C’est une véritable tempête électrique qui a frappé Maurice cette semaine avec l’annonce de la Banque africaine de développement concernant l’exclusion de Burmeister & Wain qui, pendant 21 mois, sera inéligible à l’adjudication de marchés financés par la banque pour s’être associée à « des pratiques de fraude et de corruption impliquant des membres de l’administration mauricienne ». Qui plus est, au terme d’une enquête, la BAD est arrivée à la conclusion que « des preuves prépondérantes soutiennent que Burmeister & Wain aurait récompensé financièrement des membres de l’administration mauricienne et autres, par le biais d’intermédiaires, pour accéder à des informations confidentielles et pour avoir été permis d’adapter les spécifications techniques du cahier des charges du marché à son offre ».
L’accusation est de taille et met en péril l’image de Maurice sur le plan international à un moment où les autorités se démènent pour empêcher le pays de figurer sur la liste noire de l’Union européenne. La réaction de l’opposition a été vive et immédiate. Elle réclame à l’unanimité une commission d’enquête pour faire la lumière sur cette affaire. Pour le leader de l’Opposition, Arvin Boolell, c’est la volonté politique du Premier ministre de combattre la corruption qui est “put to test”. Pour sa part, Pravind Jugnauth a renouvelé l’engagement du gouvernement concernant l’adoption d’une “zero tolerance policy against corruption”.
« Tough and stringent actions, as may be warranted by the ICAC enquiry, will be taken against any person who is found to have been involved in any of the alleged acts of corruption », a-t-il affirmé au Parlement jeudi. Par ailleurs, la crédibilité de l’ICAC en tant qu’institution est mise à l’épreuve. Déjà l’opposition remet en question son indépendance et les institutions internationales comme le GAFI questionnent l’efficacité des institutions régulatrices dont l’ICAC.
Malgré l’émergence de cette nouvelle affaire, l’attention reste braquée sur la situation économique et sociale du pays après le confinement de 72 jours et les débats sur les mesures budgétaires. Le défilé des chefs d’entreprise devant le Redundancy Board, cette semaine, témoigne de l’ampleur des dégâts causés par la Covid-19 et le drame auquel sont confrontés tous ceux dont l’emploi est menacé. Rama Sithanen, dans une interview publiée dans notre édition du jour, déplore que le budget ait raté ce qui devait être ses objectifs prioritaires, à savoir la relance de l’investissement, la protection de l’industrie et la préservation des emplois. Le ministre a choisi d’introduire des réformes inopportunes dans le contexte actuel dont celle de la pension. De plus, il a alourdi sa politique fiscale qui, en tenant compte de divers prélèvements, pourrait atteindre jusqu’à 55% dans certains cas. C’est dans ce contexte, seulement, que le prélèvement de solidarité qui, s’il était limité dans le temps et appliqué aussi bien pour les Mauriciens que les étrangers, aurait pu être accueilli favorablement, provoque une levée de boucliers.
Toutefois, si l’alourdissement des charges fiscales peut constituer un frein à la relance nécessaire des activités économiques et des entreprises, la thèse de la fuite de cerveaux pour rejeter le prélèvement de solidarité ne tient pas la route. Ce problème ne date pas d’aujourd’hui. Maurice est connue comme un des pays les plus affectés par le brain drain. Il n’y a qu’à voir le nombre de lauréats qui ne reviennent pas et le nombre de Mauriciens qui veulent émigrer sous d’autres cieux dont le Canada. Les vrais problèmes relèvent de l’absence d’opportunités, la création insuffisante d’emplois, du copinage (cronyism), de la protection politique, l’absence de méritocratie aussi bien dans le public que dans le privé, etc.
La bonne nouvelle en cette fin de semaine est qu’à partir de lundi, les Mauriciens pourront se rendre à la plage. Ce sera une véritable bouffée d’air frais après plusieurs semaines de privation. En même temps, les débats en cours en Europe concernant la réouverture des frontières internes le 15 juin et des frontières extérieures à partir du 1er juillet sont suivis avec intérêt par les opérateurs touristiques. Ces derniers attendent également avec impatience l’annonce que devrait faire le Premier ministre concernant le soutien à être accordé au secteur touristique.

Jean Marc Poché