L’ancien président de l’Association mauricienne d’Athlétisme (AMA), Vivian Gungaram, qui représente les intérêts de cette instance, a été arrêté, mardi matin. Il a été traduit, le même jour, en Cour de Rose-Hill avant de bénéficier de la liberté conditionnelle. La charge provisoire retenue contre lui : un cas de « Swindling » alléguée, rapporté par le Comité olympique mauricien (COM), et publié dans la presse en mars dernier, d’un montant de Rs 30 344. Somme que le COM estimerait n’avoir pas été retournée par l’AMA après le non-déplacement de la lanceuse Jessika Rosun à une compétition en Afrique du Sud. Cela, dans le cadre de sa préparation aux Jeux du Commonwealth qui ont eu lieu en avril 2018, à Gold Coast en Australie !
Décidément, dira-t-on, ces Jeux portent la poisse au sport local, notamment après l’affaire d’attouchement sexuel allégué, celle des luminaires volés puis retrouvés et d’un cas d’indiscipline. Sauf, qu’à la différence, cette fois, cette sombre affaire a étrangement été rapportée par le COM trois ans après !
On laissera le soin aux enquêteurs de faire leur travail pour voir si, effectivement, il y a eu « swindling ». Si coupable il y a, le ou les fautifs devront payer. Qu’importe s’il s’agit de Vivian Gungaram ou de quelqu’un d’autre. Le sport étant un espace de fair-play, de transparence, régi par ses principes et ses valeurs.
En attendant toutefois, Vivian Gungaram et l’AMA bénéficient toujours de la présomption d’innocence. Au même titre que Kaysee Teeroovengadum — ex-secrétaire du COM et ancien proche du président du COM, Philippe Hao Thyn Voon — accusé d’attouchement sexuel allégué à Gold Coast, par Jessika Rosun. Cette même athlète que certains avaient tenté de décourager d’aller de l’avant !
Dans le cas qui nous concerne, certains faits méritent réflexion. D’abord, la rapidité avec laquelle la CID de Rose-Hill a mené cette enquête. En somme, en moins de six mois, la police a été en mesure de voir clair dans cette affaire, au point même de procéder à une arrestation. Chapeau !
Sauf qu’on aurait aimé voir autant de rapidité et de dextérité dans les autres enquêtes. Car, il faudra qu’on nous explique pourquoi, dans le cas de la Mauritius Football Association (MFA), l’enquête dans l’affaire de permis de travail octroyé à des étrangers de Cercle de Joachim, club du président de la MFA, Samir Sobha, piétine toujours. Une année après !
Si la Fédération internationale de Football Associations (FIFA) a estimé que Cercle de Joachim et la MFA ont fauté, alors pourquoi les autorités locales tardent-elles autant à établir les faits ? Des étrangers n’ont-ils pas foulé le sol mauricien, alors qu’un des documents soumis n’est pas celui reconnu officiellement par la FIFA ? N’est-ce donc pas une faute très grave qui a été commise ?
Forcément, il y a quelque chose qui, quelque part, ne tourne pas rond. Et malheureusement, ce n’est pas à nous de résoudre cet énigme, mais bien au Commissaire de Police par intérim, Anil Kumar Dip. Ce dernier a démontré une certaine détermination à changer les choses et espérons que celles-ci évolueront dans la bonne direction. Même si les arrestations promises dans l’affaire de voyeurisme allégué à la MFA se font toujours attendre !
Aussi, comment ne pas questionner le timing utilisé par le COM dans cette affaire. Pourquoi trois ans après et non avant ? A-t-on au moins sollicité, dans un premier temps, Vivian Gungaram, afin qu’il s’explique sur ce qui est aujourd’hui considéré comme un cas de « swindling » ? Notamment à l’époque où Vivian Gungaram était en bons termes avec Philippe Hao Thyn Voon, avec lequel il a travaillé pendant sept ans comme secrétaire avant d’être remplacé par Kaysee Teeroovengadum ?
Pourquoi donc cette envie subite à vouloir procéder à des comptes ? Est-ce les questions embarrassantes de Vivian Gungaram, lors de l’assemblée générale annuelle du 3 septembre 2020, qui a déclenché, ce qui ressemble désormais à une vendetta ? Ces mêmes interpellations qui ont ensuite appelé le Comité international olympique (CIO) à taper sur les doigts du COM suivant la violation de certains principes sacro-saints de la Charte olympique ? Les faits le prouvent malheureusement : Vivian Gungaram est devenu l’homme à abattre, notamment après son engagement aux côtés du comité sur l’assainissement du sport pour dénoncer la gestion et le fonctionnement opaque du COM.
Ainsi donc, tout porte à croire que le COM a voulu jouer la carte de l’intégrité en s’attaquant à Vivian Gungaram. Sauf qu’intégrité-transparence et le COM sont diamétralement opposés et ce, comme l’attestent cruellement les exemples de certaines pratiques ces derniers mois.
Philippe Hao Thyn Voon pourrait-il d’ailleurs nous dire pourquoi le COM a refusé de dévoiler des détails, au ministre des Sports, Stephan Toussaint, concernant la somme attribuée individuellement aux athlètes qualifiés aux Jeux olympiques de Tokyo et sur la tenue officielle ? Ou encore pourquoi il a été proposé ce changement de la limite d’âge dans les statuts en lien avec les prochaines élections ?
Malheureusement, voyez-vous, le COM sous l’ère Philippe Hao Thyn Voon, est loin d’être une référence en matière d’intégrité. Alors que l’arrestation de Vivian Gungaram intervient, elle, étrangement à l’approche des élections du COM. Coïncidence ou pas, on dira tout simplement que, plus que jamais, tous les coups sont permis !