Le MTC/MTCSL a rendu, samedi, un hommage fort émouvant et remuant à Nooresh Juglall, jockey décédé dramatiquement, une semaine plus tôt, suite à une chute accidentelle et d’une violence rarissime en pleine course. L’organisateur des courses a montré tout son savoir-faire pour rendre cette cérémonie mémorable, autant elle soulevait une tristesse contenue à la hauteur de la gentillesse du disparu. Mais aussi une sourde colère devant ce qui est ressenti comme une injustice, même si la justice divine rappelle parfois dans son royaume ses sujets les plus aimants au printemps de leur vie. Et comme la cerise sur le gâteau, pour mieux honorer son souvenir, son duo d’employeurs Gilbert Rousset et Soodesh Seesurrun de même que son collègue Nishal Teeha lui ont offert un beau triplé de vainqueurs, dont la course principale avec l’un de ses chevaux fétiches, Alyaasaat.

Il est normal que tout mort d’homme de nature accidentelle et ayant soulevé un tel chagrin à travers le pays et le monde hippique mondial — qui a rendu au jockey mauricien une révérence rare et appuyée, — qu’il y ait une enquête pour comprendre ce qui s’est passé. Le plus important, c’est tout faire pour qu’un drame de cette nature ne puisse jamais se reproduire à l’avenir et que la vie des jockeys soit la plus épargnée que possible. Car le risque zéro n’existe malheureusement pas !

Mais certains ignares ont des visées plus intéressées. En effet, Il y a un appétit malsain dans certains quartiers, proches de l’instance régulatrice, de vouloir utiliser ce malheur qui touche profondément une femme et ses deux enfants et leur famille pour en faire une plateforme malsaine d’accusations, de règlements de compte et de discrédits. Cela est déshonorant. Mais faut-il s’en étonner ? Quand on sait que ces gens-là, messieurs, ces gens-là, comme dirait Jacques Brel, tentent de tirer un capital politique et de se refaire une crédibilité sur le dos d’un mort

En effet, pas moins de quatre enquêtes ont été diligentées. Car il faut trouver un coupable à tout prix. Faut-il s’étonner qu’il soit déjà désigné, déjà condamné. Le but c’est de discréditer ceux qui savent pour mieux asseoir un pouvoir usurpé au fil des années alors que l’expertise fait défaut. Qui ? Sans aucun doute ceux qui ne se plient pas à leurs exigences malsaines. Quoi ? La piste et le champ de courses qui, pourtant, 209 ans durant, a enregistré deux décès. Certes, deux décès de trop, deux familles brisées de trop. À quelles fins ? Justifier l’élaboration d’un nouvel hippodrome à coup de milliards de fonds publics pour assouvir des ambitions malsaines d’un corrupteur dont l’appétit gargantuesque n’a pas de limites. Mais de là à vouloir capitaliser sur l’émotion de cette disparition soudaine et douloureuse est tout simplement choquant.

À trop vouloir en faire, on se fait souvent rattraper par la vérité. Certes, c’était un secret de Polichinelle, mais personne n’avait osé le dire aussi haut et aussi fort, et aussi publiquement. Le pire, c’est qu’elle émane d’un ex-employé de la GRA, l’ancien Head Of Integrity And Compliance de la GRA, le Britannique Paul Beeby, qui a fait ses preuves au sein du puissant British Horse Racing Board dans une position similaire.

Dans l’édition de Week-End du dimanche 23 mai, il raconte : « It’s interesting — in my first meeting with Beekharry in his Office — in my first week. He made it clear his only interest was Paul Foo Kune. His answer was if he was taken out then everything was fixed. Utter rubbish he was just competition for his man Lee Shim. I suggested in the office one day that the problem was also LS (comprenez LEE SHIM). I was told not to mention his name and not to tell anyone I was looking at him. ‘They’wouldn’t like that ! »

Le Britannique a bien confirmé l’existence d’un axe Dev Bheekary, le vrai boss de la GRA, et Michel Lee Shim, « conseiller », « animateur », « bon samaritain » connu et reconnu de nombreuses compagnies, impliquées dans les paris et le bookmaking, dont des sources fiables affirment que les shareholders déclarés ne seraient pour certaines de ses compagnies que des prête-noms. SMSPariaz, le fleuron de cette galaxie qui brasse des millions de roupies, pourtant fondée par Jean-Michel Lee Shim, a étrangement pour unique shareholder l’avoué Pazany Thandarayan. En fait-elle partie ? Il paraît que la GRA possède une information probante à cet effet !

En tout cas, jamais une institution publique n’a été autant discréditée. « The GRA has no desire to resolve any of this because it protects the corrupters », déclare Paul Beeby. Une déclaration fracassante qui n’a même pas eu de réaction de la Newton House ni du bureau du Premier ministre où se tiennent désormais, sans réelle surprise, des réunions de la GRA, loin de sa base légale. Le fameux « They would not like that » est accablant à plus d’un titre que les ordres viennent d’ailleurs qu’à la GRA.

Pour ceux qui doutaient encore des largesses de la GRA à Jean-Michel Lee Shim, les confidences de Paul Beeby ont fourni LA confirmation indiscutable ce qu’une photo de vacances à l’étranger illustre dangereusement, raconte-t-on au Champ de Mars. Et des indices troublants, il y en a. Entre autres, l’acharnement de la GRA de Dev Bheekary, au nom du gouvernement, de mettre hors d’activité à travers le pays les off-course bookmakers, malgré un camouflet judiciaire. Une modification de la loi a, en effet, rayé de la carte ces bookmakers qui opéraient hors-hippodrome et a ouvert la voie royale à un monopole des paris à cote fixe pour SMSPariaz, aux yeux bandés et à la barbe débridée d’une Competition Commission bien silencieuse.

On apprend aussi de Paul Beeby d’autres actes indécents de Dev Beekhary ou de ses lieutenants de la GRA comme le « monitoring » des paris qui « was closed down by Beekhary. I guess we were getting to close to some ! » et que sa tentative d’obtenir des informations concernant les outlets de SMSPariaz « Couldn’t even get it off the ground because it would have exposed him ».  Une preuve s’il en fallait que la volonté étatique de mettre une main ferme à travers son régulateur sur l’organisation des courses au profit de ceux qui financent à volonté le parti au pouvoir est une réalité criante.

Et l’une des personnes qui a voulu s’attaquer à ce qui ressemble fort à une incrustation mafieuse dans le milieu hippique est en train de le payer très cher. Non seulement Jean-Michel Giraud (JMG) est privé de son droit légitime d’occuper le poste de président du MTCSL par l’introduction scélérate d’une licence qui permet à la GRA — institution accusée de protéger les corrupteurs, donc d’être, en quelque sorte, une instruction éventuellement corrompue — de mettre hors d’état de nuire ceux qui veulent y mettre bon ordre et se mettent en travers de leur route. Lorsque JMG a été élu président du MTC, son casier était vierge comme une eau limpide.

Il a suffi qu’il pointe du doigt Jean-Michel Lee Shim et ses organisations, sans les nommer, pour que la GRA, la police et la MRA initient des enquêtes éclair, établissent des accusations sans fondement, décident unilatéralement qu’un article est diffamatoire et exigent des explications sur ses returns d’Income Tax et ceux de sa famille. L’appareil d’État s’est ainsi mobilisé pour que la GRA puisse justifier par un affidavit en cour l’abus d’autorité de ne pas lui octroyer une PML, nécessaire pour diriger la MTCSL.

Et cet État se dit démocratique alors que des mafieux, des trafiquants de drogue et des politiciens corrompus continuent à vivre paisiblement sans être inquiétés. Quelle différence y a-t-il avec cet autre État qui s’octroie le droit de détourner un avion civil en vol pour arrêter l’un de ses opposants, un journaliste. Maurice et Biélorussie, même combat ?

S’il fallait encore démontrer comment cet État fait preuve de partialité, il suffit de se demander comment seuls Rai Joorawon, Jean-Roland Boutanive et un Health Inspector ont été interpellés pour un enterrement, certes interdit, qui a réuni des milliers de personnes. Étrange, mais une étrangeté qui démontre que la GRA pratique clairement une politique de deux poids et de deux mesures, car les charges retenues contre les deux jockeys auraient dû leur valoir le retrait immédiat de leur PML et donc l’interdiction de monter ce samedi, si la logique appliquée à JMG est la norme. Dans la même logique, le board member de la GRA, Dev Bheekary, ne devrait-il pas lui aussi step down vu les accusations portées contre lui ?

Si nous étions vraiment un État de droit, l’ICAC aurait dû, sur la base des déclarations de Paul Beeby à la presse, ouvrir une enquête sur les relations incestueuses entre un régulateur et un opérateur de paris, et les tentacules qui relient ce dernier au « they » qui ne peuvent être que ceux qui sont les marionnettistes de la GRA. Et cela aussi est un secret de Polichinelle !