Est-ce qu’il ne serait pas plus simple d’aménager une unité du CCID à la Government House ou au Sun Trust ? Ce serait plus facile pour ces dépositions quotidiennes auxquelles se livrent ministres, PPS et nominés politiques. Après l’Assemblée nationale où les mesquineries les plus dégoûtantes se déroulent avec des projets de loi comme le Finance Bill et la motion de blâme contre le Speaker qui courent sur la troisième semaine, il y a la MBC.

Il y a eu, cette semaine, une association de femmes venue de nulle part qui a eu pour mission de prendre la défense de celle qui se pose en « première dame » alors que cette notion est complètement étrangère à nos moeurs républicaines. Cette mascarade grotesque a apparemment été jugée par la MBC plus « newsworthy » que les milliers de Mauriciens qui s’étaient déplacés le 11 juillet pour dire leur ras-le-bol de la situation qui prévaut dans le pays. 

À part la MBC, un nominé politique imposé à la tête du Government Information Service, il y a aussi, pour tout mieux verrouiller, l’université de Maurice, cet organisme au classement médiocre où on essaye de faire taire un conférencier impertinent, Rajen Narsingen, qui vient de faire un pied de nez à ses détracteurs en se faisant élire à la présidence de la Staff Union. Et l’IBA, elle, s’est découvert une nouvelle vocation, celle de la suspension des radios dont les émissions dérangent et, pour parfaire l’arsenal répressif, il y a la police qui est devenue une autre arme visant à interdire la parole contradictoire, à intimider les opposants et à instiller la peur chez le citoyen. 

Un terrorisme d’État qui est extrêmement inquiétant pour la démocratie, la liberté d’expression et, surtout, pour l’image du pays à l’étranger, même s’il est un fait qu’aujourd’hui, la République de Maurice est royalement ignorée par les pays qui ont une tradition démocratique. 

C’est à dix aux petites heures du matin du jeudi 23 juillet que les policiers ont débarqué chez Farihah Ruhomaully jeudi pour procéder à son arrestation après que Tania Diolle a consigné une déposition contre elle. Son crime : avoir reproduit un post d’autoglorification de la PPS et d’y avoir ajouté quelques commentaires.  Ceux qui ont critiqué le Premier ministre ou qui l’ont tourné en ridicule Seetulsingh Meetoo, Karishma Randhay, Rachna Seenauth et Ravin Lochun ont, eux aussi, eu à subir les foudres de la police et de la justice, après un renforcement des dispositions de la loi en 2018. 

Les deux premiers nommés ont déjà été condamnés, l’un à une amende de Rs 75 000 et l’autre attend le prononcé de sa sentence la semaine prochaine, tandis que les deux derniers devront patienter pour connaître sous quelles charges ils seront éventuellement poursuivis. Idem pour Farhiha Ruhomally. Il faut maintenant attendre les suites de l’enquête initiée par la police après la plainte de la ministre Kalpana Koonjoo-Shah. 

Considérant probablement que la loi, déjà amendée, n’est pas assez sévère, le Conseil des ministres a, vendredi, décidé de revoir la Computer Misuse and Cybercrime Act pour introduire des « new offences for new types of threats and conditions in the cyberspace ». Ça promet. 

Rien n’arrête les nouveaux intouchables bien plus susceptibles que la reine d’Angleterre et des dirigeants du monde libre quotidiennement vilipendés sur la toile et qui considèrent que ce n’est que la manifestation d’une démocratie vivante, où le partisan, l’opposant ou le citoyen peuvent donner libre cours à leur soutien, mais aussi à leurs piques, leurs critiques et leurs sarcasmes. 

Et le plus étonnant dans toute cette saga de la persécution des internautes, c’est que ce sont les seuls membres du gouvernement qui semblent considérer être « annoyed » par les commentaires et autres montages humoristiques sur la toile, alors qu’il est un fait que les dirigeants de l’opposition sont, eux aussi, soumis au même régime sans qu’ils trouvent l’urgence ou l’utilité d’aller tous les jours porter plainte à la police.

Et cette police, que l’on attend sur le terrain de la sécurité et de la la drogue, surtout après que le Premier ministre lui-même a été obligé de reconnaître que des personnes chez qui des perquisitions sont prévues sont prévenues à l’avance, a, on dirait, bien mieux à faire, comme interpeller des internautes et faire diligence après les dépositions en série des membres du gouvernement et de leurs laquais. 

Naila Hanoomanjee a consigné une déposition contre Gérard Sanspeur, qui a osé révéler les méthodes peu orthodoxes pratiquées à Landscope. Il faut  s’attendre à ce que celui a dénoncé soit prochainement convoqué aux Casernes centrales pour un éventuel interrogatoire. La démarche est limpide : Landscope a déjà réfuté, à sa manière, les accusations portées, mais la démarche auprès de la police vise à décourager ceux, opposition et presse, qui seraient tentés d’aller fouiller d’un peu plus près dans les dossiers de l’organisme qui gère les terres de l’État. 

La toute dernière déposition ministérielle est intervenue hier. Le ministre de la Bonne gouvernance, Mahen Seeruttun, dont on aurait pu penser qu’il consacre toute son énergie à sortir le pays de la liste noire de l’Union européenne, a consigné une déposition contre Roshi Bhadain. Son collègue de la Santé parle, un mardi, de fuites au sein de son ministère au profit de l’opposition et de la presse, et c’est le lendemain même que la police débarque et saisit documents et ordinateurs pour retracer ceux qui ont osé privilégier l’intérêt public en dénonçant les magouilles frauduleuses derrière les achats dits d’urgence d’équipements et pourtant jamais reçus. 

C’est la méthode du rouleau compresseur qui est à l’oeuvre. L’affaire MSB étant une autre illustration. Lorsqu’un conseil d’administration estime qu’il est injuste, discriminatoire et contraire à la méritocratie que de sacrifier une cadre au profit d’une nominée politique, ben, c’est simple, on révoque le board et on installe un autre qui est plus accommodant.  MSM politics ! De quoi provoquer des arrangements politiques inattendus et des mobilisations citoyennes.