Les élections au Mauritius Turf Club, vendredi après-midi à Port-Louis, ont livré leurs secrets. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’est passé comme un petit tremblement de terre du côté de la rue Shakespeare. Jean-Michel Giraud, ancien président du club et candidat battu, il y a sept ans, est revenu par la grande porte. Non seulement, il est élu administrateur, mais il reprend, par la même, un poste de président qu’il connaît très bien, pour l’avoir occupé à sept reprises dans le passé. Son colistier, Denis de Spéville, est passé également et conserve, qui plus est, sa place au niveau de l’administration. D’ailleurs, nombreux sont-ils à penser que ce changement à la tête du MTC sera salvateur pour la sphère des courses à Maurice, tout en espérant qu’ils ne seront pas déçus par la suite.
Cette élection 2021, précisons-le, marque un tournant très important dans l’avenir même de l’organisation des courses hippiques à Maurice. Et non des moindres en prenant en considération les moyens colossaux déployés pour faire obstacle au tandem Giraud-De Spéville. On se passera des détails et conditions qui ont prévalu autour de ces élections au cours de ces dernières semaines. Nos fidèles lecteurs savent de quoi nous parlons pour avoir suivi cette longue saga qui trouve sa source bien au-delà du Champ de Mars.
Un vent de changement a donc soufflé sur le MTC. Un vent qui prête à penser à des lendemains meilleurs, même si les finances du club, déjà au rouge, se dressent comme une montagne difficile à franchir. Plus important encore, c’est la démarche de la nouvelle équipe, par la voix de son nouveau président, à faire comprendre que l’organisateur des courses, c’est bien le MTC, tout en prônant le dialogue et l’indépendance de l’organisation des courses. La Gambling Regulatory Authority n’étant que la régulatrice. Ce que l’ancienne équipe n’a pas été en mesure de faire comprendre, ouvrant ainsi la porte à tous les excès, voire mettre dans un confort ce proche du gouvernement MSM, jusque-là, intouchable.
Aussi, le courage, voire l’audace, de ceux qui ont voté pour ce changement et ce, dans un contexte très difficile et certainement très différent des précédentes élections, est à saluer. Le vote étant un droit qui trouve toute sa valeur lorsqu’il est utilisé consciencieusement.
En refusant donc de céder au chant des sirènes, ces membres ont lancé un signal très fort. Non seulement au monde des courses, mais également à la communauté sportive locale. Ce faisant, ils ont prouvé que le bon sens peut toujours primer, à condition que l’on sache dans quelle direction on veut aller et surtout discerner entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas.
Malheureusement, dans certaines sphères du sport local, on peine toujours à passer ce cap, voire à comprendre les priorités de la discipline dont on est censé avoir la responsabilité. Pire. On est devenu amnésique ou presque, ne sachant plus pour quelle raison on a été élu. Sauf que lorsqu’il est question de ses propres intérêts, voire des petits voyages à l’étranger, on semble retrouver subitement son flair. Et c’est justement là que le bât blesse.
Le nouveau président du MTC en sait quelque chose, lui qui a également été président de la Mauritius Tennis Federation dans le passé, et dont le passage est évocateur. Jean-Michel Giraud en sait même une panoplie, lui qui, depuis l’année dernière, a accepté de faire partie du comité de réflexion pour l’assainissement du sport, aux côtés de l’ancien ministre des Sports, Michael Glover, et de Vivian Gungaram de l’Association mauricienne d’Athlétisme, entre autres.
On ne sait pas s’il continuera à apporter son soutien à ce comité après son élection à la tête du MTC. Mais ce qui est sûr, c’est que le combat entamé pour dénoncer la gestion et le fonctionnement du Comité olympique mauricien (COM), sous la présidence de Philippe Hao Thyn Voon, est loin d’être gagné. Car le raisonnement de certains est encore à des années-lumière contrairement au « move » de vendredi au MTC. Et malheureusement, les exemples ne manquent pas. Le Comité international olympique (CIO) en sait quelque chose, lui qui a rappelé, en certaines occasions, un COM qui n’a pourtant pas hésité à faire fi de la Charte olympique, référence même sur laquelle nos fédérations et autres comités olympiques devraient prendre racine !
En somme, nombreux sont-ils les dirigeants sportifs qui ne sont pas prêts pour le changement. Quitte à voir s’enfoncer davantage leurs disciplines dans les méandres. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir le nombre de litiges qui sont passés devant l’Ombudsperson for Sports avant d’atterrir sur la table du Tribunal arbitral du sport (TAS) pour se rendre compte que le sport passe par une période sombre, notamment en se trouvant un autre terrain de jeu. Bien moins amusant et qui ne fait certainement pas honneur à notre pays, contrairement aux athlètes qui, eux, suent nuit et jour pour atteindre des objectifs sains.
à quand donc un éveil de conscience susceptible de voir enfin le sport mauricien prendre tout son sens et reposant, qui plus est, sur des bases solides ? Pas tant que certains ne prendront conscience que le vote est sacré. Gardons tout de même un mince espoir de changement, en prenant en considération qu’il existe toujours, à Maurice, une petite poignée de dirigeants compétents, crédibles et pour qui, les principes ont toujours leur raison d’être.