Il y a des choses qui sont graves, mais en même temps risibles. Risible comme la nouvelle vedette de cette radio qui s’est spécialisée dans le nettoyage, surtout lors de son « washing wednesday », où tous les accusés de malversation du moment disposent de longs temps d’antenne pour essayer de se dédouaner.

Zouberr Joomaye, porte-parole sur tout et sur rien, sur les prix et sur ce que les volontaires peuvent faire ou pas sur le terrain de la pollution sudiste, avait ainsi eu son heure entière d’explications, foireuses, il est vrai, le lendemain même de l’annonce par le ministre des Finances que le dossier du terrain de la BDM mis à sa disposition pour la construction d’une clinique à Coromandel avait été envoyé à l’ICAC.

Le conseiller Ken Arian a, sur ces mêmes ondes-là, la semaine dernière, déploré que le compte twitter de son patron a été piraté et que ce n’est pas lui qui a lancé un appel au secours à Emmanuel Macron qui, lui, a quand même réagi au quart de tour en dépêchant hommes et équipements depuis La Réunion pour aider une équipe gouvernementale qui avait l’air d’être plus naufragée encore que le Wakashio dans la gestion du désastre écologique.

Mais lorsqu’on finit de s’amuser de ses incidents qui jettent déjà le discrédit sur la manière dont ce pays est géré, il y a vraiment plus grave. Parce que les comiques sont dangereux. Il y a ce glissement inquiétant qui fait que la démocratie mauricienne est en train d’être sérieusement malmenée.

Tout ce qui s’est passé ces derniers temps ne tient pas du hasard, de l’incident isolé ou de l’excès de zèle de quelques fonctionnaires en quête d’affirmation de leur autorité. Non, il y a un vrai système qui a été mis en place. Celui qui avait commencé avec le projet de Prosecution Commission. Ce n’est pas pour rien que l’on évoquait ici même récemment un terrorisme d’Etat.

A l’Assemblée nationale, tout est fait pour empêcher l’opposition de faire son travail. Trois membres de l’opposition sommairement suspendus pour plusieurs semaines, c’est du jamais vu. Avec un Speaker aux ordres, toutes les mesures arbitraires, toutes les décisions, les unes plus mesquines que les autres, sont permises et encouragées.

On peut supposer ce que cela projette de Maurice ces images d’un leader de l’opposition tenant sa conférence de presse sur le trottoir devant l’Assemblée nationale parce que l’accès des journalistes à son bureau a été interdit.

La MBC que l’on n’avait pas cru pouvoir tomber plus bas qu’elle ne l’était déjà, peut aujourd’hui encore nous écoeurer, parce que ceux que Pravind Jugnauth y a installés pensent toujours devoir l’impressionner davantage par leur servilité sans limite. Quitte à froisser certaines sensibilités et à provoquer l’indignation populaire.

Les agents qui dirigent la MBC, probablement frustrés de la prestation médiocre du Premier ministre sur la BBC, ont orchestré un black-out de la chaîne publique britannique jeudi soir juste après une interview de Navin Ramgoolam sur la même chaîne. C’est une démarche grotesque, stupide et condamnable. D’autant que la vidéo avait déjà été largement partagée sur les réseaux sociaux.

Lorsqu’une chaîne n’est pas disponible, il y a des signes qui l’indiquent : écran noir, notifications techniques. Mais ce n’est que lorsqu’on a, sur instructions, manipulé les images depuis la salle de contrôle principale de la MBC que l’on peut remplacer une chaîne par une autre. Dans ce cas-là, c’était la CGTN (China Global Television Network) à la place de la BBC. La CGTN n’a, bien entendu, rien à voir avec celle, publique et professionnelle britannique, et qui est bien plus proche de la propagande style MBC.

Air Mauritius entre en administration volontaire et ce sont des policiers qui sont dépêchés au domicile du personnel pour recueillir leurs coordonnées. Lorsque, dans un sursaut de dignité, un conseil d’administration, celui du Mauritius Standards Bureau, fait opposition à la nomination d’une candidate privée d’investiture à la direction de l’organisme, il est vite remplacé par une équipe plus souple qui a fini par avaliser celle de Sandhya Boygah avec son pactole de Rs 165 000 mensuelles.

Lorsqu’on se moque un peu trop de ceux qui se prennent pour des tout puissants, alors qu’ils ne sont que de simples locataires temporaires, c’est la police qui débarque au petit matin. L’ancien conseiller et président de l’Economic Development Board, Gérard Sanspeur, raconte les dessous d’un festival de la terre à Cote d’Or, il est très vite convoqué à la CID suivant un plan savamment mijoté dans une arrière-cuisine.

C’est cette même EDB qui va se passer du Central Procurement Board pour des contrats de mois de Rs 50 millions contre Rs 15 millions auparavant. Un recul considérable. Comme l’a souligné hier Reza Uteem, une telle décision va à l’encontre des observations du jugement de la Cour suprême dans l’affaire Betamax sur l’obligation pour les organismes publics d’adopter, au nom de la bonne gouvernance, des appels d’offres transparents.

L’ancien syndicaliste de Mauritius Telecom, Raj Raghoonath, qui a osé s’en prendre au chéri du clan qui se croit en monarchie et qui avait été démis de son poste en 2018, vient d’être interpellé, accusé d’avoir circulé des courriels de nature confidentielle. Personne n’y échappe parmi ceux qui dérangent les puissants du jour.

Dans ce pays de la promesse de l’adoption d’une Freedom of Information Act, tout devient confidentiel. Comme ces achats scandaleux sous le couvert de la Covid. Ce ne sont pas ceux qui s’en sont mis plein les poches qui sont inquiétés, mais les fonctionnaires soupçonnés d’avoir refilé des informations à la presse et à l’opposition.

Et lorsqu’on y ajoute les délires liberticides qui consistent à évincer l’Express et Top FM des activités officielles, ce qui est tout bonnement inacceptable, la démocratie se retrouve comme le Wakashio. Fracassée. Cassée.