La nageuse mauricienne Élodie Poo Cheong, aux États-Unis depuis cinq ans, est de retour. C’est en compagnie de son petit ami, l’ancien nageur mauricien Darren Chan Chin Wah, qu’elle est rentrée à Maurice samedi dernier. Ils sont tous les deux actuellement en quarantaine à l’hôtel Veranda à Grand-Baie, après avoir transité par Chicago et Dubaï. Élodie Poo Cheong a connu une expérience assez terrifiante et une prise de conscience concernant la pandémie de Covid-19 aux États-Unis. Ses perspectives et ses priorités ont un peu changé pendant le confinement, dit-elle. Elle ne perd toutefois pas de vue la natation.

Au début du confinement, comme beaucoup de personnes, Élodie Poo Cheong pensait que ce serait une courte phase. Malheureusement, la situation s’est détériorée aux USA et plusieurs facteurs ont contribué à sa prise de décision de rentrer à Maurice. D’abord, la gestion de la pandémie qu’elle ne trouvait pas rassurante aux États-Unis alors que le virus se répandait dans tous les États, le coût très élevé des soins médicaux, les licenciements massifs, entre autres.

« Comme j’avais fini mes études et que mon permis d’étudiant allait bientôt expirer, je voulais chercher un permis de travail. Toutefois, compte tenu de la situation, c’était plus raisonnable de rentrer. Au niveau de la santé, il n’y avait aucun plan pour les migrants et les étudiants étrangers. Si nous étions donc infectés, cela aurait été très compliqué et dangereux pour nous. Au niveau de l’emploi, comme dans plusieurs pays d’ailleurs, on ne pouvait plus, surtout en tant qu’étrangers, s’attendre à quelque chose », déclare Élodie Poo Cheong.

La nageuse se dit satisfaite de la manière et de la rapidité avec laquelle elle a pu rentrer après avoir entrepris ses démarches. Elle a pu remplir des fiches pour être rapatriée, en passant par l’embrassade de Maurice à Washington. Elle a été rapidement mise sur une liste et une semaine plus tard, elle a reçu un appel concernant un vol de Dubaï vers Maurice. Évidemment, elle l’a accepté sans perdre de temps. Elle a effectué le test PCR aux États-Unis avant son départ, mais cela n’a pas été évident de trouver un laboratoire.

Le confinement
aux USA

« Nous devions faire spécifiquement le test PCR pour pouvoir prendre l’avion et il y a de petites choses comme ça qui nous ont plus stressés que de trouver un vol pour rentrer à Maurice. Aucun laboratoire au départ ne pouvait vraiment nous renseigner où faire ce test. Une fois cela fait, nous sommes partis en prenant toutes les précautions nécessaires », fait ressortir Élodie Poo Cheong. Avec Darren Chan Chin Wah, ils ont une fois de plus été testés en quarantaine à Maurice.

La nageuse est donc restée au moins quatre mois en confinement aux USA. Elle a pris beaucoup de plaisir à faire de la pâtisserie sa nouvelle passion et à prendre soin de sa santé physique et mentale en faisant quotidiennement du yoga, par exemple. En tant que nageuse, elle doit souvent consommer des aliments nutritifs mais rapides et pas toujours goûteux. « Je pouvais passer des heures en cuisine, chose que je n’ai pas le temps de faire d’habitude. J’ai pu regarder plusieurs films également », confie-t-elle. Élodie Poo Cheong estime également que Darren Chan Chin Wah a été d’un grand soutien pour elle et vice-versa. Une telle situation à affronter seule et loin de sa famille est terriblement difficile.

« Le confinement était un temps de réflexion pour beaucoup de personnes. J’ai connu des personnes qui ont été infectées par le coronavirus aux États-Unis et j’ai pu entendre leur témoignage. Ce n’est pas une maladie à prendre à la légère. La souffrance physique et les autres dégâts collatéraux sont trop importants, sans même parler des décès. Les États-Unis ont tout ouvert trop rapidement », dit Élodie Poo Cheong. À présent, passer du temps avec sa famille et profiter de chaque instant est devenu sa priorité. « J’ai hâte de me rendre à la plage », dit-elle.

Back to CAMO

En ce qui concerne la natation, elle soutient que cette situation a bouleversé ses projets et a changé l’ordre de ses priorités. Alors qu’elle voulait consacrer une année à sa préparation en vue des Jeux Olympiques, elle a tout arrêté vers la mi-mars cette année. « Mon club avait repris la natation à la piscine avant mon départ. En voyant la situation, je ne me suis rendue à aucun entraînement. C’était trop risqué et ma priorité était de rentrer », souligne-t-elle. Élodie Poo Cheong avoue que ses objectifs en natation ayant complètement changé, la motivation n’y était plus. Aux USA, son entraîneur et son club de natation étaient de très gros atouts. Elle verra avec son club local, le CAMO, les nouveaux plans de reprise une fois qu’elle sera sortie de la quarantaine.

En effet, Élodie Poo Cheong n’a pas encore informé son club aux États-Unis concernant son départ qui pourrait durer longtemps voire pour toujours. Elle pense beaucoup à sa carrière en ce moment et au Canada pour l’avenir. « Les choses se sont faites rapidement pour mon départ et je ne pouvais pas penser à la natation ou à informer les gens. C’est une situation assez angoissante. Je remercie mes parents et mes frères et sœurs pour leur soutien. Je n’ai pas pu faire dire au revoir comme je le voulais à mes amis. Mon entraîneur, je l’ai brièvement informé et il a compris. Cinq ans avec des projets que j’avais en Amérique, c’est un chapitre qui se ferme et j’ai le cœur lourd en y repensant quand même… mais c’est la vie », confie Élodie Poo Cheong.

Elle n’oubliera jamais le dévouement et les encouragements de son entraîneur envers elle. Il avait placé beaucoup d’espoir en elle pour sa participation olympique. « Quoi qu’il en soit, je reste dans la natation et je compte acquérir mon expérience professionnelle à Maurice dans un premier temps », conclut-elle.