du DPP a en effet heureusement décidé d’aider à briser le silence autour des (trop) nombreuses morts en cellule que le pays a enregistrées ces derniers mois. Une enquête judiciaire sera donc instituée sur les décès derrière les barreaux de, primo, Michael Louise, 41 ans, mort le 20 mars dans le sillage d’une mutinerie à la prison de Beau-Bassin; secundo, Alain Auguste, 30 ans, découvert pendu dans sa cellule de la prison de haute sécurité de Melrose le 29 avril, et enfin; tertio, Jean Caël Permes, 29 ans, retrouvé sans vie dans une cellule de la prison de La Bastille, à Phœnix, après son transfert de la prison de Beau-Bassin le 5 mai. Souhaitons en effet qu’enfin ces familles, qui souffrent dans le silence et dans l’ignorance des circonstances réelles dans lesquelles leurs parents et proches ont péri, obtiennent des réponses à leurs questions. Et que ceux qui seront trouvés coupables d’avoir causé la mort de ces détenus seront, à juste titre, mis devant leurs responsabilités et punis.

Vendredi prochain, soit le 26 juin, le monde entier observera traditionnellement la Journée mondiale de la lutte contre l’abus de drogue et le trafic illicite. Chez nous, depuis 2013, la donne a totalement changé sur le plan de l’addiction avec l’avènement des drogues de synthèse. Pourtant, malgré les innombrables alertes des travailleurs sociaux, dans la presse comme dans la rue, ces dernières années, la situation a à peine évolué dans le bon sens, nos dirigeants optant davantage, comme les exercices budgétaires l’ont confirmé successivement, sauf en 2020, pour une politique répressive, au détriment du traitement, de l’accompagnement, de la réhabilitation et de la réinsertion sociale des malades.

Et pour cause : le Centre d’accueil de Terre-Rouge (CaTR) a pris les devants, ouvrant une antenne destinée spécifiquement aux jeunes – ados et même écoliers – qui sont des consommateurs réguliers des drogues de synthèse. Les autres centres de traitement parviennent, eux, tant bien que mal, à faire face à la demande croissante, impuissants devant des parents terrorisés et désarmés face à la violence de leurs enfants.

L’excellent programme “Get Connected”, élaboré, entre autres, par le Dr Reychad Abdool, consultant auprès de l’UNODC, est mis en exergue dans le circuit scolaire secondaire. Au niveau du primaire, cependant, rien. Et à la ville et dans nos villages, on ne peut compter que sur certaines activités, comme celles organisées par le Groupe A de Cassis/Lakaz A, à son modeste niveau, et avec le peu de moyens à sa disposition…

Silence total en effet de la part du ministère de la Jeunesse et des Sports, et inexistence au niveau national d’un quelconque programme avec une approche multisectorielle en matière de prévention ! Pourtant, ces grandes lignes sont contenues tant dans le dernier Master Plan on Drugs qu’un précédent exercice similaire réalisé dans les années 2004/05, sous un même régime partagé par le MSM…

Husna RAMJANALLY