L’année 2020 ne sera pas différente des précédentes au sein du Mauritius Turf Club (MTC) car, désormais, les désaccords latents au sommet de l’organisation sont de notoriété publique et le dernier épisode d’une rencontre avec le controversé Michel Lee Shim dans un restaurant huppé de la capitale, fortuite, selon le président Kamal Taposeea, organisée, d’après d’autres sources fiables pour discuter l’avenir du MTC, expose au grand jour la différence de vision qui règne au sein de l’institution pour l’avenir. Au point où une majorité du board des commissaires administratifs s’apprêtait cette semaine à demander au président Taposeea de step down, pas comme président du MTC — en tout cas pas pour l’instant —, mais comme responsable du comité travaillant sur le changement statutaire du MTC en tant qu’organisateur des courses, comme l’exige la loi. La réunion hebdomadaire qui devait discuter de la question cette semaine où le couperet devait trancher n’a pas eu lieu. Mais comme au MTC la glorieuse incertitude prime, il ne faut pas s’étonner que la montagne accouche d’une souris. Comme Saint Thomas, il faudra voir pour croire ! Cela dit, il y a belle lurette que les dirigeants du MTC, jadis respectés par tous, ne font plus bloc et sont pointés du doigt pour leur inefficacité. Pour des raisons liées à une vision qui a chancelé au gré des mirages, ou d’une potentielle réélection ou encore d’un favoritisme pour des amis ou au plus offrant, certains administrateurs ont renoncé à leur idéal, au point de diverger de leurs propres collègues. Il n’y a plus de gentlemanship, il n’y a maintenant que du bling-bling, de la danse sur la table et protection nou montagne. Voilà à quoi se résume aujourd’hui la vision des courses. « Je trouve que les administrateurs du club ne prennent pas assez de décisions courageuses. Pourquoi se battre toutes les années aux élections pour ensuite être timorés ? » Cette question lourde de sens de Didier Merven, propriétaire du vainqueur du récent Maiden, Alshibaa, dans une interview courageuse et visionnaire dans l’hebdomadaire Week-End, apporte de l’eau au moulin du désaveu généralisé du travail des administrateurs qui se battent pour le pouvoir, non pas pour travailler et essayer de proposer une alternative à la déchéance actuelle de l’hippisme local, qui pour le propriétaire de l’écurie Maingard n’a pas de « futur sur le modèle actuel ». Pour l’heure, l’impression qui se dégage, c’est que certains administrateurs sont plus prompts à se battre pour une loge pour recevoir parents, amis ou partenaires d’affaires, à faire la fête alcoolisée en fin de journée hippique ou encore faire partie du décor ou remettre des coupes aux vainqueurs, plutôt que de se pencher pour une évolution majeure dont il est clair qu’ils n’ont pour la majorité ni la vision ni le calibre. Le propriétaire Didier Merven a l’humilité de penser que nous devrions faire appel aux autorités hippiques de Hong Kong pour nous aider à sortir de l’ornière. C’est une idée qui mérite d’être approfondie et il a eu raison de rappeler que le Hong Kong hippique des années 1980 était dans la même situation de corruption généralisée que celle de Maurice de ces vingt dernières années.

Pour ceux qui sont sceptiques sur cette perspective, nous faisons écho d’un récent article de nos confrères du South China Morning Post qui précise que le Hong Kong Jockey Club (HKJC) pourrait jouer un rôle clé dans le plan audacieux de la Chine pour promouvoir les courses de chevaux qui sont pour l’heure quasi-inexistante sur le territoire chinois. En effet, le gouvernement chinois a récemment publié un plan quinquennal pour développer les sports équins, dont les courses de chevaux, reconnaissant de par ce fait la valeur d’une industrie florissante. Il n’y a pas eu de pari légal sur les courses en Chine depuis 1949. L’organisation en mars 2019 par le HKJC pour la Chine d’une réunion vitrine sur le tout nouvel hippodrome de Conghua, après y avoir injecté de 3,7 milliards de dollars, est un signe tangible d’une future collaboration incontournable entre la Chine et le HKJC. Pour le moment, le HKJC est un partenaire de coopération de la loterie sportive chinoise. Cela dit, il ne faut pas s’attendre qu’il y ait des courses de chevaux avec paris en Chine avant deux ou trois ans, selon le HKJC. Avec cet éventuel partenariat du HKJC avec la Chine, une collaboration du MTC avec le Hong Kong Jockey Club aurait encore plus de sens, mais encore faut-il qu’ils aient des interlocuteurs crédibles.

Comment est-ce que le MTC pourrait l’être, lorsque l’autorité hippique mauricienne fait preuve d’un amateurisme désarmant dans ce qui constitue l’affaire Bernard Fayd’herbe, qui avait été trouvé positif, sans contestation possible, à un alcootest lors de la 18e journée ? Comment une organisation qui se veut et se dit respectable ne se dote pas de processus de contrôle standardisé et labélisé d’une qualité et d’une fiabilité incontestable ? Le jockey de l’écurie Allet a donc usé pour ne pas dire abusé de cette faiblesse pour échapper à l’incontournable sanction, une aubaine qui le prémunit d’interdiction implacable dans les juridictions hippiques internationales, comme Hong Kong, le Japon et d’autres où il aurait déjà été cloué au pilori manu militari. Il n’aurait sans doute même pas osé. C’est vous dire la crainte et le respect que notre institution hippique inspire. Nous nous demandons même si nos Racing Stewards ne sont finalement, eux aussi, pas heureux de ce dénouement et se sont prémunis d’un warning illégal — soit il est coupable, soit il ne l’est pas — pour sauver la face. Mais à tout côté pile d’une pièce, il y a le côté face. Et de ce côté-là, sans vouloir faire de la démagogie à deux pièces, il est malheureux que la mansuétude des commissaires dans le cas Fayd’herbe tranche avec la sévérité extrême assenée au jockey Bardottier. Lui n’a pas les moyens aux conseils légaux pour lui dire que la pièce à conviction témoignant des accusations faites à son égard n’a pas de locus standi. En

effet, la décision de le priver de sa licence de monter en course n’est pas valable si elle n’est pas soutenue par la connaissance de l’identité de ceux qui ont enregistré la conversation, de celui qui a remis l’enregistrement à l’entourage de l’écurie Gujadhur, et si le membre de cette écurie qui a reçu l’enregistrement ne peut identifier celui qui lui a remis l’enregistrement. Il y a comme dans le cas de Bernard Fayd’herbe vice de procédure. Comme quoi, la justice à deux vitesses est souvent une réalité sociale au Champ de Mars. C’est d’ailleurs sur vice de procédure, parce que ses droits n’avaient pas été respectés — Il n’avait été ni entendu ni appelé par la commission Parry — que l’ex-entraîneur Bud Gujadhur a vu les accusations contre lui être rayées. Ce n’est que justice pour cet ancien haut cadre respecté de la Banque de Maurice qui appartient à une famille où la probité est un mode et une obligation fondamentale de la vie. Cet écueil majeur met à mal la crédibilité même de ce rapport pourtant révélateur à bien des égards de l’état de corruption systémique de nos courses à cette époque, comme illustré par l’affaire de la course scandaleuse de Gemmayze Street. Et depuis, rien n’a vraiment changé, si ce n’est que le blanchiment de l’argent de la drogue a intégré davantage la machine à laver que constitue les paris hippiques au fixed-on betting. Qui aura, comme le préconise Didier Merven, maintenant le courage de mettre fin au fixed-odd betting alors que le quasi-monopole de ce mode de paris est pratiqué par un conglomérat, financier d’un parti politique ? Ni la GRA ni le gouvernement actuel qui ont aussi usé de vices de procédures et de colourable devices pour éliminer la concurrence!