Etrange. Si on peut voyager sur de longs trajets comme des sardines dans des autobus publics, on ne pourra pas, du moins pas de si tôt, faire la queue et exercer tranquillement son devoir civique et choisir ceux qui administreront nos villes pour les six prochaines années. Encore un coup de canif à la démocratie!

Les villageois ont pourtant pu voter le 22 octobre 2020, huit ans après leur participation au dernier scrutin du 2 décembre 2012. Il va falloir peut-être attendre deux ans avant de pouvoir exercer son droit démocratique en ville. Et les conseillers élus depuis le 15 juin 2015 auront eu un long mandat de huit ans. Par contre, la taxe immobilière qui devait être abolie depuis 2019 ne sera, elle, pas reportée. Elle sera convertie en bribe électoral et abolie la veille des prochaines municipales. C’est ainsi que ça marche.

L’administration régionale a été constamment maltraitée et, lentement mais sûrement, dépouillée de sa vocation qui est celle du service de proximité aux citadins et d’acteur de la vie culturelle locale. Il fut un temps où il y avait chaque semaine une activité artistique et culturelle dans certaines de nos villes. Aujourd’hui c’est un grand désert que la paralysie des théâtres, ces joyaux du patrimoine, ne fait qu’exacerber.

En matière de culture, changeons de registre pour celle des plantes bien plus hallucinogènes. A l’île Maurice, dans la lutte contre la drogue, pas de quartier, pas de distinction: cannabis, héroïne, cocaïne, synthétique, amphétamine, tous logés à la même enseigne répressive et pénale dès que les volumes saisis dépassent un certain seuil.

Cette politique est contre-productive. La police traque des cultivateurs de quelques plants de gandia à usage récréatif et même des consommateurs qui vont alors fabriquer leur propre cocktail chimique dangereux, alors qu’elle aurait pu déployer son énergie à neutraliser les vrais gros barons et les moyens colossaux qu’ils mobilisent pour leur lucratif business de la mort.

Il faut d’ailleurs souhaiter que le comité qui se penche sur l’expérience du Portugal vienne très vite avec ses conclusions et ses préconisations. Le Portugal a, dès 2001, légalisé le cannabis à usage récréatif et personnel avant même de le faire pour sa version médicinale. L’Afrique du Sud, pas loin de nous, a franchi le pas en 2018.

Maurice, qui a une longue tradition de culture et de consommation du cannabis, qui était d’ailleurs tolérée au début du siècle dernier, devrait rapidement lancer un projet pilote et voir comment cela impacte le trafic et la consommation. Le tout interdit n’a jamais rien réglé. Bien au contraire. Il n’y a qu’à voir les proportions alarmantes prises par la drogue synthétique, chez les jeunes défavorisés surtout.

Les proches de politiques, de la majorité, n’ont-ils pas été interpellés pour des affaires de cannabis? Le chauffeur privé d’Alan Ganoo a fait son « mari » avec la police lorsqu’il a été appréhendé en train de préparer sa came pour une livraison à domicile à Mont-Calme, celui de Kavi Ramano n’a-t-il pas, lui aussi, été interpellé en 2018 avec du gandia qu’il a dit avoir ramassé dans la rue?

Subashnee Luchmun-Roy, celle qui, lorsqu’elle faisait l’animatrice à la radio, aimait se payer la tête de Pravind Jugnauth en le présentant comme le Pinocchio de service, n’a-t-elle pas dû venir de l’avant pour nier toute relation proche avec son cousin par alliance arrêté en possession de 33 kilos de gandia valant Rs 19 millions?

L’histoire de la drogue et de la politique a commencé il y a quelques décennies. Les caïds de la banlieue portlouisienne connus étaient couverts tant par le personnel politique que par la hiérarchie corrompue de la police.

Ces mêmes caïds vont pratiquement infiltrer l’Hôtel du gouvernement à partir de 1983. Ils étaient tellement puissants qu’ils décidaient qui pouvait tenir meeting à Plaine-Verte et se pavanaient de manière ostentatoire à la State House.

Exactement comme ceux qui viennent d’être impliqués dans la grosse saisie de dimanche dernier. Ils ont tous toujours une petite photo de Garden Party à brandir pour montrer qu’ils sont bien connectés et qu’ils sont invités sur la pelouse du chef de l’Etat. Mais, bien entendu, personne ne les a jamais invités et le président ne sait pas qui vient déambuler chez lui!

Pas étonnant que dès qu’il y a une saisie de drogue et que l’on commence à fouiller dans les fréquentations des présumés trafiquants et à décortiquer leurs accointances, on retrouve des politiques, et ils sont, comme un étrange hasard, toujours connectés aux politiques qui exercent le pouvoir, comme le MSM.

Il y a eu l’épisode Kisnah, Dewdanee avec un gros tapage, puis plus rien. Lorsqu’on sait que certains ont leurs entrées dans des ministères et que des protagonistes peuvent disparaître dans la nature, c’est à se demander si tout ne se résume pas à une mascarade organisée et que le temps que le Premier ministre vienne se vanter de «l’exploit», le dossier arrête d’avancer. En tout cas, pas jusqu’aux véritables chefs de la mafia.

Après l’affaire des cylindres de 2017, la tractopelle et ses 95 kilos de cocaïne valant Rs 1,7 millards arrivées sur le Mauricio, rien de bien déterminant dans le tarissement de la source et la traque des financiers du trafic.

On glosera quelques semaines encore sur la grosse saisie, puis on passera vite à autre chose. Jusqu’à la prochaine saisie, imposée par la collaboration régionale.

Un des protagonistes du dernier trafic avait déjà été interpellé en février de cette année pour des délits liés à la drogue. Et ce n’est qu’après la saisie du week-end dernier que l’ICAC et les autres instances régulatrices se mettent à éplucher les comptes et les biens des prévenus?

Pour comprendre à quel point drogue et pouvoir sont liés, quelle meilleure illustration que cette volonté de contrôler les courses hippiques, à empêcher ceux qui veulent y mettre bon ordre de s’approcher de trop près de leurs galops truqués et de leurs écuries mafieuses! Tout est dit!