Photo illustration

Pour la réalisation du projet du Metro Express à Floréal, l’État a recours actuellement aux négociations pour acquérir les biens et les terrains sur lesquels seront construites les infrastructures du projet. Deux semaines se sont écoulées depuis que les occupants de ce propriétés ont reçu une missive du ministère du Logement et des Terres leur demandant d’évacuer les lieux avant la fin du mois de juin. Le document contient en outre la proposition d’une compensation financière ainsi qu’un dossier justifiant le montant de l’offre. Le moins qu’on puisse dire est que les négociations qui visent à verser des indemnisations à quelques dizaines d’habitants sont ardues, dans la mesure où certaines maisons devront être détruites. Reste que l’exercice de démolition des murs et clôtures a démarré sur certaines parcelles.

La route Sivananda, à Floréal, changera complètement d’allure en 2022 à l’issue des grands travaux de la phase 2B du Metro Express qui verront apparaître deux voies de chemin de fer, comme ce fut le cas jadis lorsque les trains sillonnaient la zone. « J’avais 15 ans lorsque mon défunt père a entrepris de construire, dans les années 1960, notre maison autour du site de l’ancien chemin de fer », nous confie Rajendra S. Prévoyant que les routes ferroviaires allaient tôt ou tard renaître de leurs cendres, son père prend alors la précaution de bâtir la maison en retrait de 40 mètres de la ligne ferroviaire et de la route Sivananda, qui était connue à l’époque comme le Chemin du Sucre. « Je me souviens avoir dit à mon père d’agrandir la maison car on avait assez d’espace pour le faire, mais il ne voulait pas en entendre parler. Je me rends compte aujourd’hui qu’il avait raison », souligne Rajendra S. Un ouf de soulagement pour lui et sa famille, car hormis une petite partie de sa cour et du mur qui le sépare de son voisin, aucune partie de sa maison ne sera détruite. À la faveur d’une compensation financière qu’il a acceptée, le mur mitoyen a déjà été démoli, vendredi dernier, au même titre que ceux de deux autres habitants de la localité.

Une cinquantaine de structures situées au pied du ou sur le tracé à Floréal seront détruites pour faire place au chantier. Les formalités à accomplir en vue d’acquérir les biens nécessaires à la réalisation du réseau sont passées à une étape supérieure au cours de la semaine écoulée. Après plusieurs mois de négociations, le ministère du Logement et des Terres, qui privilégie au préalable l’approche d’acquisitions de gré à gré, a envoyé un courrier aux habitants impactés, le 8 juin, dans lequel il est indiqué qu’ils ont 15 jours à partir de la réception de la lettre pour « quit and vacate the State Land. » La missive comporte la proposition d’indemnisation ainsi qu’un dossier justifiant le montant de l’offre.

« Mo bizin dimounn konsey mwa »

Or, contrairement à Rajendra S., une dizaine d’habitants refusent pour l’instant les mesures de compensation qu’on leur offre, estimant que la proposition d’indemnisation des autorités est largement sous-évaluée. En vertu de certaines provisions de la Land Acquisition Act, du moment où ces personnes sont informées de la volonté́ du gouvernement d’acquérir obligatoirement leur terre ou leur maison, les occupants touchés par l’ordre d’évacuation ont la possibilité́ de contester le montant de leurs indemnités auprès d’un Board of Assessment, tout en étant obligés de quitter leur propriété́. C’est ce que va entreprendre Azad T., qui verra sa maison à étage détruite à 50% dans les semaines à venir pour laisser place aux travaux. Dans ces circonstances, ce dernier va tout bonnement devoir abandonner la demeure qu’il a façonnée au fil du temps pour acheter ou construire une autre maison. « Certes, je suis conscient d’avoir construit ma maison sur les terres de l’État, mais comprenez que cette situation est un cauchemar pour ma famille et moi. C’est pour cela que je juge la compensation qu’on m’a proposée comme dérisoire », indique Azad T., qui a retenu les services d’un évaluateur immobilier dans l’espoir d’obtenir un meilleur prix.

Le ministère du Logement et des Terres s’apprête à acquérir 64 m2 de terrain où Deoraj Boodhoo, un habitant de la rue Sivananda, a construit sa maison il y a plusieurs années. Le septuagénaire, qui nous confiait, il y a deux semaines, avoir reçu une proposition de Rs 647 100 en guise d’indemnité, envisage après concertations avec son épouse, de refuser l’offre et se référer au Board of Assessment. « Mon balcon, mon mur de clôture et mon garage vont être détruits et je n’aurai plus de cour. Où vais-je garer mes deux voitures ? J’estime que l’offre est insuffisante pour le préjudice causé par l’acquisition obligatoire », nous confie Deoraj Boodhoo. Là où le bât blesse, selon lui, est la perte d’intimité qu’engendrera la reconfiguration de la route Sivananda. « Le trottoir sera juste devant la fenêtre de ma chambre. Loto pou passe à enn met mo lakaz. Li pa fasil et dan sa bann moman-la mo bizin dimounn konsey mwa » ajoute-t-il.

La question relative à la suppression des garages est sur les lèvres des habitants de Floréal, d’autant que la majorité d’entre eux possèdent une voiture. Sollicitée, une source à Larsen & Toubro indique qu’ « il restera à définir les modalités d’accès à des places de parking à la fin des travaux en 2022, mais je tiens à rassurer les habitants que des aires de stationnement seront aménagées pendant toute la durée des travaux. »