Vous lirez plus loin dans cette édition un article concernant les errements teintés d’une partisanerie manifeste de la Gambling Regulatory Authority (GRA) qui n’a pas hésité une seconde à enfreindre les Rules Of Racing 2021 qu’elle avait elle-même approuvés en début de saison. Il est extrêmement grave qu’une institution, censée faire appliquer les règles, les viole sans coup férir sans avoir des comptes à rendre à quiconque. Imaginez un instant que ce fut le Mauritius Turf Club Sport & Leisure Ltd qui avait abusé de son pouvoir, que n’aurait-on pas entendu, sur-le-champ ? Convocations pour explications, échanges de lettres et sanctions auraient plu. Mais quand l’autorité a fané — et nous sommes polis — elle peut « get away with murder ». En effet, il ne faut compter sur son ministère de tutelle pour la rappeler à l’ordre parce qu’au sein de l’État aujourd’hui, ce sont les conseillers, les nominés politiques ou autres attachés de presse qui ont la clé du pouvoir, pas les élus ni les fonctionnaires, ce qui illustre la dangereuse dérive qui s’incruste chaque jour au sein de notre démocratie.

La grave faute commise par la GRA est passée comme une lettre à la poste. Elle a modifié le programme officiel de la course principale, en modifiant les poids relatifs de chaque cheval de la journée de samedi dernier, en se perdant en conjectures, alors que les premiers paris étaient déjà engagés, ce qui constitue un véritable viol des rules and regulations des courses hippiques à Maurice et un manque de respect vis-à-vis des turfistes.

Nous ne ferons pas injure au Chief Executive de ce corps parapublic de dire que la science du handicap est loin d’être son domaine de compétence, mais c’est la dure réalité. Pas étonnant que « sa décision » ait pris deux heures pour faire surface. Les mauvaises langues prétendent que leur conseiller en la matière, celui qui rédige toutes les réponses adressées au MTCSL, était retenu ailleurs, ce qui a occasionné le retard dans cette décision controversée par ailleurs. Si cette information de lettre à quatre mains se confirme, non seulement la décision est illégale, mais elle est aussi teintée d’un favoritisme qui ferait que « zot mem proteste, zot mem sanze ». À force de vouloir jouer à l’expert, la GRA s’est gourée une nouvelle fois et a montré l’étendue de son incompétence et son manque de connaissance dans le domaine hippique.

Et dire que c’est cette bande qui siège au board de la GRA qui va choisir les personnes qui seront à la tête de la Horse Racing Division (HRD). Il y a de quoi s’en inquiéter. Le board actuel était déjà en gros celui en vigueur en 2016 et qui sévit toujours en 2021. À l’exception de Raouf Gulbul, qui a été contraint de quitter ses fonctions de président de la GRA, vu les accusations qui ont pesé sur lui lors de la commission d’enquête sur la drogue du juge Lam Shang Leen. La GRA n’a pas nécessairement gagné au change, car il a été remplacé par un homme du même acabit, le fonctionnaire de carrière, aujourd’hui secrétaire aux affaires intérieures, Om Dabiddin, un rescapé de l’affaire MedPoint. Pas étonnant qu’ils aient recruté le très controversé Australien Wayne Wood, « Shifty Woody » pour ceux qui sont dans les mêmes eaux troubles que lui, qui, étrangement, a le même profil et lui aussi des squelettes dans son placard. L’expression qui se ressemble s’assemble n’aura jamais été aussi vraie.

Pour en revenir aux membres du board de la GRA, il faut faire crédit à Turf Magazine d’avoir tout de suite flairé qu’il était truffé de personnages qui n’ont aucune expertise hippique et d’avoir dénoncé dès 2016 qu’ils prenaient sans aucune connaissance des décisions qui influeraient sur la bonne marche de l’industrie hippique locale. Comme cette décision idiote qui a fait de l’hippisme mauricien la risée du landerneau hippique mondial, à la hauteur du niveau de réflexion de son auteur, de ne pas permettre des courses à moins de six chevaux ! Ce même centre de décision a modifié ce règlement pour les catégories supérieures à quelques semaines de la fermeture d’une récente saison. Cet autre viol des propres lois de la GRA a permis à un établisse ment de s’assurer du titre de champion des écuries.

Il est réconfortant de lire aujourd’hui dans le rapport d’implémentation du rapport Gunn-Scotney que les préoccupations de ces éminents experts hippiques étaient les mêmes que celles de Turf Magazine à l’époque. : « The GRA still faces some significant challenges… An issue that has concerned the Consultants is the current composition, functions and powers of the Board of the GRA (Section 5-7 of the GRA Act 2007). Those concerns reflect the strong political involvement in the Board — all 10 representatives are either appointed by the Minister or are from Government Departments — and the perception of political influence over the sport of horseracing, and betting thereon which the functions and powers provide. The Consultants note with concern that no-one on the Board has expert knowledge or experience of horseracing or betting and yet the GRA issues “Directives” impacting upon the sport and licenses/monitors the betting industry. Also, although a Regulatory Authority and not a Sports Body, the political powers and influence the GRA currently has over horseracing “fly in the face” of international good practice) which emphasis that Sport should be autonomous and free from Political control/interference. A new Independent MHA will help to regularise those matters as far as horseracing is concerned but the GRA would do well to review its composition, functions and provisions under the GRA Act particularly in respect of introducing some betting expertise to facilitate the attack on illegal betting. This illustrates the importance of having two separate Governing Boards for the MHA and the GRA to avoid any conflict between horseracing and betting. »

Pour mieux comprendre les enjeux associés aux courses hippiques aujourd’hui, il fait savoir que tout découle de l’affaire de course truquée de Gemmayze Street en 2015. Ainsi, le gouvernement mauricien d’alors, sous le primeministership de Navin Ramgoolam, avait demandé à Richard Parry, épaulé par Gunn et Scotney, de mettre sur pied une commission d’enquête qui a fait un certain nombre de recommandations. Le rapport, daté d’environ décembre 2015 quand le gouvernement avait changé, avait finalement été rendu public, mais son interim report avait mystérieusement disparu, avec les doigts pointés vers Dev Bheekary, qui affirme jusqu’à aujourd’hui n’avoir jamais eu ce rapport intérimaire en main.

Entre-temps, le gouvernement de SAJ a pris le relais. Le PM a alors chargé Gunn et Scotney de mettre en œuvre le rapport Parry et d’aider à sa mise en application. Le duo britannique n’a jamais pu remettre à SAJ le rapport personnellement puisque Dev Bheekary leur a fait accroire qu’il ne pouvait les recevoir. Par contre, le conseiller du PM a bien eu quatre rapports en main. Qu’en a-t-il fait ? Pourquoi n’a-t-il jamais été rendu public ? Est-ce parce qu’il a été traité par le board en gros, d’incompétents, de nominés politiques qui devaient tous quitter leurs postes ? Le rapport est daté de mai 2016. Alors pourquoi cela a-t-il pris autant de temps pour qu’on adresse une seule des 13 recommandations maintenant ? Surtout que contrairement aux conclusions de Gunn-Scotney, cet amendement revu et corrigé à la sauce Bheekary devrait renforcer le poids politique sur les courses et ainsi mettre à mal son indispensable indépendance comme le souhaitait Ben Gunn dans son rapport.

Selon des proches du dossier à la GRA, Dev Beekhary n’a pas aimé ce rapport. Alors pas du tout. Parce que son « expertise en matière hippique » était personnellement mise en cause. Lui le boss incontournable de cette organisation qui a la main lourde pour des gens peu recommandables et s’attaque à ceux qui défendent une vision honnête et réaliste des courses. Il l’aurait effectivement « mis à la poubelle » ou au « fond d’un tiroir ». C’est la raison pour laquelle ce rapport n’a jamais fait surface et n’a pas été rendu public, quoiqu’il ait été payé des frais du contribuable.

Il est clair que si le rapport était mis en œuvre correctement, la solution au problème des courses serait en grande partie résolue. Le débat est actuellement autour de la Horse Racing Division ou la Mauritus Horseracing Authority, qui doivent être indépendantes de la GRA et du gouvernement pour pouvoir fonctionner librement !

Dans ce contexte, des recherches pour un Head of Horseracing avait déjà débuté en janvier 2019. Deux personnes, une de la British Horse Racing Association (BHA) et une autre de l’Australie, avaient été interviewées. Ils étaient des experts en lecture des courses et en paris. Probablement les meilleurs du monde. C’est l’expert de la BHA qui avait été choisi pour le poste. La GRA a renoncé à cet éminent personnage du monde hippique. C’est sans doute parce qu’il était bon, qu’il avait une intégrité totale qu’ils lui ont préféré Wayne Wood… et son passé « chelou ». Encore un viol de la décence et de la droiture de la part de la GRA envers les courses qui ne peuvent survivre que dans une atmosphère de droiture, d’intégrité, apolitique et d’expertise. La composition de GRA répond-elle à ces critères ?

À en croire Gunn, non. Depuis que ce rapport a été dépoussiéré cette semaine, il n’a qu’une issue… la démission collective du board de la GRA. Mais il ne faut pas rêver, nous sommes à Maurice… où s’accrocher à son strapontin et violer les principes est un art de vivre pour les potentats !