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Un monstre à deux têtes

Jamais le Mauritius Turf Club (MTC) n’a été aussi proche de l’implosion comme c’est le cas actuellement. Paradoxalement, c’est dans ce moment crucial pour son avenir (?) que la Gambling Regulatory Authority (GRA) décide enfin de recevoir une délégation du Mauritius Turf Club Sports and Leisure Ltd (MTCSL), dirigée par le président Denis de Spéville, Jerome Tuckmansing, le CEO p.i., et le président des entraîneurs, Patrick Merven. Cette démarche est pour le moins étonnante de la part de l’autorité hippique, mais rendue obligatoire par la bombe jetée dans la mare par Jean-Michel Giraud, président du MTC, à l’effet que l’organisateur des courses compte mettre un terme prématuré à la saison 2021.

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Ce missile du président empêché du MTCSL par une obstruction infâme de lui pourvoir d’une Personal Management Licence (PML) de la part de la GRA a réveillé la bande à Bheekary et consorts, qui se prélassaient encore de la victoire d’avoir fait voter à l’Assemblée nationale la mise sur pied de la Horse Racing Division (HRD) avec la majorité des pouvoirs actuellement détenus par le MTC pour l’organisation des courses. Ils se doraient encore au soleil orange du fait que leur plan machiavélique, mis sur pied depuis 2015 pour dépouiller le MTC et lui voler légalement ses prérogatives, avait fonctionné contre vents et marées. Mais comme dans toutes les machines apparemment bien huilées, Il y a toujours un grain de sable qui vient perturber le plan établi.

Si le MTC mettait à exécution son plan, les victimes seraient nombreuses, comme tous les employés dévoués de longue date et les professionnels de courses notamment, mais ils restent grandement menacés vu la situation précaire de l’industrie hippique bâillonnée comme jamais par la GRA. Mais le plus gros perdant serait le monde des paris et, en particulier, la toile d’araignée tissée par Jean Michel Lee Shim (JMLS) pour capturer toutes les proies possibles des paris sur les courses, le football, les loteries, casinos, machines à sous, etc., avec l’aide, pour ne pas dire avec la complicité, des pouvoirs publics et des autorités étatiques. Il faut donc sauver le soldat JMLS au plus vite, d’autant que pointent à l’horizon les élections municipales que les astres prévoient pour début décembre. Le financier sera appelé à desann lor pie — en français faire preuve d’une grande générosité — comme d’hab.

Dans les coulisses, en fin de semaine dernière, des tractations ont eu lieu pour une réunion GRA-MTCSL. Ce dernier se croit en être l’instigateur, mais a sans doute été manipulé de l’intérieur. Quoi qu’il en soit, tout porte à croire que depuis vendredi dernier, cette réunion était acquise à la condition sine qua non que rien de négatif ou d’offensant par le MTC ne soit dit contre la GRA ou le gouvernement d’ici là. Sinon, comment expliquer une missive émanant du management aux employés du MTCSL qui évoque « stress… on the communication strategy of the MTCSL » ? Dans la foulée, des instructions sont données par le management, sans que le président du MTC n’en soit averti, qu’aucun des présentateurs ne doit faire des interviews d’avant-course et d’après-course autres que liés au déroulement des épreuves.

Pire, dans cette missive émanant de Jerome Teckmansing, des instructions « to censor » les interviews en direct sont transmises à Dharma Caroopunnen, chef de studio. Cette missive transmise à tous les animateurs de l’émission Faites Vos Courses a entraîné des protestations de la part de Jean-Phillippe Lagane et de Shan Ip, qui ont exprimé leur dégoût, leur tristesse, mais aussi avec force leur légitime désapprobation. Jean-Philippe Lagane va même jusqu’à proposer sa démission avec effet immédiat. La liberté d’expression qui, décidément, n’a pas droit de cité au MTCSL a été sacrifiée pour une simple rencontre de « têtes coupées » avec « leur bourreau » pour une énième humiliation. Alors qu’avec ou sans rencontre la GRA et le gouvernement allaient de toute façon reculer sur le huis clos, car leur protégé du betting allait trop en souffrir.

Ainsi, un ordre venu d’en haut, transmis et retransmis, au sein du MTCSL, était d’interdire toute prise de parole du président du MTC, Jean-Michel Giraud, au cours de cette journée alors que rien de ce côté n’était prévu. Le deuxième ordre de censure des commentateurs a été adressé samedi par le fameux chef d’antenne, Dharma, l’homme aux multiples talents qui a aidé une nouvelle radio, s’est occupé de la sonorisation d’événements divers dont les réunions politiques, et plus récemment comme recruteur d’animateur de radio. Tout le monde se souviendra de son rôle d’influenceur et d’intermédiaire en tant que représentant du Mouvement Militant Mauricien, de Sunil Gohin et de Sherry Singh. Il avait pour mission de convaincre avec des arguments — tantôt alléchants, tantôt menaçants — le journaliste Murvind Beetun de quitter TOP FM et son directeur Kris Kaunyhe qui aurait, selon Dharma, tous les ennuis possibles. Si le MTC et le MTSCL acceptent que ses employés fassent aussi des extras de ce type, on peut comprendre pourquoi il navigue aujourd’hui au ras des pâquerettes. Le chef d’antenne a ainsi intimé les animateurs de « abide for now and object later » et les a accusés de « boycott et de chantage ».

Voilà les dégâts que peut causer un monstre à deux têtes qu’est devenu le MTC avec les subdivisions MTC-MTCSL. Une double structure que la GRA, avec ses complices internes, sont capables de « Divide & Rule » à son plus haut niveau, entraînant les principaux animateurs de ces deux organismes à s’entredéchirer. Après cette première manche gagnée par la GRA alors qu’elle est en position de demandeur, c’est-à-dire de faiblesse, une deuxième victoire plus éclatante encore a suivi. En effet, les représentants du MTCSL sont tous revenus « aphones » de la réunion au PMO. Il ne faut rien dire qui puisse froisser la susceptibilité des princes du jour. Sinon, rien ! Nous en saurons plus bientôt sur cette omerta partagée avec le trio Beekhary-Dabiddin-Wood. Mais pourquoi tant de mystères après la réunion « zipée » de lundi dernier puisque c’est un secret de Polichinelle que le huis clos sera levé aussi vite que le permet la loi, c’est-à-dire dans deux semaines minimum… si le MTCSL fait preuve de sagesse ? Quel bluff ! De toute façon, devant la levée de boucliers d’une éventuelle fermeture prématurée des courses, les autorités n’avaient pas d’autre choix que de rouvrir les frontières du Champ de Mars, surtout à quelques mois des Municipales.

Vivement que la cour se prononce sur les litiges en cours, surtout celui entre la GRA et Jean-Michel Giraud concernant sa PML, mais aussi entre la MBC et le MTC pour les problèmes de retransmission. Il faut que le MTC-MTCSL retrouve au plus vite une certaine sérénité, que le chef suprême retrouve son fauteuil d’élu démocratique et que le MTC et MTCSL redeviennent malgré la loi un esprit unique au sein des deux corps unis ayant la même pensée et la même vision. Cette guéguerre intestine n’a que trop duré et donne tout le loisir à l’autorité hippique de tirer profit de son incurie et de sortir des radars de ses outrances.

Parmi, son immobilisme suspect de n’avoir pas, en qu’autorité du gambling, fait ou demander à la police de faire une descente des lieux au JMLS Building et ses satellites à travers l’île pour une saisie expresse des ordinateurs et vérifier les allégations extrêmement graves d’une de ses employés, qui se dit par ailleurs sexuellement harcelée par son boss, comme paru dans la dernière édition de Week-End. La précision de ces accusations, si elles étaient confirmées, ce qui sera probablement difficile aujourd’hui, deux mois après les faits, étaient de nature à expliquer en partie le manque à gagner estimé à Rs 2 milliards des caisses de l’État et de ceux du MTC. Faut-il s’en étonner quand on connaît la proximité, l’avidité pour l’argent et les valeurs perdues qui unissent tous les personnages de cette série que nous vivons en direct chaque semaine.

Il n’y pas que la GRA, il y a surtout la police devenue une succursale du PMO et ce n’est pas le changement de CP qui changera la donne de sitôt, car qui qu’ils soient, ils sont incapables dans la conjoncture de l’état tentaculaire qui s’est installé de s’émanciper de cette tutelle, ce qui est pourtant un droit et un devoir garantis par notre Constitution : l’indépendance du commissaire de police. Pour lequel dans la lettre et dans l’esprit de la fonction ne devrait pas être intérimaire, car cela le rend encore plus redevable à son Premier ministre. Il serait intéressant de savoir ce que pensent le PM Pravind Jugnauth, les CP Servansingh et Dip du fait que leur police aille arrêter illico presto et de façon musclée une jeune employée accusée par son boss de détournement de fonds de Rs 3 millions, bien que son avocat avait préalablement informé que celle-ci était souffrante. Alors que ce même boss, qui est lui accusé de harcèlement sexuel et d’attouchements, et surtout de pratique quasi industrielle de paris illégaux, n’ait pas été convoqué par la police jusqu’ici, 50 jours après les dénonciations pour ne serait-ce qu’un simple interrogatoire ? Sans préjudice pour l’un ou l’autre, y aurait-il une police pour les pauvres, musclée, sévère, brutale et une police pour les riches, aveugles, malentendants et amorphes ? Ou, tout simplement, y a-t-il une police pour les protégés du régime qui sont des intouchables ? La réponse est sur toutes les lèvres…

Notre État serait-il aussi un monstre à deux têtes ?

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