Quoi qu’il arrive, le Maiden 2021 entrera dans l’histoire hippique du pays, mais probablement aussi dans l’histoire tout court. On ne sait si le résultat purement sportif marquera les annales, mais sur le plan administratif et sanitaire, de mémoire de turfiste, ce sera la toute première fois qu’une journée du Maiden, journée dominicale qui se veut être jour de fête populaire des courses de chevaux et du cheval en communion avec la population multiculturelle, se déroulera à huis clos. De fête il n’y en aura pas, et la raison n’est pas purement sanitaire…

La Gambling Regulatory Authority (GRA) a bien autorisé plus d’une centaine de propriétaires à être présents dimanche pour voir courir leurs chevaux et a même concédé au Mauritius Turf Club la possibilité de louer sept de ses boxes à cinq turfistes privilégiés — un total de 35 personnes —, mais cela ne saurait couvrir cet aveu d’échec de la gestion et du contrôle du Covid-19 cette année par le gouvernement et le ministère de la santé. Si la saison dernière les autorités avaient rouvert les courses au public au bout de trois petites journées, en 2021, à la 25e journée, les interdits sont toujours de rigueur. Pour un pays « Covid-safe » ou « sel solision vaksinasion », cela fait tache. Les étrangers ne comprendront pas comment un événement si traditionnel et folklorique de Maurice soit à huis clos alors qu’on leur dit que tout est ouvert et libre !

S’il est vrai que le virus frappe toujours, contamine de nombreux citoyens et en tuent de plus en plus, il n’empêche que le taux croissant de vaccination a entraîné nos dirigeants à lâcher du lest dans bon nombre de secteurs d’activités en prenant le maximum de précautions et s’assurant que ceux qui s’y rendent soient vaccinés, informés et pratiquent à tout bout de champ les gestes barrières. C’est une façon comme une autre de rassurer nos amis les touristes que les Mauriciens ne sont pas assignés à résidence, qu’ils sont des personnes libres et responsables— excepté pour aller dans leur lieu de culte — et capables dans l’adversité de faire preuve de discipline et de rigueur. Les Mauriciens dans leur grande majorité font bloc pour que cette réouverture se passe au mieux et pour que l’économie reparte sur un bon pied, même si le désamour entre les citoyens et leur dirigeants — gouvernement et opposition compris — grandit chaque jour. Il ne fait aucun doute que le moment venu, la claque sonnera et l’onde de choc sera ressentie de Grand-Baie à Souillac. Mais pour l’heure, il faut parer au plus pressé et remettre le pays sur les rails.

Si les plages sont déjà ouvertes et accueilleront un nombre illimité de Mauriciens par dizaines de groupe de 30 — qui pourra empêcher cela ? —, si d’autres lieux publics capables de réunir des foules comme les centres commerciaux, les restaurants, food courts, les betting shops et leur centre de dépôt, si les transports publics où les gens sont agglutinés les uns sur les autres, et bientôt d’autres lieux privés où l’air circule en circuit fermé, comme les casinos, les cinémas, les salles de concert, les bars sont aussi autorisés, pourquoi continuer à faire du Champ de Mars, espace ouvert et aéré, une zone d’interdiction à haut risque. Pourquoi continuer de priver le public turfiste de son sport favori hebdomadaire et de la grand-messe de l’année, le jour du Maiden, qui consacre l’hippisme mauricien à son paroxysme, mais surtout qui réunit les Mauriciens dans leur diversité derrière une passion commune, les courses et les chevaux, notre fierté nationale. Ne crions-nous pas dans la joie collective « Nou kontan nou lekours » ?

Comme ailleurs, on aurait pu exiger de ceux qui seraient intéressés à s’y rendre d’être totalement vaccinés et de respecter les gestes barrières, ce que tout amoureux des courses et de son pays aurait fait avec le plus grand plaisir. Mais c’est l’exclusion qui est la règle et on a peine à se résoudre d’accepter que c’est uniquement sur une base sanitaire qu’une telle décision perdure ! Il faut clairement se demander à qui profite le crime qui entraîne une telle situation, au point où même le sacro-saint Maiden est sacrifié. Personne n’est dupe et c’est un secret de Polichinelle que le huis clos et son prolongement profitent aux organisateurs de paris autorisés par voie électronique (SMS et autres) et les paris illégaux à travers les réseaux sociaux où, dit-on, on retrouve certains bookmakers qui ont pignon sur rue et qui sont gérés collectivement par un généreux trustee qui n’a même pas le courage de se déclarer, si ce n’est d’utiliser des paravents ou des prête-noms. La grande part du gâteau revient naturellement à ceux qui offrent des paris à cote fixe, qui ont vu leur chiffre d’affaires prendre l’ascenseur par ces temps, apparemment de vaches maigres, mais visiblement pas pour tout le monde. A contrario, les vrais tenants et aboutissants de l’industrie hippique, dont l’organisateur des courses, au premier chef, se trouve au bord de l’asphyxie financière.

Une situation appelée à se détériorer avec le pas en arrière d’ASL et de Globalsports qui disent ne plus pouvoir soutenir le paiement des 2% de surplus de taxe au MTCSL, avec la taxation des gains à 14%, alors que SMS Pariaz continue de payer rubis sur ongle cette surtaxe d’aide au MTCSL. Ceux qui sont dans le secret des dieux dans la tour de contrôle de SMS Pariaz, le JMLS Building, à Coromandel, et ses satellites de Quatre-Bornes et de Curepipe, confirment une croissance de revenus exponentielle pour celui qui ne remettait, jusqu’à récemment, ses retours que 24 à 48 heures après une journée de courses à une Mauritius Revenue Authority dont la rigueur reconnue et respectée tranche avec les hands-off accordée à celui qu’on pointe du doigt comme étant l’un des bailleurs de fonds du pouvoir.

Celui qui est le principal acteur derrière le prolongement du huis clos pour les courses mauriciennes est aussi celui connu pour avoit fait le pouvoir accéder à nombre de ses desiderata. Nombreux sont ceux qui savent :

  • Qu’il est aussi le véritable patron de SMS Pariaz et non celui qui en est l’unique shareholder sur papier. Pourtant, il n’a cessé de déclarer dans ses propres publications qu’il n’était qu’un consultant et ne travaillait qu’en tant que salarié de ses associations caritatives
  • Que ses innombrables projets ont eu une oreille plus attentive, pour ne pas dire priorité sur d’autres à la GRA, au ministère des Finances et au Prime Minister’s Office
  • Que nombre de décisions gouvernementales ont favorisé ses activités dans le monde du paris, des casinos, et amusing machines, etc.
  • Qu’il est derrière le centre d’entraînement de Balaclava, récemment sorti des terres, pour lequel il a déjà obtenu le feu vert pour être à la fois un centre d’entraînement et d’hébergement, de même qu’un centre de quarantaine approuvé par la GRA, alors que le MTC, qui était jusqu’à récemment le seul importateur de chevaux, n’a toujours pas obtenu le feu vert des autorités pour son centre de Palma
  • Qu’il est derrière l’achat de nombreux chevaux récemment importés à Maurice, dont nombre d’entre eux courent sous le nom de proches collaborateurs et amis ou relations d’affaires…
  • Qu’il a une visée sur un terrain à Cote d’Or, le fief du Premier ministre, pour y ériger un nouvel hippodrome où une station de métro est aussi prévue
  • Qu’il n’est pas totalement étranger à la nouvelle compagnie qui a été enregistré comme un horse-racing organiser, comme l’atteste l’adresse de cette compagnie et celle de son centre d’entraînement
  • Qu’avec les nouvelles mesures gouvernementales, comme l’a dit un entraîneur renommé, il sera le seul à pouvoir importer des chevaux
  • Que son départ précipité pour Londres pour voir ses enfants n’est pas aussi étranger à des accusations de pratiques troublantes portées à son encontre par l’une de ses employés
  • Qu’il a bien recruté un entraîneur étranger pour venir épauler son équipe choc d’anciens potentats pas toujours recommandables du MTC qui sévissent à Balaclava.

Bref, tout cela pour démontrer que l’hippisme mauricien vit depuis quelque temps au rythme et aux désirs d’une personne qui use de tous ses atouts et moyens financiers pour contraindre et convaincre les autorités de dessiner un nouvel avenir de l’hippisme mauricien qui vise à effacer plus de 200 ans d’histoire puisque même le Maiden, la course qui galvanise le melting-pot mauricien, est vidé de tout son sens et de son âme unificatrice. Au point de sacrifier la foule familiale traditionnelle d’une journée dominicale du Maiden, au Champ de Mars, sur l’autel des millions du betting. Pas toujours gagnés honnêtement !

Combien de temps encore les courses mauriciennes devront vivre selon l’agenda de cet adepte du « j’achète, j’achète tout », allant des biens aux consciences et qui tente de salir ou d’éliminer tout ce qui lui résiste ou se met en travers de sa route ? Il a pu mettre le Maiden 2021 sur la liste des « Co-Vidés », mais la roue va bien finir par tourner. En attendant, comme dit l’adage, que le meilleur gagne sur la piste avant que dans les coulisses les « marching orders » pour les casernes centrales ne finissent par tomber…