Arrêtons le baratinage passons aux choses sérieuses

Il n’est jamais trop tard de se rattraper et c’est ce qu’on assiste actuellement sur l’échiquier politique, avec un gouvernement qui a rouvert sans grande surprise, les grands dossiers sur lesquels il n’a jamais eu les coudées franches. Et c’est le Premier ministre Pravind Kumar Jugnauth lui-même qui a pris son bâton de pèlerin pour essayer de convaincre la population, et de remettre quelque peu les pendules à l’heure. Opération de rattrapage, mission de séduction, appelez ça comme vous voulez, mais la stricte vérité est, que c’est du déjà vu ! Reste maintenant à savoir la réaction de la population qui, il faut bien le dire, a eu à porter de lourds fardeaux durant ces quatre dernières années.
Nous aurions pu énumérer les nombreux échecs du gouvernement, mais nous ne parlerons que de l’industrie hippique car c’est notre terrain de chasse. Retour en arrière. Nous sommes le mardi 3 août et nous sommes à l’Assemblée nationale à l’heure des débats et vers la fin de la session, le Premier ministre monte sur ses grands chevaux pour parler de l’implantation de la Horse Racing Division et la vision du gouvernement par le biais de la Gambling Regulatory Authority, dirigé par son ‘senior advisor’ Dev Bheekarry.

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Ces belles paroles sans lendemain du PM
Avec le même sérieux qu’il s’est adressé aux jeunes lors de sa récente apparition au Dr Maurice Curé State College pour parler de la campagne ‘Unis contre la drogue’, il avait déclaré entre autres :
« Clairement donc, la mise sur pied de la Horse Racing Division sera un ‘game changer’, non seulement pour l’industrie hippique mais aussi pour le MTCSL… Je le redis, le gouvernement agit de bonne foi et je donne encore une fois l’assurance que la Horse Racing Division sera composée d’experts et de professionnels qui agiront en toute indépendance… What this Government truly wishes is that the horseracing industry adopts integrity and professionalism as the cornerstones of its future development. We want to breathe a new life into an industry which deserves better.»
Pravind Kumar Jugnauth avait même ajouté : « Je suis convaincu que dans peu de temps, ceux concernés par l’industrie hippique nous remercieront pour avoir pris les décisions qui s’imposent pour assainir les courses et assurer leur pérennité… M. le président (Ndlr : en s’adressant au Speaker), nous avons en tout cas la détermination et la ténacité de mener à bien la réforme à plusieurs volets, entamée depuis 2015 dans le secteur hippique. Je veux que cela soit bien compris de tous.» Message reçu cinq sur cinq !

Vous avez dit héritage !
En tout cas, à ce jour l’héritage hippique que voulait léguer le Premier ministre aux turfistes, a été plutôt un ‘flop’, un échec, voire un désastre total. Il voulait que les turfistes s’unissent derrière lui pour mâter ce qu’il qualifiait alors, la ‘mafia des courses’, mais en fin de compte c’est tout à fait le contraire qui s’est produit. C’est la vraie mafia tout court qui a pris le contrôle de toute l’industrie hippique, allant de l’importation des chevaux jusqu’à le monde du ‘gambling’, en passant par l’organisation des courses où le MTC/MTCSL a été dépouillé de toutes ses prérogatives sans oublier le ‘hijacking’ du Champ de Mars qui a été ensuite confié à ceux qui ont transformé ce patrimoine unique en une agglomération où règne désormais en maître des ‘bouncers’ dont certains ont été recrutés de la force policière.
Si Pravind Kumar Jugnauth avait l’espoir de réformer l’industrie des courses, aujourd’hui les turfistes sont unanimement d’avis qu’il est passé à côté de la plaque et qu’il a tout déformé ou plutôt tout détruit. 200 années d’histoire ont été rasées par orgueil et arrogance sans prêter la moindre attention et la moindre considération à ceux qui y gagnaient honnêtement leur vie. Oui, le PM a été sans pitié contre cette industrie qui ressemble maintenant à un drogué avec des yeux cernés, un physique fragile, tremblant de la tête au pied et qui n’en peut plus.
Cette parenthèse était nécessaire pour bien vous faire comprendre qu’il est très facile aux politiciens de vous vendre des projets et des rêves en les emballant dans des discours mielleux avec la promesse que des lendemains meilleurs nous attendent, mais dans la majeure partie des cas, le résultat final est catastrophique et va même à l’encontre des aspirations de la population et de ses intérêts.

Le mal est palpable,
visible et évident
Maintenant que le mal est fait et qu’il est palpable, visible et évident, qui viendra à la rescousse du sport hippique pour rendre justice à ces employés qui depuis des mois vivent sans salaires et qui n’ont plus le sou pour subvenir aux besoins de leur femme et enfants ? Ils ne méritaient pas un tel sort et une telle injustice tout comme le MTC ne méritait pas d’être humilié et d’être poussé vers la porte de sortie.
L’opposition a déjà pris des engagements pour rétablir le MTC dans ses droits légitimes. Certes là encore, ce ne sont que des promesses, mais la situation du MTC et de l’industrie hippique ne pourrait être pire qu’elle ne l’est actuellement sous l’ère du Mouvement Socialiste Mauricien. Même l’État en fait les frais de ce désordre indescriptible avec une baisse drastique des revenus comme confirmé par le ministre des Finances Renganaden Padayachy. Le gouvernement gagnerait beaucoup plus avec le MTC qu’avec la People’s Turf PLC. Sa contribution au Produit Intérieur Brut du pays était de 1,7% en 2018. En 2018, cette contribution était de 1.7%. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Comment se remettre en selle ?
Avec les élections générales qui se profilent à l’horizon, tout le monde dira que l’industrie des courses est à la croisée des chemins. Faux ! Elle est déjà perdue et seule une refonte complète et sérieuse en prenant des décisions courageuses et sans ambiguïtés et en rendant à César ce qui appartient à César qu’elle pourrait possiblement se remettre en selle.
Mais dans n’importe quel cas de figure, elle aura besoin dans un premier temps la compréhension et un support indéfectible du gouvernement, car il est vrai de dire que très peu de politiciens maîtrisent l’immensité et les difficultés de cette industrie. Les exemples ne manquent pas, à commencer par le PM lui-même et de son ministre des Finances sinon ils n’auraient jamais pris place dans cette embarcation de fortune qui aujourd’hui, prend eau de toutes parts. Et s’ils ne font pas attention, ils risquent en toute franchise, d’échouer sur les récifs, à l’image du Wakashio ou comme on le dit très souvent dans le jargon hippique ‘tass lor poto’.

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