Faits et effets… Entre réalisme et pragmatisme

La Cour Suprême a donné raison au gouvernement dans l’affaire des 1,765 employés des collectivités locales recrutés quelques mois avant les élections générales de novembre 2024. Le jugement est tombé vendredi. Les pouvoirs que s’étaient personnellement octroyé le président d’alors de la Local Government Service Commission, un agent notoire du MSM du nom de Bhanoodutt Beeharee, étaient illégaux. C’est ce qu’a statué la Cour suprême après les recours déposés par les concernés.
C’est dans cette même affaire que Bhanoodutt Beeharee a été arrêté en même temps que ses anciens acolytes de la LGSC le 19 mai 2025 sous une charge de « Public Official Using Office for Gratification ». Il est actuellement en liberté conditionnelle. Les Moustass Leaks avaient aussi mis en lumière l’interventionnisme caractérisé de Lakwizinn du MSM dans les recrutements par la LGSC. Bafouant ainsi toutes les règles de la transparences et de l’égalité des chances dans le secteur de l’emploi public.
Cette affaire illustre malheureusement le cynisme politique pratiqué par l’ancien gouvernement. Ces pauvres gens avaient été utilisés et trompés quelques mois avant les élections. C’est lors de leur renvoi en mai 2025 qu’ils avaient réalisé qu’ils n’étaient que des employés précaires sous contrat à durée limitée d’un an. Tout ce qu’il faut désormais espérer, c’est que ceux qui le méritent retrouvent un poste, les administrations régionales étant en manque de bras.
Dans un autre registre, un constat : pratiquement tous devenus experts en géopolitique et vaticinateurs. C’est quand même ahurissant d’avoir entendu cette grande palette de politiques faire des commentaires, qui se veulent avisés, sur l’évolution du dossier des Chagos. C’est tellement facile de tout savoir lorsqu’on n’est pas aux responsabilités.
Entendre, par exemple, Rama Valayden donner des leçons de diplomatie au gouvernement comme si c’est une discipline qu’il a toujours et longtemps pratiquée était un vrai régal pour qui veut s’amuser des propos légers de nos politiciens.
Or, tout ce qu’on retient du bref passage de cet avocat au poste d’Attorney General, après avoir mordu la poussière aux élections générales de 2005, est l’accueil à son bureau officiel du récidiviste Manan Fakoo ou une intervention intempestive auprès de la police en faveur de son agent au casier bien garni Marcelin Humbert. Avec ce genre de palmarès, le moins que l’on puisse faire est d’éviter de se poser en donneur de leçons. Surtout en diplomatie.
Nando Bodha et Anil Gayan y sont, eux aussi, allés de leur petit couplet. Le grand argument mis en avant par les « experts » est qu’il fallait accepter l’accord version Pravind Jugnauth comme s’ils pouvaient, eux, prédire de quoi un Donald Trump pourrait être capable en termes d’annonces tonitruantes, de décisions brusques et de revirements spectaculaires.
Pour ceux qui auront oublié la séquence, un rappel des faits s’impose. L’annonce précipitée d’un accord de rétrocession de l’archipel des Chagos entre la Grande Bretagne et l’île Maurice était intervenue à la veille des élections générales de novembre 2024. Ce n’était pas la signature d’un traité formel et officiel.
Les élections présidentielles aux États Unis sont arrivées au même moment avec un retour de Trump à la Maison Blanche. Il a pris officiellement ses fonctions le 20 janvier 2025. Parmi les premiers chefs d’État reçus par le Président américain était le Premier ministre Narendra Modi, dont on pense qu’il a dû rassurer la partie américaine sur la base de Diego Garcia.
Les négociations avec la Grande Bretagne ont abouti et un accord a été arrêté avec l’île Maurice. Les Américains, à travers leurs porte-parole les plus autorisés, y avaient publiquement affiché leur soutien. Le traité amélioré sur l’accord de rétrocession a été officiellement signé le 22 mai 2025. Avec la bénédiction des États Unis.
Lorsque la donne a changé et que Trump est venu bousculer l’ordre mondial avec ses projets d’annexion ici et là et que la Grande Bretagne a commencé à prendre ses distances sur certains dossiers, dont l’avenir du Groenland ou sur l’Afghanistan ces dernières heures, le narratif a subitement changé. Le Président Trump a alors découvert et décrété que l’accord mauriciano-britannique était « stupide ».
Et s’il y a quelqu’un ici qui aurait pu changer le cours des choses, empêcher que la Grande Bretagne suive son propre et long processus législatif de ratification par ses chambres respectives ou que les Chagossiens-Anglais mettent des bâtons dans les roues avec leurs démarches légales, qu’il se manifeste.
Mais de grâce, il faut, au risque d’être perçu comme anti-patriotique, arrêter avec la mauvaise foi et la malhonnêteté intellectuelle, certains étant d’ailleurs passés maîtres dans la pratique des deux. Tout ça, dans le but d’engranger des points politiques aléatoires.
Et dire que cela aurait pu se passer autrement avec Pravind Jugnauth relève de la plus pure fantaisie. On pense plutôt qu’il n’y aurait, peut-être, pas eu encore d’accord formel dûment signé. Alors, il faut arrêter avec les conjectures, la fiction et revenir à la réalité du jour.
Nous ne sommes qu’un petit point dans l’océan Indien et il nous appartient de savoir naviguer en ces temps troublés et terriblement incertains. Ce qui se passe en ce moment dans le monde peut paraître effrayant, mais il peut aussi augurer de perspectives plus réjouissantes pour l’avenir.
Entre une Europe qui est forcée au réveil et au sursaut, le Canada qui s’affranchit de la tutelle américaine et qui se rapproche de la Chine, l’Inde qui conclut un accord avec l’Union Européenne et le Sud global qui s’élargit et n’entend plus se laisser dicter sa conduite, il y a quelques raisons d’espérer.
Et pour l’île Maurice, la voie est toute indiquée. Elle se situe entre réalisme et pragmatisme, même si cela ne veut pas dire que l’on doive s’écraser et jouer aux abonnés absents devant les horreurs du monde et les injustices faites à certains peuples. Il n’y a qu’à voir avec quel soulagement le renouvellement de l’AGOA pour trois ans supplémentaires a été accueilli…

EN CONTINU
éditions numériques