Paul Bérenger a, vendredi, quitté son poste de Premier ministre adjoint, ce job pour lequel certains pourraient inventer de nouvelles contorsions ou d’inédites danses du ventre pour pouvoir y accéder. Ils seront nombreux à dire que c’est une répétition historique et que les dés étaient évidemment jetés, parce que la culture du MMM, enfin celle incarnée par sa version la plus authentique et originelle, ne pouvait qu’entrer en collision frontale avec le pouvoirisme, le copinage, le contournement des règles, le népotisme et le favoritisme.
La question qui mérite d’être posée, au-delà des analyses d’éternels frustrés, de ceux qui ont toujours des petits comptes personnels à régler, des konntou, est de savoir jusqu’où quelqu’un qui se respecte peut cautionner certaines pratiques qui sont en contradiction avec ses propres convictions et, surtout, avec les engagements pris devant l’électorat.
Vrai changement, rupture ? Quelqu’un, de temps en temps, se souvient… L’ex-Premier ministre adjoint n’en pouvait plus. Il est parti et il y a bien une phrase qui résume en elle seule sa situation : «True strength is standing up for what you believe in, even if that means standing alone».
Abandonner ses privilèges et son joli package de Premier ministre adjoint, ce n’est certainement pas donné à tout le monde. Maintenant pourquoi est-il parti ? Il l’a plus d’une fois expliqué pendant que les plus conservateurs et soi-disant grands défenseurs des règles de cohésion gouvernementale le vilipendaient. Comme si le silence était la seule option devant de dangereuses dérives.
Il y a ces nominations scandaleuses qui se sont soldées par des renvois tardifs et qui ont fait perdre du précieux temps à ce pays en quête de prévisibilité et de décisions urgentes. Rama Sithanen a dû partir parce que son fils était empêtré dans des affaires pas très reluisantes. Il s’est fragilisé davantage lorsqu’il s’est mis au travers de la route d’un Manou Bheenick qui, après avoir reçu Rs 55 millions d’indemnités de Sarvesh Seegoolam, a maintenu son procès en réclamation de Rs 220 millions auprès de la Banque de Maurice.
Si Manou Bheenick a fini par atterrir à la State Bank of Mauritius, pas de suites probantes, en revanche, sur les dossiers de la Mauritius Investment Corporation ou la Silver Bank, cette structure frauduleuse qui a pompé des millions de fonds publics dont le plus petit centime n’a pas encore été recouvré. Et plus personne n’en parle.
Air Mauritius, il vaut mieux ne pas s’y attarder, parce que ceux qui avaient, dans le passé, fait piquer du nez la compagnie avec leur hedging aussi hasardeux que coûteux, sont de retour. Rien n’avance là non plus. Et la saga de Mamy Ravatomanga aurait connu un dénouement absolument pépère et hors de la vue du public — il n’y a qu’à voir ceux qui se sont empressés pour s’agglutiner autour de ses valises — si Paul Bérenger, Premier ministre par intérim, n’avait pas pris les choses en main dès qu’il fut mis au courant quelques heures plus tard de l’atterrissage en pleine nuit du jet des fuyards friqués de la révolution populaire de la génération Z malgache.
La police ? Le journaliste Narain Jasodanand interpellé de manière totalement inacceptable pour un post sur le fils Sithanen sans que le commissaire de police ne prenne, non pas des ordres de qui que ce soit, mais qu’il ait au moins la décence d’informer un Premier ministre par intérim d’une action policière loin d’être banale. Et ce même commissaire de police qui vient ensuite justifier le dérapage de ses effectifs pour dire que «ine fer saki bizin fer». Franchement, c’est ça le changement ?
Quant à l’administration pénitentiaire, c’est encore plus dramatique. Nommé en dépit des objections de Paul Bérenger, ce n’est que cette semaine que le nominé de Navin Ramgoolam Dev Jokhoo a été forcé à la démission. L’affaire du contrat de poisson, dénoncé, ici même la semaine dernière, a apparemment répandu un parfum bien plus insupportable que la mutinerie de juillet 2025 ou le décès d’Andy Selmour. Le Board of Inquiry initié sur ce décès tragique est d’ailleurs en train d’étaler en public toutes les combines qui ont perduré dans l’univers carcéral.
Et le MMM sans Paul Bérenger dans tout cela ? Ils sont restés, et c’est leur droit, pour veiller que le programme soit respecté et que les valeurs militantes imprègnent un peu la gestion des affaires publiques ? Non, ils s’accrochent à leurs maroquins parce que c’est le souhait de la base et pour que les militants obtiennent enfin leur «boute» ici et là en termes d’emploi et de logements ! Voilà le programme !
Et Nita Deerpalsing, qui ne tient pas toujours des propos avec lesquels nous sommes d’accord, a parfaitement raison de dire que ce qu’ont débité les ministres MMM vendredi lors de leur numéro affligeant peuvent tomber sous le coup d’enquêtes de la Financial Crimes Commission pour infraction aux textes portant sur la corruption.
Voilà pour ce MMM-là ! Entendre ceux qui osent encore s’appeler militants venir promouvoir le fameux concept de «it’s our time to eat now» est d’autant plus scandaleux que ceux, plus d’un millier, qui avaient été recrutés, à la manière de ce qu’ils suggèrent, par l’ancienne Local Government Service Commission, ont été sèchement renvoyés l’année dernière pour procédé illégal.
Être militant, pour le peu que l’on comprenne de ce terme, c’est promouvoir la méritocratie, c’est favoriser des procédures absolument transparentes, c’est des recrutements sur la base de la compétence quel que soit son opinion politique, que l’on soit au gouvernement ou dans l’opposition, que l’on soit PTr, MMM, MSM, PMSD, Reform Party ou sans affiliation politique.
Si seulement ceux qui ont choisi de rester nous indiquaient leur calendrier, nous annonçaient qu’ils allaient peser pour faire nommer enfin cet Appointments Committee pour qu’il n’y ait plus de nominations bancales, qu’ils s’engagent à ce qu’il n’y ait plus de rapport du directeur de l’audit qui dénonce le gaspillage des fonds publics comme au ministère d’Ajay Gunness, qu’il n’y ait plus de «reward money» opaque. Mais, en toute fin de carrière, le confort d’un maroquin vaut bien une trahison de ses engagements…
