Fabrice David : «  La démocratie est grandement mise à mal de façon générale dans le pays »

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Cette semaine, dans le cadre des débats qui ont lieu en Égypte relatifs à la COP27, Week-End est allé à la rencontre de Fabrice David, ingénieur en environnement de formation et de profession, président du Young Labour et porte-parole des dossiers Environnement, Pêche et Arts du PTr au Parlement. Dans l’interview qu’il nous accorde, il évoque les enjeux climatiques et aussi son parcours de jeune député, le PTr et la situation dans le pays. Et c’est avec beaucoup d’émotion qu’il évoque son père, mais aussi la société mauricienne et son attachement au pays.

l Fabrice David, vous êtes M. Environnement-Écologie du PTr. Quels sont les enjeux de la COP27 qui se tient actuellement en Égypte ?

Avec mon collègue et ami Osman Mahomed, nous sommes les deux principaux porte-parole du PTr à partager ce vaste dossier sur lequel il y a tellement de choses à dire, à défendre et à proposer. La COP27 est une conférence des partis des Nations unies, spécifiquement sur le changement climatique qui est un enjeu majeur pour l’humanité et pour les petits États insulaires comme Maurice. Vous imaginez que trois pays seulement — les États-Unis, la Chine et l’Inde — contribuent à 50% des gaz à effet de serre qui sont émis dans l’atmosphère, alors que nous sommes 200 pays à travers le monde à en subir les conséquences. Et les îles, dont Maurice, même si nous sommes faiblement émettrices, nous subissons de plein fouet les risques et catastrophes naturelles causés par le dérèglement climatique. On pourrait dire que c’est une injustice climatique. Cette COP27 en Égypte, une COP africaine, est un enjeu de taille pour le continent africain. Les grandes attentes, à mon avis, sont : premièrement, l’accès au financement climat. Un autre gros enjeu est la notion de pertes et dommages qui concernent les pays les plus vulnérables comme Maurice. Il s’agit donc de quantifier, d’analyser les dommages économiques, sociaux, écologiques causés par le dérèglement climatique dans les petits États insulaires et les pays vulnérables, comme l’Afrique.

l Dans tout cela, en quoi Maurice est concrètement concerné ? Quels sont les effets du dérèglement climatique dont nous souffrons ?

À l’échelle de Maurice, nous avons déjà observé une élévation de la température de presque 1,4°C. Des experts en océanographie ont démontré que dès que l’on dépassera 1,5°C de réchauffement climatique, à l’échelle de Maurice et des autres îles, 70% des récifs coralliens vont commencer à se détruire. Or, 25% des espèces de poissons dépendent des récifs coralliens. Un deuxième impact concret : la baisse de la pluviométrie annuelle d’environ 8% à Maurice ces dernières années. Moins de pluies c’est moins de ressources en eau pas seulement pour nos réservoirs et nappes phréatiques, mais aussi pour l’agriculture, pour nos forêts. Cela va avoir un impact direct sur la production agricole de Maurice. Troisième impact : la montée des eaux. On sait que chaque année, nous avons une montée des eaux d’environ 5mm, et cette montée des eaux crée l’érosion de nos zones côtières, de nos plages. À certains endroits, on a perdu jusqu’à 20m de largeur sur nos plages. L’espace se réduit, nos plages sont érodées et disparaissent, avec pour conséquence un impact direct sur l’attrait touristique de notre pays. Et plus grave encore, à ce rythme-là, certains villages côtiers finiront par disparaître. Vous imaginez qu’il faudra un jour relocaliser des populations dans notre petit pays ! Et évidemment, la situation se complique  lorsque nous avons des flash floods. C’est un phénomène qui peut paraître paradoxal, car, d’un côté, je dis que la quantité de pluie a diminué et, de l’autre, je parle d’épisodes ponctuels de pluies torrentielles qui augmentent en intensité…

l Il y a avec cela le problème de planification urbaine…

Le problème est accentué parce qu’on bétonne à outrance et, donc, on imperméabilise nos sols. L’eau de pluie, au lieu d’être absorbée par la terre, ruisselle sur du béton, du bitume, de l’asphalte… Ce qui entraîne des torrents d’eau dans les villes et villages. Cela remet au centre des débats à Maurice la question de l’aménagement de notre territoire. On ne peut plus continuer à construire sans prendre en considération la nouvelle situation de dérèglement climatique.

l Concrètement, que doivent faire les dirigeants du pays et les Mauriciens pour contribuer à cet effort mondial pour répondre à l’urgence climatique ? Doit-on vraiment être financièrement compensés pour cela ?

Il faut penser global et agir local. D’une part, en termes d’infrastructures, il nous faut redimensionner certains de nos drains artificiels, assurer une maintenance et un nettoyage régulier, empêcher que nos drains naturels ne soient recouverts par du bitume ou des constructions illégales ou parfois autorisées à outrance et de façon limite criminelle. Et, d’autre part, quand il s’agit de dérèglement climatique, il y a deux grandes approches : l’atténuation, donc réduire les gaz à effets de serre, puis celle de l’adaptation. Et pour cela, il faut des moyens financiers immenses. L’année dernière, on a estimé qu’il faudrait, à l’horizon 2023 pour Maurice, 6,5 milliards de dollars, notamment 2,5 milliards de dollars pour l’atténuation et 4 milliards  pour l’adaptation, c’est à dire Rs 280 milliards qui sont divisés en deux parties : Rs 100 milliards qui doivent être financés localement par le GM et le secteur privé, et le reste des Rs 180 milliards doivent venir de l’étranger. Il faut trouver ce financement d’une façon ou d’une autre, et c’est là où les COP sont des plateformes où le financement climat est un sujet majeur.

l Est-ce que Maurice a un plan concret sur lequel nous pouvons avancer ?

Maurice s’est donné de grandes intentions d’ici 2030 : sortir complètement du charbon quant à la production de l’électricité ; augmenter la part d’énergies renouvelables à 60% à travers le mix énergétique ; et mettre en place l’efficacité énergétique, c’est-à-dire mieux consommer et moins consommer l’énergie, à hauteur de 10%. À tout cela se rajoute l’objectif de réduire, même s’ils sont très faibles à échelle mondiale, nos gaz à effet de serre, de 40% d’ici à 2030. Ce sont les grandes intentions, mais on attend toujours le plan d’action dans le concret.

l Et le citoyen mauricien dans tout ça, quel est son rôle ?

La lutte contre le changement climatique est collective, mais aussi individuelle. Quand des citadins ou villageois se réveillent un matin avec quasiment un mètre d’eau dans leur cour, chose qu’ils n’avaient pas vue pour certains en 50 ans, ils se rendent compte qu’il y a un changement. Je reste persuadé que la prise de conscience a démarré, parce qu’elle est nécessaire, elle est vitale. En refusant instinctivement de jeter une bouteille dans la nature, dans un drain ou sur la rue, c’est déjà un pas immense de chaque citoyen.L’éducation et la sensibilisation commencent à la maison, par les parents, à l’école par les profs, mais évidemment, le secteur public, le gouvernement a aussi sa part de responsabilité.. Je vous avoue que je suis plutôt partisan du « pollueur-payeur/To zete to peye ». Je garde foi en l’humanité, mais parfois l’humanité a besoin d’un coup de boost.À titre local et ponctuel, en tant que député de Port-Louis, j’ai mis en place, avec l’aide d’une entreprise privée et d’une ONG, des poubelles de collecte sélective. C’est une goutte d’eau dans l’océan, mais il faut commencer quelque part.

l Votre première expérience en politique active s’est passée dans la circonscription N°1 et avec le PTr n’a surpris personne, puisque bon sang ne saurait mentir…

(Rires) Le fait que je suis le fils de mon père est une chose qui est connue. J’avais un profond désir de me mettre au service de mon pays et je l’ai fait savoir à un moment donné qui m’a paru propice. J’ai intégré la politique active en 2019, dix ans après le décès de mon père, qui nous a quittés en 2009. Le 7 novembre 2019 dernier, cela a fait trois ans depuis les dernières élections générales. On a déjà basculé dans la deuxième tranche et nous sommes désormais plus près des prochaines élections que des dernières élections. Je profite de cette interview pour remercier le PTr et son leader qui m’ont accordé leur confiance. Ils m’ont donné aussi beaucoup de liberté. Cette liberté, je l’ai partagée avec les habitants de la circonscription N°1, que je remercie pour m’avoir accordé leur confiance et leur soutien il y a trois ans et durant ces trois dernières années.

l On a eu l’occasion de vous voir évoluer dans et hors de l’hémicycle. Vous semblez avoir l’élégance, la politesse et l’éloquence de votre père James Burty David, mais paraissez un peu trop gentil avec vos adversaires politiques contrairement à votre père qui était « devenu » un killer …

(Trémolots dans la voix) Les valeurs, les convictions et l’éducation qui m’animent sont celles que m’ont inculquées mes parents, notamment mon père qui était une figure familiale emblématique tout en étant à la fois une figure politique et nationale. Je suis persuadé que les mêmes convictions qui ont animé James Burty David animent aujourd’hui Fabrice David. Pour autant, mon père et moi nous sommes deux personnes différentes. Nous avons eu des parcours différents, des épreuves différentes, des vies très différentes, tout en étant père et fils. Mon père était un géant. Être le fils d’un géant ne fait pas de vous un géant. Beaucoup oublient que vous parlez d’un James Burty David qui était fort de 35 ans d’expérience en politique, 35 ans de combat politique et souvent dans des années très difficiles pour le pays et le parti. Alors que moi je suis qu’au début du parcours. Dans 35 ans, vous pourrez peut-être comparer les deux David. En tout cas, mon père reste un modèle pour moi. Je suis néanmoins heureux de mon bilan de ces trois dernières années de mon engagement en politique active, c’est qu’alors qu’au tout début les gens m’interpellaient comme étant le fils David, aujourd’hui les gens m’interpellent comme Fabrice David. Ma gentillesse est une force qui peut déstabiliser l’adversaire. Et elle n’empêche pas la fermeté et la force des convictions… Quand je me bats pour les pêcheurs, les artistes, les enfants autistes, pour l’environnement, pour ma circonscription, je peux vous dire que je le fais avec beaucoup d’énergie, de conviction, de passion et je pense que les gens le reconnaissent.

l Le PTr a récemment tenu son congrès. Beaucoup de changements au bas et peu en haut. Le renouvellement attendu au niveau du leadership n’a pas eu lieu. Qu’en pensez-vous ?

Le renouvellement a bel et bien eu lieu. Nous avons désormais 400 membres de l’exécutif au sein du parti. Sur ces 400 membres, il y a 220 nouveaux. Ce qui fait un renouvellement de 55% de notre exécutif. Et au niveau du Bureau politique, nous avons 43 membres, dont 3 ex officio, qui sont là de facto : le leader, le président et le président d’honneur. Sur les 40 restants, il y a 11 anciens ministres et députés de la période 2005-14 et 4 anciens membres du BP, ce qui fait 15 anciens. Pour moi, 25 nouveaux membres, c’est un taux de renouvellement, de rajeunissement et de rupture largement satisfaisant et qui répond aux besoins du parti et du pays pour renouveler, rajeunir, réformer le plus vieux parti politique de Maurice. L’objectif est atteint avec notamment l’entrée au Bureau politique de certaines femmes, certaines jeunes femmes même, très compétentes avec beaucoup d’énergie. J’accueille favorablement le rajeunissement de notre parti, d’autant que je suis le président du Young Labour.

l Navin Ramgoolam peut-il mener l’opposition et le PTr à la victoire aux prochaines élections générales ? Ou faut-il déjà faire de la place à un autre ?

Navin Ramgoolam a été leader du PTr pendant une trentaine d’années. Il a lui-même annoncé qu’il partira, qu’il n’est pas éternel et qu’il souhaite renouveler, renforcer le parti avant de le quitter. Et il a raison de le faire. Le départ de Navin Ramgoolam de la scène politique actuelle et du PTr serait une catastrophe politique et sociale. Pour notre parti et pour le pays. Nous avons, là, quelqu’un qui a toute l’expérience de diriger un pays qui est à ce jour soumis à d’immenses défis. Nous avons parlé du défi climatique, mais il y a de gros défis économiques, politiques, numériques et sociaux. Navin Ramgoolam reste le challenger du Premier ministre actuel et tout ce que fait le Premier ministre et le parti au pouvoir démontrent qu’ils n’ont peur que d’une personne, soit Navin Ramgoolam. Et en termes de leadership, c’est vrai qu’on a tendance à se concentrer sur le leader pyramidal du parti, mais ce leader est en train de former plusieurs leaders qui assureront l’avenir du parti…

l Qu’en est-il de l’opposition ?

Comme vous le savez, vendredi, les présidents et secrétaires généraux des quatre partis de l’opposition parlementaire se sont rencontrés et se sont mis d’accord sur un calendrier, un plan d’action en vue des éventuelles élections municipales théoriquement annoncées pour cette fin d’année. Les partis de l’opposition parlementaire et même extra-parlementaire ont un objectif commun : c’est de faire partir le régime actuel et le remplacer par une nouvelle équipe avec une nouvelle vision, avec un nouveau programme. Malgré nos individualités et certaines différences, et parfois certaines divergences, l’opposition a quelque chose qui la rassemble, qui est plus fort que ce qui la différencie.

l En tant que jeune politicien, que retenez-vous de cette première expérience comme député ?

Le travail de député est un travail qui est très demanding. L’engagement auprès des mandants et des habitants est quotidien. Quand j’ai une demande, je réponds présent et j’essaye d’aider du mieux que je peux, dans la limite de mes capacités et peut-être même au-delà. Mais c’est un véritable sacerdoce quand vous êtes un député élu pour la première fois avec l’expérience qui se construit au fil des semaines et des mois. Mais ça reste un engagement passionnant.

l Pensez-vous qu’on puisse dire que la démocratie règne au sein de l’hémicycle ?

Abraham Lincoln disait que la démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple. Telle qu’elle est actuellement, la démocratie est grandement mise à mal de façon générale dans le pays. Même dans la presse, certains de vos confrères ne se sentent plus la liberté d’exercer leur métier. Au sein du Parlement, il nous arrive de ne pas avoir les réponses à nos questions ou souvent des réponses qui sont anormalement longues pour en éviter certaines autres. Il y a encore un immense travail pour redonner tout le blason nécessaire à la démocratie au sein de notre pays comme le prévoit le premier article de notre Constitution.

l Quelle est votre appréciation de l’ambiance qui règne actuellement dans le pays ?

Il y a une atmosphère de grandes interrogations par rapport aux libertés individuelles. C’est la première fois que je vois autant d’hommes de loi ou d’hommes de la presse qui expriment leur frayeur d’exercer leur métier. Deux métiers qui participent au renforcement d’une démocratie d’une nation comme la nôtre. Il y a un sentiment d’insécurité et ce n’est pas moi qui le ds. Ce sont les gens que je rencontre dans la rue, au supermarché, dans la circonscription… Et tous sont interpellés et certains sont effrayés.

l Ces arrestations en série de personnes qui critiquent le gouvernement, la police, voire le Premier ministre se retrouvent en prison ou en cour… Qu’est-ce que cela vous inspire ?

La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Et c’est un principe qui est très important pour préserver une démocratie. Tout pouvoir en place a connu des critiques et des oppositions, qu’elles soient politiques, médiatiques ou citoyennes. Mais les réponses à ces critiques en dit long sur la sérénité d’un gouvernement. Dès lors qu’on utilise la répression, l’intimidation face aux oppositions traduit pour moi un sentiment de terreur chez les gouvernants. Cette pression monte, car de plus en plus se répand dans la population un rejet de ce régime.

l Est-on toujours dans une démocratie ou comme disent certains rapports internationaux, en route pour une autocratie ?

Nous sommes déjà en autocratie. Vous avez raison de mentionner le rapport de l’institut suédois VDem. On ne peut pas dire que c’est la presse mauricienne ou l’opposition parlementaire ou citoyenne qui a rédigé ce rapport… Il s’agit d’un institut internationalement reconnu et qui a classifié récemment Maurice dans la liste des autocraties électorales. C’est qu’il y a bien un constat international vis-à-vis de ce que Maurice est malheureusement et tristement devenue. Nous sommes devenus un pays où pour un post sur les réseaux sociaux vous pouvez passer une nuit en cellule de rétention. Vous participez à une manifestation en critiquant le régime, vous vous retrouvez interrogé… Dès lors qu’on ne laisse pas l’autre s’exprimer librement, nous ne sommes plus en démocratie.

l Sur un autre plan, la drogue est devenue un fléau qui paraît inarrêtable malgré les nombreuses saisies faites par les autorités à grand renfort de publicité ?

Les saisies de drogue relevées dans la presse, sur les réseaux sociaux, et parfois au Parlement, sans mauvais jeux de mots, c’est de la poudre aux yeux. Parce que la drogue circule à gogo dans toutes les villes et tous les villages de notre pays. Le constat le plus alarmant pour moi c’est qu’alors que les frontières étaient fermées pendant le Covid-19, la drogue circulait, elle, sans frontières, sans restriction. La drogue n’a connu aucun lockdown et c’est ça qui est alarmant dans notre pays.

l La jeunesse mauricienne est de plus en plus aspirée dans cette spirale qui fait de nombreuses victimes et détruit de nombreuses familles. Que faites-vous concrètement en tant que député ?

Dans ma circonscription, tristement, je vois parfois certains quartiers, que je ne nommerai pas pour ne pas les stigmatiser, où les petits trafiquants de drogue continuent de faire de gros ravages. Je parle essentiellement de la drogue synthétique où maintenant pour Rs 50-Rs 100 on peut obtenir une dose pour se shooter. Je constate que trop de jeunes sont tombés dans ce fléau. C’est une immense guerre que nous devons mener contre ce fléau de la drogue. Il faut continuer et accentuer la lutte contre le trafic et les trafiquants, et accompagner les victimes de la drogue qui restent des victimes. On ne doit pas les stigmatiser, mais les accompagner et les sortir de ce réseau de la mort. Au niveau de la circonscription, on continue de faire de la sensibilisation. Il y a un immense travail qui est d’éduquer pour faire prendre conscience qu’il ne s’agit pas d’un ti nisa ki nou pe al pran, mais un début de parcours vers le cimetière. Je discute avec des parents qui sont complètement désarmés et qui ont baissé les bras. Ces parents doivent être accompagnés aussi, car ils ont perdu espoir face aux drames familiaux, financiers auxquels ils sont exposés.

l Y a-t-il un sujet sur lequel vous souhaiteriez vous appesantir en cette fin d’interview ?

Il y a un appel que je voudrais faire. Un appel à cette jeunesse mauricienne qui est de plus en plus découragée. Je rencontre souvent des jeunes professionnels, des chefs d’entreprises qui ont perdu espoir et qui sont en train de quitter le pays. Je constate chez eux une tristesse de quitter leur pays, leur famille, mais ils s’y sentent obligés pour aller construire un avenir qu’ils ne voient plus à Maurice. Un avenir financier, mais social aussi. Le climat ne leur donne plus envie de rester. Et même les parents les encouragent à partir. Pour moi, c’est un drame. Moi, j’ai fait le chemin inverse. J’ai quitté le continent européen après 20 ans de vie passés en France pour revenir servir mon pays. Quand je vois des jeunes professionnels, souvent très compétents, porteurs d’avenir qui, eux, quittent le pays, par désespoir, je les comprends, mais en même temps j’ai envie de les retenir pour leur dire de ne pas perdre espoir, que le changement arrive et que l’île Maurice de demain a besoin d’eux. Ne partez pas, soit partez pour mieux revenir prochainement.

l Sur ces notes, je ressens beaucoup d’émotion. C’est la deuxième fois au cours de cette interview. La première, c’est lorsque nous avons évoqué votre père. Quel serait votre mot de la fin ?

Cette émotion est liée au fait qu’à ces deux moments de votre interview, vous avez parlé non pas au député, mais au fils. Au fils de mon père, d’une part, et au fils du sol, d’autre part. Cet attachement filial, c’est quelque chose qui est ancré dans mes tripes. Vous pourrez tout prendre de moi, mais vous ne pourrez pas m’enlever cette affiliation, d’une part, familiale et, d’autre part, citoyenne. Je suis un patriote dans l’âme et le patriotisme n’est pas qu’une valeur théorique, mais un engagement pratique. Il n’y a pas que la politique pour s’engager pour sa patrie. Il y a tellement de patriotes en dehors de la politique et justement, cette multitude, cette diversité qui fait la richesse de notre nation, j’ai envie de continuer à y croire.