Depuis que la Financial Crimes Commission (FCC) et l’Anti-Drug & Smuggling Unit (ADSU) ont saisi des véhicules de luxe, des bateaux, des motos de grosse cylindrée et Rs 12 millions, jeudi et vendredi derniers, et procédé à l’arrestation de deux hommes soupçonnés de blanchiment d’argent provenant de fonds illicites, l’organisation d’un concert soulève des questions et fait polémique, parmi les artistes. Ce spectacle, annoncé pour le samedi 9 mai au stade Anjalay, se veut grandiose. Sa campagne de marketing – billboards et rames de métro – donne, depuis quelque temps déjà, un aperçu de son ampleur. Ce concert, qui affiche une vingtaine d’artistes connus, dont des vétérans du circuit musical, ainsi que des DJ, promet de “sov lamizik lokal”. Toutefois, l’organisateur, présenté comme le “sauveur” de la musique locale (pas encore en péril), n’a pas divulgué son nom sur les supports publicitaires. D’habitude, les organisateurs de spectacles musicaux prennent soin de s’assurer que leur nom est bien visible sur les affiches, ainsi que sur n’importe quelle plateforme médiatique. Mais dans le cas de ce concert présenté comme un “grand show with world-class technical setup”, un véritable jalsa, l’organisateur préfère rester dans l’ombre. “Laglwar zis pou Bondie”, disait-il, sous couvert d’anonymat, dans un titre en ligne.
Un sauveur anonyme
Pour “sov lamizik lokal”, cet organisateur, sans sponsors connus – là aussi, aucune mention sur les affiches –, n’a pas lésiné sur les millions pour raviver la vibe du séga et du seggae, en perte de vitesse, selon lui. En effet, dans le monde musical, le cachet d’un chanteur participant à un concert de ce type peut osciller entre Rs 25,000 et Rs 35,000, et grimper jusqu’à Rs 100,000, selon la cote de popularité de l’artiste. Dans le milieu, il est de notoriété que les organisateurs de concerts qui préfèrent rester discrets sur leur identité sont aussi ceux qui n’hésitent pas à payer des sommes conséquentes aux artistes vedettes, sans négocier. “Zot tou konn sa roulman-la”, confie une source du monde artistique. Dans le cas du concert d’Anjalay, l’organisateur devra notamment assurer les frais de déplacement d’une chanteuse installée en Australie, y compris son cachet, rémunérer tous les musiciens qui accompagnent, les chanteurs – ce qui fait déjà du beau monde –, sans oublier les DJ. Ajoutés aux cachets de ceux qui feront vibrer le Stade Anjalay, il y a les frais de location du… stade lui-même, environ Rs 225,000, ceux du service de sécurité – avec nourriture et transport – estimés entre Rs 60,000 et Rs 100,000, ainsi que ceux de la police, autour de Rs 100,000, voire plus. Sans oublier la fameuse logistique de facture internationale, entre autres. Selon des professionnels de la musique, un concert de ce calibre demanderait un investissement pouvant atteindre Rs 5 millions, voire davantage. Si le concert est maintenu, l’organisateur pourra ensuite compter, à son aise, l’argent récolté de la vente des billets, après déduction du pourcentage versé aux plateformes de billetterie. Entre-temps, sur les réseaux sociaux, c’est le crêpage de chignons entre artistes. Les uns reprochent aux autres d’empocher de l’argent sale. Les autres rétorquent qu’il s’agit avant tout d’une question de survie et que les premiers ne sont pas en position de les juger…
Entre saisies, blanchiment d’argent et concert : Un jalsa douteux
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