À deux minutes après minuit, imperturbable, le doyen de l’Assemblée nationale, que ce soit en termes d’âge ou de présence au sein de l’hémicycle, soit depuis les élections générales du 21 décembre 1976, le leader du MMM, Paul Bérenger, a entamé son intervention sur le budget. La partie gouvernementale n’a pas voulu céder à l’appel de permettre au dernier orateur de l’opposition de s’adresser à la Chambre lors de la séance de demain, qui sera exclusivement réservée aux frontbenchers de la majorité, à savoir la vice-Première ministre et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, le Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme, Steven Obeegadoo, et le Premier ministre, Pravind Jugnauth.

En tout cas, le ministre Alan Ganoo n’aura pas eu ce privilège parce qu’il a dû donner lecture à l’un des plus longs discours, soit de 22h40 à 00h02, de la série budgétaire jusqu’ici dans la soirée d’hier. Et cela en dépit des protestations du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, devant l’absence de décence de la part du ministre Ganoo vu qu’il y a de « Senior Members who are hoping to speak at a decent time. He must have some respect ». Mais Alan Ganoo reprendra la lecture de son discours sans broncher.

De son côté, c’est avec un sourire des plus détendus en dépit de l’heure tardive (00h02) que le leader du MMM a entamé son discours en soulignant que le downgranding de Moody’s, le rapport du Fonds monétaire international et le Country Economic Memorandum de la Banque Mondiale constituent « trois coups de tonnerre dans le ciel économique de Maurice, soit trois sévères avertissements. »

Mais Paul Bérenger devait regretter que « mais tout cela n’a pas empêché le ministre des Finances de déclarer au paragraphe 428 que we will ensure that our public finances remain sound. Mais la vérité est que l’économie est dangereusement mal en point et cela d’avant le Covid. » Il a soutenu que la Banque mondiale, le FMI et Moody’s attendent Maurice au tournant avec la détérioration du déficit budgétaire et de l’endettement massif.

Il a remis en question les chiffres cités par le ministre des Finances que ce soit par rapport au déficit budgétaire, qui devra atteindre le double des prévisions pour attteindre 10%, la dette publique, qui est déjà à hauteur de 100% du PIB, le chômage à 100 000 sans-emploi ou encore l’inflation à 10%. Il a dénoncé la gymnastique comptable de la Banque de Maurice et du ministre des Finances au sujet des Rs 28 milliards ou encore des Rs 80 milliards de la Mauritius Investment Corporation et les Rs 60 milliards puisées des coffres de la Banque centrale.

Sur ces points susmentionnés, Paul Bérener a déclaré qu’il « n’est pas trop tard pour cesser de manipuler les chiffres et de dire la vérité à la population ». « La présentation du budget était une occasion de dire la vérité à la population et de prendre des mesures nécesaires pour relancer l’économie. Mais cela a été une occasion ratée », a-t-il ajouté.

Le leader du MMM s’est permis de poser des questions sur la réouverture des frontières à partir du 15 juillet. Il regrette que dans le cadre de cette relance du tourisme, rien n’a été dit au sujet de la compagnie aérienne nationale. « Sans Air Mauritius, ce sera encore plus difficile, sinon ce sera impossible relancer le secteur du tourisme. Je ne joue pas aux rabats-joie et il faut regarder le choses en face », a-t-il dit.

Toujours en ce qui concerne la relance économique, Paul Bérenger a fait état des graves difficultés dont fait face l’industrie sucrière, tout en réclamant que le rapport de la Banque mondiale sur la réforme de ce secteur soit rendu public. Il devait se féliciter de la teneur de l’intervention du ministre Joe Lesjongard sur le secteur énergétique.

Mais très vite, le leader du MMM a tiré le signal d’alarme sur le secteur de la pêche au thon, une filière d’activités avec plus de 5 000 emplois à Maurice. Il a fait état de risques de l’écroulement du stock de thon dans l’océan Indfien en raison de la surpêche et l’absence d’accord au sein de la Commission des Thons de l’océan Indien. Il a fait un appel aux autorités de s’assurer de la coopération des autres pays riverains de l’océan Indien pour éviter une catastrophe au niveau de la conserverie de thon.

En dernière partie de son intervention, qui a pris fin à 1h02, Paul Bérenger a exprimé ses appréhensions devant la possibilité d’un nouveau downgrade de Moody’s avec des effets dévastateurs pour les banques et le secteur offshore. Il a exprimé le souhait de voir le gouvernement rectifier le tir par rapport au déficit budgétaire et à l’endettement. Auparavant, il avait commenté la problématique de la corruption, du money laundering et le maintien de Maurice dans la Grey List de la Financial Action Task Force et de la Black List de l’Union européenne.

Des incidents sont survenus vers 00h45 avec le ministre Ganoo traitant Paul Bérenger, son ancien leader, de « kolon » et ce dernier le qualifiant de caméléon politique. Le Deputy Speaker devait intervenir fermement pour exiger au ministre de se rétracter et à Paul Bérenger de returer le mot caméléon.