Soopramanien Kistnen

Au No 8,  le ministre Yogida Sawmynaden, l’ombre derrière les Covid-19 Emergency Procedures, vient se joindre à son colistier, le PM, Pravind Jugnauth, dans la tourmente politique
Une quasi-certitude: le ministre du Commerce fera l’objet d’une motion de convocation devant la Cour de Moka pour des explications autour des deals de la STC avec l’un de ses agents au No 8
Soopramanien Kistnen, dont la dépouille calcinée avait été découverte dans un champ de cannes à Telfair Moka, drogué au pethidine par ses agresseurs le vendredi 16 octobre
Angus Road Saga Saison II : l’ICAC bute sur le plan de situation du 22 juin 2004 avec les signatures du couple premier-
ministériel et enregistré officiellement au Registrat General

L’Hôtel du gouvernement est pris en otage. C’est le cas de le dire treize mois après les élections législatives, dont des résultats font encore et toujours l’objet de pétitions électorales en Cour suprême et en dépit de la parade au Sun Trust, mercredi, au sujet de la mainmise sur les conseils de district dans le sillage des élections villageoises du 22 octobre. Ainsi, les révélations accablantes, vendredi, de Simla (Shakuntala) Kistnen devant la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath présidant l’enquête judiciaire sur le meurtre allégué de son époux, Soopramanien Kistnen, âgé de 52 ans, sont venues se greffer sur le scandale à rebondissements d’Angus Road Saga, lourd d’une dizaine d’années d’enquête de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC). A ce stade, une quasi-certitude dans cette nouvelle affaire ébranlant l’Hôtel du gouvernement est que Yogida Sawmynaden, ministre du Commerce et colistier du Premier ministre et leader de L’Alliance Morisien, Pravind Jugnauth, doit tôt ou tard faire face à un questioning formel au sujet de ses relations avec l’agent du MSM au No 8, Soopramanien Kistnen, avec en toile de fond les tractations des COVID-19 Emergency Procedures pour le compte de la State Trading Corporation (STC). Très probablement, à la lumière des détails devant être être révélés, l’ICAC, qui a opté pour des délits limitatifs de money laundering lors des premières arrestations sous la COVID-19 Emergency Procedures Saga, doit forcément revoir les recommandations et conclusions destinées à l’Office of the Director of Public Prosecutions assaisonnées d’une dose de dispositions sous la Prevention of Corruption Act (PoCA).

Si, dans les rangs de l’opposition, l’on ne cesse de brandir la demande de démission, tout au moins de stepping down le temps  des conclusions des enquêtes initiées contre Pravind Jugnauth en marge des derniers développements dans l’Angus Road Saga, et contre le ministre Sawmynaden, au sein de la communauté des top chefs de Lakwizinn du Prime Minister’s Office, l’on sent la température et la pression monter. Toutefois, l’on évite soigneusement de s’aventurer pour ouvrir le chapitre de la démission de ces deux membres du gouvernement et, de surcroît, deux élus dans la même circonscription de Quartier-Militaire/Moka (No 8).
Dans l’immédiat, avant même que la magistrate du tribunal de Moka ne soit appelée à se prononcer sur une demande formelle déposée par Me Rama Valayden pour que le ministre Sawmynaden soit assigné pour être entendu dans l’enquête judiciaire, le ministre MSM se trouve déjà dans une position des plus compromettantes. Ainsi, par rapport au volet de l’embauche de Simla (Shakuntala) Kistnen en tant que constituency clerk au No 8, Yogida Sawmynaden se fait fort de repousser des accusations de détournements de fonds publics de Rs 15 000 par mois en soutenant que les rémunérations de l’épouse auraient été remises à Soopramanien Kistnen, ce dernier ne pouvant apporter ni confirmation ni infirmation à la thèse ministérielle après les délibérations du cabinet meeting de vendredi.
Toutefois, un aspect majeur de ce volet de constituency clerk ne pourra être relégué au second plan. En effet, les fichiers à la Mauritius Revenue Authority confirment que selon la déclaration formelle de Yogida Sawmynaden, Simla Kistnen est présentée comme ayant occupé ces fonctions officielles. Or, de par les réactions de la principale concernée, Simla Kistnen n’a jamais occupé ces fonctions avec un délit d’emploi fictif et de fausses déclarations sous la Mauritius Reveue Authority Act et des Regulations de l’Assemblée nationale à l’encontre du ministre Sawmynaden. Difficile de prévoir s’il y aura mardi un statement from the chair au sujet des tenants et aboutissants de ces pratiques.
“Enn kiken inn bizin asasinn li”.
En parallèle, Yogida Sawmynaden se retrouvera acculé dans les prochains jours, d’abord par la teneur de la déposition de Simla Kistnen en cour de Moka suite à des questions du représentant du State Law Office, Me Azam Neerooa. Accusant un temps d’arrêt, elle a attribué la décision de la mort dans des circonstances suspectes de son époux aux frères Sawmynaden. «Swa Yogida swa Khoomada Sawmynaden inn fer sa», a-elle déclaré sous serment.
Face aux exhibits recouvrés par la police sur les lieux du crime le dimanche 18 octobre à côté de la dépouille calcinée de Soopramanien Kistnen dans un champ de cannes à Telfair, Simla Kistnen a soutenu que la paire de ciseaux retrouvés n’appartient pas à son mari. Mais à ce jour, les enquêteurs de la police n’ont pas encore retrouvé la paire de chaussures de la victime, la Sim Card de son téléphone cellulaire et encore moins le dossier de documents en vue de soutenir des dénonciations à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) de maldonnes préméditées lors de l’allocation de contrats pendant la période de confinement.
Les éléments des dossiers faisant partie de l’enquête initiale, des sources bien informées indiquent que les analyses biomédicales auraient décelé une très forte dose de Pethidine sur Soopramanien Kistnen, laissant comprendre qu’il aurait été drogué par ses agresseurs, de même que des traces de stabbed wounds au visage. D’autres sources avancent que la position de la langue de la victime hors de sa bouche constitue la preuve irréfutable qu’il aurait été étranglé, apportant du poids à la déclaration de son épouse en cour à l’effet que «mo mari pa ti enn dimounn pou al suicide. Enn kiken inn bizin asasinn li».
Ces éléments concrets éliminant la piste contestable du suicide, privilégiés dans un premier temps par la police, débouchent sur la question classique:  à qui profite le crime? Ceux qui ont exécuté cette sinistre mission, dont un dénommé Ravi, utilisant un ID Caller pour ses appels téléphoniques et qui avait rendez-vous avec Soopramanien Kistnen ce vendredi 16 octobre en vue de remettre une somme d’argent comme agréé, détiennent la clé du mystère du meurtre de Telfair. A ce jour, très peu d’indications ont filtré quant à son identité. Néanmoins, il avait pris le soin d’imposer à sa victime que le lieu du rendez-vous devait être hors de la vue du réseau de caméras de Safe City.
Rs 10 000 , “parski mari dife dan lakaz”
La piste à décrypter est de savoir ce qui s’est passé entre 13h26 et 15h38 ce vendredi 16 octobre. Le dernier message par téléphone transmis par Soopramanien Kistnen à Khoomada Sawmynaden à 13h26  se lit comme suit: “Li (Ravi) ine called. Li pe vini.” A partir de là, le frère du ministre Sawmynaden n’aura plus de contact avec la victime, qui avait signifié son intention de téléphoner à Yogida Sawmynaden après le Conseil des ministres du jour.
Et à 15h38, ce même jour, Simla Kistnen relèvera pour la dernière fois la présence online de son époux sur WhatsApp. «Dernye fwa, mon trouv li online lor WhatsApp, ti 15h38 vandredi 16 oktob. Depi pann retrouv li. Avek mo neve, noun al guet fami ek kamarad pou rod li», a-t-elle dit en réponse à des questions lors de l’enquête judiciaire qui reprendra demain avec d’autres témoins déjà assignés.
En ce qui concerne la toile de fond de ce drame, l’allocation des contrats, notamment par la State Trading Corporation (STC) et plus ou moins le réseau de trucage bien rodé, émerge sans conteste en vue de favoriser des proches de VVIPpolitiques. D’ailleurs, de manière systématique, Soopramanien Kistnen avait menacé de se rendre au QG de l’ICAC pour tout étaler avec preuves à l’appui, démarche qui aurait envenimé ses relations avec l’entourage de Yogida Sawmynaden.
Mais, dans un premier temps, Soopramanien Kistnen avait tenté d’alerter au sujet des magouilles dans l’octroi des contrats les plus hauts échelons à l’Hôtel du gouvernement. Les entrées dans les appointment files au Prime Minister’s Office pourraient en attester. Ainsi, à un certain moment, il avait sollicité et obtenu un rendez-vous un jour à 13h30 avec le Premier ministre au Treasury Building. Le ministre Sawmynaden ayant eu vent de cette démarche, Soopramanien Kistnen a été prié de ne pas s’y rendre en prétextant des problèmes de santé de dernière minute et un appel téléphonique au Prime Minister’s Office à cet effet.
Si la mémoire ne leur fait pas défaut, des préposés concernés au PMO devront être en mesure de corroborer ce fait. Avec l’assurance du ministre Sawmynaden, Soopramanien Kistnen devait abandonner cette idée de dénonciation. Néanmoins, à cette même période, le Zom de Yogida, comme on le surnommait au No 8, qui faisait face à des difficultés financières, était parvenu à effectuer un remboursement de Rs 200 000 à un de ses créanciers. Ce dernier se rappelle très bien que ce jour-là, Soopramanien Kistnen lui avait demandé s’il pouvait obtenir Rs 10000 de cette somme “parski mari dife dan lakaz”.
Le principal grief menant Soopramanien Kistnen à se lancer dans une campagne frisant le chantageest qu’on l’utilisait en lui demandant de soumettre des cotations pour des contrats de la State Trading Corporation “tout simplement pour faire le nombre”. Lui, il croyait qu’il allait pouvoir obtenir ces contrats. Toutefois, les contracteurs choisis étaient connus d’avance et faisaient partie de la même galaxie politique. Sa déception a été encore plus grande lors de l’allocation d’un contrat post-Covid-19 de nettoyage d’entrepôts et de bureaux de la STC d’un montant de Rs 330 millions.
Des versements hebdomadaires entre Rs 50 000 et Rs 200 000
Les instructions étaient que Soopramanien Kistnen devait coter le prix de Rs 39 par mètre carré pour décrocher ce contrat lui permettant de sortir la tête hors de l’eau. Finalement, une autre entité avec des proches des Top Guns de la STC et faisant partie des appels d’offres truquées, soumettant une cotation de Rs 32, était retenue.  Cela a été un point de non-retour pour l’agent de Yogida Sawmynaden au No 8.
Devant des protestations et des menaces de tout dévoiler non seulement à l’ICAC, mais sur le plan politique, des versements hebdomadaires entre Rs 50 000 et Rs 200 000 ont été élaborés entre les parties avec la possibilité que Soopramanien Kistnen soit compensé financièrement de ce manque à gagner. Etant donné la pression exercée par celui-ci, vu que l’engagement pris n’était pas tenu, ceux concernés, notamment des représentants des sociétés déjà citées et incriminées dans des enquêtes de la COVID-19 Emergency Procedures Saga à l’ICAC, devaient désigner un intermédiaire en la personne du dénommé Ravi pour régler le problème.
C’est ainsi que le jeudi 15 octobre, le dénommé Ravi avait téléphoné à Soopramanien Kistnen pour l’informer de la rencontre fatidique du vendredi 16 octobre où un versement de l’ordre de Rs 200 000 allait être remis comme convenu. La victime attendra jusqu’à 13h26 ce vendredi 16 octobre pour obtenir confirmation que le dénommé Ravi était en route et pour être ensuite portée manquant par ses proches à 15h36 et son meurtre maquillé en suicide le dimanche 18 octobre.
Le témoignage, voire l’audition under warning, de ce même Ravi s’avère être le déclic pour démasquer les commanditaires et les exécutants de ce crime odieux mis à exécution à quelques encablures du QG de l’ICAC, qui devait être approché pour enquêter sur des cas de fraude et de corruption sur ces contrats portant sur des centaines de millions de roupies.
Quelle coïncidence des lieux…